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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Dassault pousse «Le Figaro» vers la droite radicale

|  Par Laurent Mauduit

Serge Dassault a nommé Alexis Brézet à la direction du Figaro, en remplacement d'Etienne Mougeotte. Selon nos informations, Guillaume Roquette, de Valeurs actuelles, a été démarché pour venir en renfort. Ceci, sur fond de crise à l'UMP sur les relations avec le FN.

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L’éviction d’Etienne Mougeotte de son poste de directeur des rédactions du Figaro et son remplacement par Alexis Brézet, jusque-là directeur de la rédaction du Figaro Magazine a été présenté ces derniers jours comme le signe d’un changement d’époque, une onde de choc indirecte de l’alternance. Le propriétaire du journal, l’industriel et sénateur UMP Serge Dassault, aurait pris acte de la défaite de son champion, Nicolas Sarkozy, et, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, aurait décidé de se débarrasser du patron ultra-sarkoziste de son journal pour en choisir un nouveau, au profil un peu moins militant et plus professionnel.

Alexis BrézetAlexis Brézet

Erreur ! Selon de très bonnes sources, c’est le but strictement inverse que poursuit Serge Dassault. En donnant les rênes des rédactions de son groupe de presse à Alexis Brézet, qui a fait ses classes à Valeurs actuelles et qui défend de longue date les thèses de la droite radicale, le grand patron veut donner un coup de barre encore plus à droite. Son ambition n’est donc pas de faire du Figaro un grand journal de la droite libérale française – journal libéral qu’il n’a jamais été – mais plutôt d'en faire un journal organisant des passerelles entre la droite républicaine et l’extrême-droite. Ce jeu de chaises musicales au Figaro est donc loin d’être anodin : c’est l’un des soubresauts des luttes intestines qui se mènent à droite et tout particulièrement à l’UMP, pour savoir s’il faut dédiaboliser ou non le Front national ou à tout le moins prendre en comptes ses idées, c’est-à-dire poursuivre sur la ligne de la droite radicale qui était celle de Nicolas Sarkozy et de Claude Guéant pendant la campagne présidentielle.

Pourtant, une bonne partie de la presse a présenté la nomination d’Alexis Brézet de manière bien lisse, laissant à penser qu’après les manchettes furieusement de mauvaise foi dont Etienne Mougeotte avait le secret pour défendre la candidature de Nicolas Sarkozy, Serge Dassault avait pris conscience qu’il était temps de nommer un patron moins sulfureux, face à un gouvernement de gauche. L’article du Monde (12 juillet) a donné le ton : « Sous la direction de M. Mougeotte, Le Figaro s'était signalé pendant la campagne présidentielle par des “unes” particulièrement hostiles à François Hollande, au point que celui-ci avait refusé de lui accorder un entretien. M. Mougeotte assumait sans états d'âme une position pro-sarkozyste, assurant que celle-ci correspondait aux attentes des lecteurs et profitait aux ventes du quotidien », pouvait-on lire.

Et Le Monde ajoutait : « Depuis plusieurs mois cependant, dans l'entourage de Serge Dassault, on faisait savoir que le groupe industriel, très dépendant des commandes de l'État, ne pouvait se placer dans une opposition frontale en cas de victoire de François Hollande. “Le Figaro d'aujourd'hui n'est pas du tout dans le cas de figure de 1981, soulignait alors un proche de M.Dassault. A cette époque, le groupe de presse de Robert Hersant pouvait se permettre d'adopter une position d'opposition systématique et en tirer profit en augmentant ses ventes. Dassault est un groupe industriel avant d'être un groupe de presse.” Son successeur, Alexis Brézet, est très apprécié de la rédaction et considéré comme un bon professionnel. Ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, c'est un conservateur, décrit par un journaliste du Figaro comme représentant “une droite intelligente”. »

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