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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Édition du matin

Carla Bruni-Sarkozy: ce qu'elle nous dit de la politique

|  Par Marine Turchi

«Comme si de rien n'était» est le nouveau disque de Carla. Et, comme si de rien n'était, Carla Bruni-Sarkozy ne cesse de parler politique depuis son mariage. Chanteuse gnangnan ou talentueuse, c'est selon, elle soigne son rôle de composition pour mieux faire passer les messages. Carla ne fait pas que vendre son "mari Président qui travaille beaucoup". Elle parle de la gauche, qui ne vaut plus grand-chose, de la famille et des traditions, de la liberté de la presse, de Brice Hortefeux, si sympathique. Valeurs, pathos et minaudements: décryptage d'une stratégie.

Christian Lehmann ausculte la novlangue sarkozyenne

Médecin et écrivain, il a publié un essai remarqué sur le discours sarkozyste, Sarkolangue. Dans un entretien à Mediapart, il décrypte les récents discours présidentiels et ceux de certains ministres qui usent et abusent d'une novlangue politique d'un genre nouveau, propre à détruire tout ce qui constitue le « sens » d'un discours. Pour lire l'entretien, cliquez ici.

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«Comme si de rien n'était» est le nouveau disque de Carla. Et, comme si de rien n'était, Carla Bruni-Sarkozy ne cesse de parler politique depuis son mariage. Interrogée sur la sortie de son troisième album par Le Parisien du 10 juillet, l'épouse du chef de l'Etat veut désamorçer la bombe avec légèreté : «Tout le monde va enfin s’apercevoir que ce ne sont, finalement, que des chansons.»

 

Des chansons, sans doute. Mais dans cette vaste tournée de promotion de son disque «Comme si de rien n’était», Carla Bruni ne vend pas un album, mais son président de mari, Nicolas Sarkozy. Une pub gratuite, qui s’étale depuis plusieurs semaines dans tous les médias : un entretien fleuve dans Libération, une interview entrecoupée d'extraits de chansons sur France Inter, une invitation au JT de 20h de TF1 le 11 juillet, ainsi qu'au Grand Journal et chez Drucker à la rentrée. Sans parler de la série d’articles consacrés à la première dame, de Elle au Figaro en passant par Gala et VSD.

 

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On assiste ces jours-ci, encore plus que ces derniers mois, à un étrange mélange des genres, dans lequel se confondent sphères privée et publique, musique et politique, information et communication, dossiers cruciaux (le sommet de l'Union méditerranéenne le 13 juillet) ou plus légers (cérémonies du 14 juillet et décoration d'Ingrid Betancourt) et événement people (sortie du disque de Carla Bruni le 11 juillet).

 

Si Ingrid Betancourt s'est rendue devant le Parlement français pour raconter son malheur, Carla et ses mélodies sont parvenues jusqu'au Parlement européen, inspirant un eurodéputé britannique qui a cité les paroles d'une de ses chansons en s'adressant au président français:

 

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La communication de la première dame, c'est le conseiller de l'Elysée, Pierre Charon, qui l'orchestre brillamment. Chez Carla Bruni, la naïveté est une véritable posture. L'ancienne mannequin a fait du rôle d’ingénue son favori et du politiquement correct son dada, elle qu'on avait connue plus sulfureuse ici et .

 

Pourtant, de déclarations en déclarations, les mêmes messages passent qui dessinent un champ politique bien particulier. "Epidermiquement de gauche", comme elle s'est définie, Carla Bruni se trouve pourtant très bien... à droite. Une droite présentée comme soft, moderne, presque boboïsée, où cohabitent relativisme et ouverture. Presqu'une nouvelle déclinaison de Kouchner ! Revue de détail.

 

1. Les bienfaits de la tradition.

 

Dans Libération, le 21 juin, elle se dit «ignorante», affirme «[ne pas être] une militante», avoue «[n’avoir] jamais beaucoup voté» mais s’y «[mettre] avec beaucoup d’attention», et explique qu’elle «n’oserai[t] pas faire des choses qui choquent les gens et qui sortent des traditions». Interrogée par le quotidien sur ce qu’elle reproche à Ségolène Royal, elle répond «sa voix. Elle ne me dit rien».

 

2. Des ministres sympathiques.

 

Quant à Brice Hortefeux, «en tant que personne, [elle] l’aime beaucoup », «à part cette chose des tests ADN qui lui a un peu échappé, en tant que ministre». Si elle refuse de donner son point de vue sur la politique d’immigration, c’est que «[sa] position actuelle implique des compétences qu’[elle] n’a pas». «Je n’ose pas vous répondre à la bonne franquette, explique-t-elle. J’aimerais bien, mais je n’ose pas. Ce n’est pas pour ne pas porter préjudice à mon mari, mais par peur d’être nulle». Se rend-elle compte qu'elle est une carte maîtresse dans la reconquête de l’opinion ? «Je n’en suis pas très consciente», assure-t-elle.

 

3. Et si la gauche... était à droite?

 

Sa spécialité, des remarques qui installent comme évidences acquises ce qui est justement au cœur du débat public. Au Parisien, elle déclare «qu'[elle a] découvert (...) qu'à gauche, tout le monde n'est pas attaché à la liberté».

 

Plus loin, elle explique qu'il est «de toute façon impossible de manipuler les médias et (...) que la liberté de la presse fait partie des fondements de la démocratie». Au quotidien gratuit Metro, elle assure «qu’il n’y a pas de censure en France. Nous sommes dans un pays très démocratique. L’Elysée n’intervient pas dans ma vie artistique, ni dans ma vie médiatique».

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Comment traiter cet étrange mélange des genres qui s'étale dans les médias depuis quelques semaines à l'occasion de la sortie du troisième album de Carla Bruni, sans tomber dans l'écueil de la participation à une vaste opération de promotion? Mediapart a choisi de décrypter le discours de la première dame à l'approche d'un week-end emblématique de cette confusion entre sphères privée et publique, musique et politique, information et communication.