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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Affaire al-Dura: Charles Enderlin obtient enfin réparation

|  Par François Bonnet

Ce n'est qu'un début de réparation. Dans la guerre judiciaire engagée contre le journaliste Charles Enderlin, correspondant de France2 à Jerusalem, le voilà qui vient de gagner une bataille importante. La cour d'appel de Paris a confirmé, mercredi 26 juin 2013, la condamnation en première instance pour diffamation de l'homme d'affaires Philippe Karsenty.  Cet homme, qui est également maire-adjoint de Neuilly, est à la tête du combat contre le journaliste mené par plusieurs personnalités et les principales associations juives, CRIF en premier. Il s'agit pour eux de dénoncer comme un «bidonnage» et une «désinformation» un reportage diffusé en 2000 sur la mort d'un enfant palestinien, Mohamed Al-Dura, tué par des tirs de soldats israéliens..

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Ce n'est qu'un début de réparation. Dans la guerre judiciaire engagée contre le journaliste Charles Enderlin, correspondant de France2 à Jerusalem, le voilà qui vient de gagner une bataille importante. La cour d'appel de Paris a confirmé, mercredi 26 juin 2013, la condamnation en première instance pour diffamation de l'homme d'affaires Philippe Karsenty.  Cet homme, qui est également maire-adjoint de Neuilly, est à la tête du combat contre le journaliste mené par plusieurs personnalités et les principales associations juives, CRIF en premier. Il s'agit pour eux de dénoncer comme un «bidonnage» et une «désinformation» un reportage diffusé en 2000 sur la mort d'un enfant palestinien, Mohamed Al-Dura, tué par des tirs de soldats israéliens.

La cour a même alourdi à 7 000 euros, contre un euro en première instance, le montant des dommages et intérêts à verser au journaliste et à la chaîne. Condamné en première instance en 2006, M. Karsenty avait été relaxé en appel en 2008, mais la Cour de cassation avait annulé cette décision en 2012 et renvoyé l'affaire devant la cour d'appel. «J'accueille cet arrêt avec une grande satisfaction, a commenté Charles Enderlin. La cour d'appel a contredit l'intégralité des affirmations de M. Karsenty».

Ci-dessous, nous republions notre enquête sur la traque méthodiquement menée durant des années contre Charles Enderlin

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Charles Enderlin n'en a pas fini. Dix années de haines, d'accusations, de campagne ininterrompue n'ont pas suffi. Charles Enderlin publie Un enfant est mort (Don Quichotte éditions). C'est un livre qui démonte pièce par pièce ce qui, au fil des ans, est devenu une machine sophistiquée et terriblement efficace. Enderlin réfute les arguments de ses détracteurs qui l'accusent de « bidonnage et d'imposture ». Il décrypte cette campagne et ses enjeux très politiques. Et il rappelle l'essentiel, qu'un enfant est mort, il y a dix ans.

Pour lire des extraits de ce livre, cliquez ici (PDF, 16 pages)

Cet enfant est Mohammed Al-Dura, un jeune Palestinien de 12 ans dont la mort est filmée par un reporter d'images de France-2, le 30 septembre 2000, dans la bande de Gaza, au carrefour de Netzarim. La deuxième Infitada vient de commencer. La veille, les soldats israéliens ont ouvert le feu sur des civils palestiniens, à l'esplanade des Mosquées. Six Palestiniens ont été tués, plusieurs dizaines blessés. Aussitôt, les territoires s'embrasent.

Ce 30 septembre, le sujet de Charles Enderlin, récit de cette journée d'affrontements en Cisjordanie comme à Gaza, est diffusé au JT de 20 h. Mohammed Al-Dura est tué, son père gravement blessé. Les images font aussitôt le tour du monde. Voici le reportage :

 

Tout cela est faux ; les tirs ne proviennent pas des positions israéliennes ; l'enfant n'est pas mort ; le père n'a pas été blessé ; c'est une mise en scène ; un spectacle joué ; une énorme manipulation d'information montée par les Palestiniens ; le reporter d'images de France-2 était un « agent de l'OLP » ; l'enfant photographié plus tard à la morgue n'est pas Mohammed Al-Dura ; d'ailleurs Mohammed Al-Dura serait toujours vivant ; les cicatrices du père remontent à 1994 et non à ce 30 septembre 2000, ses rapports médicaux ont été truqués. Charles Enderlin, qui était ce jour-là à Ramallah et non à Gaza, a pris sur lui de reprendre les images de son reporter sans vérifier et a construit un sujet « entièrement bidonné ».

Voilà donc depuis dix ans les arguments principaux assénés par ceux qui se sont donné comme mission de « faire avouer » Charles Enderlin et d'obtenir, outre sa condamnation publique, sa destruction professionnelle et, au passage, celle de son travail, tout son travail. L'enjeu n'est pas mince puisque Enderlin, installé depuis quarante ans en Israël, ayant pris la nationalité israélienne, chef du bureau de France-2 depuis bientôt vingt ans, est l'un des journalistes les plus respectés de la région. Ses livres, remarquablement informés, font référence. C'est aussi cette expertise qu'il s'agit de détruire.

On retrouve mobilisés contre Enderlin une galaxie de gens et d'organismes dont la diversité peut a priori étonner : les néo-conservateurs américains, de grosses associations juives américaines, des tenants du complot sous toutes ses formes, des partisans de l'ultra-droite israélienne ; une poignée de journalistes ; quelques diplomates et intellectuels pro-israéliens; mais aussi la plupart des médias de la communauté juive française et le puissant Conseil représentatif des institutions juives de France.

Il est un point commun à tous ses acteurs : une défense acharnée de la politique d'Israël face à ce qui est considéré comme un perpétuel double jeu des Palestiniens. Face aussi à ce qui est vécu comme la « tolérance coupable » des médias occidentaux envers l'islamisme et le terrorisme. Face, enfin, à ce qui est dénoncé comme l'antisémitisme larvé de tous les critiques de ce que fut la politique d'Ariel Sharon et de ses successeurs.

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Cet article initialement mis en ligne en octobre 2010  sous le titre «Charles Enderlin: dix années de traque, et ce n'est pas fini» a été réactualisé le 27 juin 2013 avec la décision de la cour d'appel du 26 juin confirmant la condamnation pour diffamation de Philippe Karsenty.

Pour cette enquête, j'ai rencontré Philippe Karsenty à la mairie de Neuilly pendant un peu plus de deux heures. J'ai également eu longtemps au téléphone Luc Rosenzweig. Richard Prasquier, président du CRIF, a bien voulu répondre à nos questions lors d'un entretien téléphonique. J'ai enfin rencontré Charles Enderlin, de passage à Paris. Je ne le connaissais pas, c'était notre première rencontre.