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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Trois livres pour discuter la crise financière

|  Par Gérard Desportes

Au moment où la finance américaine annonce des bonus records pour 2009, trois livres apportent un éclairage, chacun différemment, pour mieux comprendre, se mettre en colère ou rêver d'un autre monde. L'alter-mondialiste, le réformiste et le marxiste, il y en a pour tous les goûts. Et si cette crise qui balaie les faibles et enrichit les plus riches était l'occasion d'un renouveau de l'économie politique?

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Et si la crise – et ce qu'elle charrie de conséquences et de changements de toutes sortes – invitait à un retour de l'économie politique ? Ce jeudi 15 octobre, la une des Echos donne à réfléchir. S'appuyant sur une enquête du Wall Street Journal, le journal économique titre « Bonus : année record pour les banquiers de Wall Street ». Avec ce chiffre : en 2009, les établissements financiers s'apprêtent à verser 140 milliards de dollars à leurs collaborateurs en salaires, bonus et autres avantages. Un record absolu.

 

Ce commentaire : « Un chiffre astronomique au regard de la récession économique mais conforme au G20 qui n'a pas imposé de plafonnement. » On apprend que les banques américaines avaient versé 130 milliards en 2007, 117 en 2008. Autrement dit, le contribuable américain aura volé au secours des établissements pour que les traders et autres dirigeants se goinfrent. Au passage et depuis la faillite de Lehman Brothers, le taux officiel de chômage aux Etats-Unis approche les 10%.

 

Trois livres récents et fort différents apportent un éclairage sur les événements qui se déroulent sous nos yeux ébahis.

 

Le premier est l'œuvre de l'écolo-blogueur Denis Consigny. Le titre tombe à pic si l'on a lu Les Echos: Et s'il suffisait... (Edition Le Prè du Plain, 5 euros). Il y est question de savoir pourquoi les Etats n'imposent pas une taxe (la TVA) aux opérateurs financiers sur les flux d'argent qui alimentent le marché, taxe qui servirait à donner à chaque habitant de la planète un revenu garanti. Livre minuscule par la taille et le nombre de pages, mais énorme par le culot.

 

« Pourquoi faudrait-il que toutes les activités soient lucratives ? Nous savons que nous avons déjà créé largement assez de valeur, et que, dans notre mode de fonctionnement actuel, une très grande partie des créations de valeurs supplémentaires se fait au détriment des ressources naturelles et du climat. Dispenser les citoyens de l'obligation de s'agiter pour survivre aurait au moins l'intérêt de calmer le jeu et, par conséquence directe, de réduire la pression exercée sur la planète. » Délire contre délire : à celui des banquiers prédateurs, Consigny oppose le sien avec un calme et un aplomb qui ravissent. Et de se lancer dans le chiffrage.

 

Si on donne 1000 dollars chaque mois aux 7 milliards d'êtres humains qui peuplent la planète (6,788 au 1er octobre 2009), cela représente 78.000 milliards de dollars par an, soit moins du quart des 350.000 milliards de dollars figurant au bilan des banques fin 2008. A quoi bon que cet argent s'entasse ? « Faisons-le circuler », suggère l'auteur qui avance l'idée d'une rente à vie, avec la liberté laissée à chacun de compléter son revenu par la participation à telle ou telle action de production. Pour ce faire, il propose donc de taxer les mouvements de capitaux un peu comme Tobin l'avait en son temps suggéré.

 

Et pourquoi pas? La crise telle qu'elle se déroule partout dans le monde apporte du crédit, sans jeu de mots, à cette thèse. Le bilan 2009 aura démontré que les banques – en dehors de toute économie réelle – créent de la valeur sans contrepartie tangible, en titrisant les risques, en spéculant... Il n'existe aucune justification au privilège dont elles bénéficient d'être exemptées de TVA.

 

Poussé par son élan, notre ingénieur iconoclaste y va de son autre idée-force : la suppression de l'argent liquide. Que des cartes de crédit ou la monétique; l'auteur consent malgré tout à maintenir les pièces dans le système marchand. Plus d'argent « noir » ou sale, plus de commission occulte, plus de corruption, plus de trafic de drogue, d'armes, d'êtres humains, plus de vol et de crimes liés à l'avidité et la tentation de tricher. Une sorte de paradis. Une fable mais avec cet avantage que l'auteur nous fait réfléchir sur le rôle de l'argent dans notre vie quotidienne et c'est parfois tout à fait pertinent. Débarrassé de l'argent liquide et de l'impérieuse nécessité de gagner leur vie, les êtres humains seront-ils plus soucieux d'eux-mêmes, de leurs prochains et de la planète ?

 

L'économie politique ne se fixe pas pour objectif de répondre à ce genre de question. Le livre lui veut le croire. Il n'est pas certain que le lecteur en sorte convaincu mais c'est drôle, intelligent et parfois pas dénué de bon sens.

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