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Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition du matin

Rythmes scolaires : ce qui inquiète les enseignants

|  Par Lucie Delaporte

Le décret instaurant de nouveaux rythmes scolaires suscite crispation ou rejet chez les enseignants du premier degré. Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire, en détaille les raisons et demande une revalorisation salariale.

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Vincent Peillon a présenté ce vendredi 10 janvier le projet de décret sur les rythmes scolaires en comité technique paritaire (CTP) qui réunit le ministère et les organisations syndicales. Deux jours plus tôt, le texte qui instaure le retour de la semaine de quatre jours et demi, et le raccourcissement de la journée d’école de 45 minutes pour plus de six millions d’élèves (voir document ci-dessous), avait été quasi unanimement rejeté par les partenaires sociaux. Alors que le décret doit être prochainement publié au Journal officiel, Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire dans le premier degré expose les craintes des enseignants.

Comment expliquez-vous le blocage actuel sur la réforme des rythmes scolaires après six mois de concertation, de discussions, de négociations, et alors même que la semaine de quatre jours est unanimement critiquée ?

Sébastien Sihr.Sébastien Sihr.

C’est vrai que nos collègues sont divisés sur cette réforme des rythmes scolaires. Ils le sont d’autant plus que le ministre n’a pas fait preuve de méthode et de pédagogie pour expliquer la réforme dans sa globalité. À savoir définir le temps de service des enseignants, mettre sur la table des aspects financiers, préciser ce que seront les différents temps…

Sur cette réforme difficile, il y a besoin de pédagogie, de constance, d’informations stabilisées, de perspectives clairement affichées pour que les enseignants comprennent et s’approprient les évolutions. Or le ministre entretient le flou. L’inquiétude se transforme aujourd’hui en crispation et parfois aussi en rejet.

Mais je continue à dire que la semaine de Darcos (la semaine de quatre jours instaurée en 2008  ndlr) avec ses journées à rallonge, avec l’aide personnalisée sur l’heure du déjeuner, fatigue les enfants. Il y a un consensus là-dessus. Pour autant, nous ne sommes pas favorables au bricolage actuel.

Pourquoi parlez-vous de bricolage ?

Partout où les quatre jours et demi ont été possibles (quelques communes fonctionnent déjà sur ce rythme), cela s’est fait dans une logique de partenariat entre les parents, les enseignants, les élus et surtout pas dans un face-à-face entre d’un côté les collectivités locales et de l’autre les parents et les enseignants. C’est ce que propose aujourd’hui le projet de décret qui estime que ce n’est plus uniquement au conseil d’école (où siègent parents, élus et enseignants) de se prononcer mais qu’un maire ou un président de regroupement de communes peut le faire.

Pensez-vous sérieusement qu’un maire puisse commander une organisation scolaire contre l’avis des enseignants, contre les parents ? Si on veut une logique de partenariat, cela ne peut se faire qu’à travers les conseils d’écoles. C’est une des conditions de réussite de la réforme pour une journée de qualité qui articule temps scolaire et temps périscolaire. Aujourd’hui, rien dans le décret ne garantit que tous les enfants bénéficieront d’activités périscolaires de qualité et gratuites.

Document présenté par le ministère de l'éducation nationaleDocument présenté par le ministère de l'éducation nationale

Le ministre s’est pourtant engagé là-dessus à plusieurs reprises, vous n’y croyez pas ?

Je suis certain que des choses très bien vont se faire. Certaines communes ont réfléchi au sujet, ont l’expérience de travailler avec les enseignants et les parents et proposeront des activités intéressantes et épanouissantes pour les enfants. Et puis, dans d’autres endroits, on verra des communes se contenter du minimum, de la garderie voire des activités payantes. Qui peut contraindre aujourd’hui une commune à mettre en place l’activité culturelle ou sportive annoncée ? Si elle dit : « Je n’ai pas les moyens, donc je mets en place de la garderie », rien dans ce projet de décret ne peut l’en empêcher. Si, parce qu’elle estime ne pas avoir les moyens financiers de recruter des animateurs, ces activités sont payantes, là encore, il n’y a aucun garde-fou.

Le risque est que cette réforme accroisse les inégalités. Allez voir ce qui se passe déjà après 16 h 30 dans certaines zones en grande difficulté. Même pour une somme très modique les activités périscolaires sont boudées par les familles populaires. À partir de 15h 45, vous risquez d’avoir des enfants qui rentrent chez eux la clé autour du cou. Ce n’était quand même pas le but de la réforme ! En plus, le défi pour les communes va être de passer d’une offre en centre de loisirs qui concerne aujourd’hui 5 à 15 % des élèves, à 100 % puisque le ministre a dit qu’aucun enfant ne serait sur le trottoir avant 16 h 30. C’est pour cette raison que la réforme va coûter très cher et poser autant de problèmes d’intendance : locaux, personnels, etc.

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