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Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition de la mi-journée

Colère du personnel pénitentiaire dans deux prisons du Grand-Est

|  Par Elodie Berthaud

La maison d'arrêt de Sarreguemines (Moselle) sera fermée d'ici à 2017, la centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin) en 2015, a annoncé la garde des Sceaux. Raison invoquée : la vétusté des établissements. Mais où iront les détenus ?

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La garde des Sceaux a tranché lundi 26 juillet au soir. La maison d'arrêt de Sarreguemines (Moselle) sera fermée d'ici à 2017, la maison centrale d'Ensisheim (Haut-Rhin) en 2015. La raison invoquée: la vétusté des établissements. L'annonce de ces deux fermetures a provoqué dans le Grand-Est stupeur et colère chez le personnel pénitentiaire, et dans une moindre mesure chez les élus.

Sarreguemines: la fin d'un établissement «où l'on se soucie de réinsertion»

Le secrétaire d'Etat à la justice Jean-Marie Bockel avait visité, le 4 juin, la maison d'arrêt de Sarreguemines en Lorraine, saluant la qualité d'un «établissement très bien tenu, à taille humaine, où l'on a le souci de lutter contre l'oisiveté et de préparer la réinsertion». Mais ajoutant quand même que «son devenir serait discuté...».

Plus d'un mois après, la ministre de la justice annonce que la prison de cette ville, qui compte environ 20.000 habitants et un tribunal d'instance, fermera. Les détenus seront transférés dans un nouvel établissement à une quinzaine de kilomètres de là, à Oermingen.

Cette annonce a surpris le personnel, beaucoup considèrent Sarreguemines comme une prison modèle. «Nous n'avons pas connu d'agressions depuis des années, détaille Thierry Mougin, surveillant de la prison et représentant local de l'Ufap (Union fédérale de l'administration pénitentiaire, syndicat majoritaire). Et il y a très peu d'absentéisme chez le personnel.»

C'est une petite maison d'arrêt d'une capacité théorique de 71 détenus. En fait, son taux d'occupation oscille entre 150 et 180%. Aujourd'hui, 110 personnes – prévenus et condamnés – y sont incarcérées. L'établissement est situé dans un quartier résidentiel de Sarreguemines, à dix minutes à pied du centre-ville. «Les locaux sont anciens car la prison date de 1902, mais ils ne sont certainement pas vétustes», plaide Thierry Mougin. Récemment la toiture a été refaite et des filets anti-projection ont été installés pour empêcher les personnes extérieures de communiquer avec les détenus. D'autres travaux de rénovation sont prévus pour la fin de l'année 2010.

Le directeur de l'établissement, Didier Obringer, ne veut pas, lui non plus, parler de vétusté. Il détaille ce qui fait la spécificité de la maison d'arrêt: une structure à taille humaine où les liens entre surveillants et détenus sont étroits. Une équipe volontaire tournée vers sa mission d'aide à la réinsertion des détenus. «Nous avons un quartier de semi-liberté: des personnes en fin de peine y bénéficient de conditions de détention plus souples. Certains ont des contrats de travail à l'extérieur grâce à des partenariats créés au fil des ans avec des employeurs de la ville de Sarreguemines.»

Abandonner de bonnes conditions de travail et renoncer à l'esprit «familial», «c'est absurde, regrette Eric Gemmerlé, secrétaire général de l'Ufap du Grand-Est. On nous demande de faire une croix sur notre savoir-faire, sur le travail engagé depuis des années sur la réinsertion des détenus». Des craintes qui sont d'autant plus vives que le personnel ne connaît aucun détail sur la composition du futur centre pénitentiaire d'Oermingen, excepté sa grande taille.

«Cette décision de fermer la maison d'arrêt est dans l'air du temps, analyse le directeur Didier Obringer, un brin désabusé. Elle entre dans la logique des nouveaux programmes immobiliers qui privilégient la construction de grosses structures regroupant différentes populations de détenus.»

Mais la CGT et l'Ufap, appuyés par le député UMP et maire de Sarreguemines, Céleste Lett, ne veulent pas s'y résoudre. Ils plaident pour le maintien de la prison, mais sous une forme différente: soit un «quartier nouveau concept», comme il est prévu d'en créer aux maisons d'arrêt de Tarbes et de Belfort, et qui doit permettre à des détenus condamnés à des courtes peines et à des détenus en fin de peine de bénéficier de conditions de détention plus souples. Soit une spécialisation dans l'accueil de détenus présentant des troubles psychiatriques en profitant de la proximité de l'Unité pour malades difficiles (UMD) implantée à Sarreguemines.

Des propositions ont été envoyées à Jean-Marie Bockel la semaine dernière. Lequel, joint par Mediapart, répond: «La prison fonctionne très bien, je m'en suis rendu compte lors de ma visite en juin. Mais cela ne veut pas dire qu'elle ait vocation à perdurer car les bâtiments sont d'un autre temps.» Le secrétaire d'Etat à la justice s'est dit tout de même prêt à réfléchir aux propositions du député Céleste Lett qu'il rencontrera «à la rentrée».

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