live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle disponible jusqu'à dimanche minuit !

6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. N'attendez pas ! En cadeau, l'Ebook Le FN à l'oeuvre.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Ailleurs, ces élus qui ont démissionné après des propos douteux

|  Par Mathieu Magnaudeix

Après la publication par Le Monde de la fameuse vidéo, le ministre de l'intérieur a donc tenté de déminer le terrain en évoquant une «vaine et ridicule tentative de polémique». Il a même affirmé que ses propos (« s'il y en a un, ça va ; c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes ») ne faisaient référence à «aucune origine ethnique», mais aux «très nombreux clichés qu'il venait de prendre avec la délégation auvergnate»... Illico, les réactions offusquées se sont multipliées. La défense d'Hortefeux semble ne pas convaincre. En Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et en Italie, des élus pris au cœur de polémiques similaires ont finalement dû démissionner.

Partage

Après la publication par Le Monde de la fameuse vidéo, le ministre de l'intérieur a donc tenté de déminer le terrain en évoquant une «vaine et ridicule tentative de polémique» (lire ici notre article).

 

Mais ailleurs en Europe et aux Etats-Unis, certains élus pris au cœur de polémiques similaires ont finalement dû démissionner.

 

© Jordan Pouille

En juin 2008, à peine élu, le maire conservateur de Londres, Boris Johnson (photo), avait dû contre son gré exiger la démission de son principal conseiller politique, James McGrath. Johnson, trublion du parti tory, venait alors de battre le maire travailliste sortant, Ken Livingstone. Interviewé par le journaliste Marc Wadsworth, McGrath avait affirmé que la population afro-caribéenne de Londres ferait mieux de quitter la ville si le fait de vivre dans une ville conservatrice la dérangeait. «On n'a qu'à les laisser partir s'ils n'aiment pas vivre ici», avait dit le conseiller. Pas de bol: l'entretien avait été enregistré et le journaliste Wadsworth en avait rendu compte sur son site Internet, The Latest.

 

Boris Johnson avait certes affirmé que la remarque «avait été sortie de son contexte et déformée». Mais il avait illico reconnu que McGrath ne pouvait pas rester à son poste: «Nous avons tous deux considéré qu'il lui était impossible de rester à ce poste, sous peine de fournir des perches à ceux qui entendent délibérément donner une fausse vision de nos idées, nous qui nous opposons clairement et sans ambiguïté à toute tendance raciste.» Pour Johnson, l'ami McGrath était devenu un boulet politique...

 

© Huffington Post

Au début de l'année, c'est le maire de la petite ville californienne de Los Alamitos qui avait annoncé sa démission. Dean Grose avait envoyé au nouveau locataire de la Maison Blanche, Barack Obama, une image douteuse (photo) par courrier électronique: en arrière-plan, la Maison Blanche et au premier plan des pastèques, symbole de l'économie de plantation du vieux Sud des Etats-Unis... une allusion pas très finaude à l'esclavage, avec une légende encore plus balourde: «Il n'y aura pas de chasse aux œufs de Pâques cette année.» L'édile avait parlé d'une simple «blague», et même fait des excuses publiques. Mais l'ampleur de la polémique l'avait finalement poussé à démissionner, «pour l'amour de ma ville et pour la santé et le bien-être de ma famille».


Quand un élu se lâche en privé, ça peut aussi faire très mal. Surtout, bien sûr, quand une caméra traîne par là. Pour l'avoir ignoré, le député Matteo Salvini, élu de la Ligue du Nord, parti xénophobe qui fait partie de la coalition de Silvio Berlusconi, a démissionné en juillet 2009. Une vidéo, rendue publique par le quotidien La Repubblica, montrait l'élu, entonnant à pleins poumons un chant de certains supporters de football ultras du nord de l'Italie. Un chant naturellement anti-napolitain, tant les gens du Sud sont la bête noire des sympathisants de la Ligue:

 

© La Reppubblica

 

«Senti che puzza, scappano anche i cani. Sono arrivati i napoletani.... Son colerosi e terremotati... Con il sapone non si sono mai lavati...»

(«Tu sens cette puanteur, même les chiens s’enfuient… Les Napolitains sont arrivés… Ils ont le choléra et sont victimes de tremblements de terre)… Et ne se sont jamais lavés avec du savon…»)


Des membres de l'opposition et même des députés de la majorité conduite par Silvio Berlusconi avaient exigé des excuses. En vain. Sur la chaîne SkyTG24, Salvini avait même relativisé la portée de son geste, parlant d'un chant «entendu dans les stades depuis 40 ans», qui n'avait «rien à voir avec la politique». Finalement, il avait démissionné en prétextant préférer le Parlement européen à la chambre italienne des députés. En politique, une telle «blague» peut décidément avoir des conséquences très fâcheuses. Une fois lancée, la polémique est difficile à arrêter.

 

En tout cas dans les autres pays. En France, l'affaire Frêche semble prouver que les dérapages ne sont pas rédhibitoires pour un élu d'envergure nationale : si le PS a fini par suspendre, puis par exclure Georges Frêche, connu pour ses saillies à répétition – il avait traité les harkis de «sous-hommes», et s'était emporté contre le nombre de joueurs noirs dans l'équipe de France de football, l'éléphant socialiste n'a pas démissionné de son poste de président de la région Languedoc-Roussillon.

 

Lire aussi

Les quelques phrases qui en disent long sur l'idéologie de Brice Hortefeux, vidéo à l'appui, et les réactions indignées de la classe politique.

 

Brice Hortefeux n'en est pas à son coup d'essai. Retour sur quelques-unes de ses déclarations.

 

On aurait envie d'écrire « Casse-toi, pauvre con!», en réponse aux propos du ministre de l'intérieur Brice Hortefeux tenus lors des Universités d'été à Seignosse (Landes). Mais puisque la vulgaire banalité raciste s'est installée au sommet de l'Etat, il faut aller au-delà de la «beauferie» ordinaire pour bien comprendre la portée de cette sinistre conversation. Et donc dire pourquoi ce propos n'est pas un dérapage mais un résumé saisissant d'une culture et d'un projet politique.

 

S'il avait tiqué durant l'été, l'ancien socialiste devenu ministre a accepté ce ralliement.

 

Partage