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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

A l'EABJM, on cultive l'entre-soi d'une éducation pour les très riches

|  Par Lucie Delaporte

L’école active bilingue Jeannine-Manuel (EABJM) est l’un des établissements les plus cotés de la capitale : 2 300 élèves de la maternelle au bac, un tarif de base de 4 500 euros par an. Dans ce club très chic, se fabriquent les futurs réseaux professionnels. Et le tout est en partie financé par la défiscalisation !

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C’est the place to be. L’aîné de Carla Bruni, les enfants Copé, le fils Sarkozy, celui de Frédéric Mitterrand, mais aussi les petits Dassault, ceux d’Arnaud Lagardère… Tous y sont passés ou y sont encore. L’école active bilingue Jeannine-Manuel qui arbore fièrement ses 96 % de mention au bac est l’un des établissements les plus recherchés par certaines élites. Un classement de La Tribune rangeait récemment son lycée juste derrière celui d’Henri-IV ou de Louis-le-Grand.

L’école active bilingue accueille 2 300 élèves de la maternelle à la terminale dans le XVe arrondissement de la capitale. L’EABJM fait partie de ces établissements pour lesquels les parents bataillent dès la maternelle pour y faire inscrire leurs enfants, quitte à leur faire réviser dès 4 ans « le test du bonhomme », et autres épreuves de QI, comme le rapportait récemment un article de L’Express.

Lors d'un cours.Lors d'un cours.

Pourquoi une telle ferveur ? Il est vrai que les élèves bénéficient ici d’une offre scolaire exceptionnelle. Un enseignement en anglais et en français pour tous dès la maternelle, du chinois dès le CE2… Tout cela dans un cadre tout aussi hors norme. L’école bénéficie depuis peu d’un bâtiment de sciences de 1 500 m2, un théâtre au sous-sol, une spacieuse salle d’art. Avec les sorties culturelles, voyages scolaires en Chine ou au Japon, la palette d’activités d’after school est aussi des plus riches.

Dans cette école privée sous contrat non confessionnelle, on met en outre en avant une pédagogie différente : « Côté anglo-saxon, la pédagogie active, et côté français la solidité des programmes. L’EABJM c’est un mixte des deux », explique par exemple Florence Bosc, directrice adjointe dans un document interne. Quand les élèves français sont connus pour leur inhibition à l’oral, l’EABJM met en place un « debate club » pour, dès le collège, développer l'aisance rhétorique des élèves. Attentive aux enfants « trop doués », elle a aussi développé des déjeuners de surdoués pour que ceux-ci puissent échanger sur leurs difficultés (lire à ce sujet notre article).

Pour les parents, patrons, cadres du privé, souvent très tournés vers l’international, ces initiatives pédagogiques sont fort appréciables tout comme l’est l'entière disponibilité du corps enseignant. « Je reçois des mails en continu parfois jusqu’à 23 heures. Je suis tenu de répondre dans les plus brefs délais, sinon je suis rappelé à l’ordre », raconte un enseignant. À l’EABJM le client-parent est roi.

En s’acquittant de quelque 4 500 euros par an, tarif de base, dès la maternelle, les parents savent qu’ils paient pour des prestations largement inaccessibles au commun de l’éducation nationale mais aussi qu’ils investissent dans un entre-soi bien utile pour leur progéniture. « Il est vrai que le pouvoir économique des parents est largement plus élevé que la moyenne et qu’au bout du compte, sous couvert d’ouverture au monde, nous préparons pour nos enfants un réseau relationnel international », affirme sans détour un parent dans le bulletin de décembre de l’association des parents d’élèves de l’école.

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Cette enquête a été réalisée ces dernières semaines. Les enseignants, salariés et parents d'élèves rencontrés ont tous tenu à rester anonymes. Avec la directrice de l'école, Mme Zéboulon, qui n'a pas souhaité donner suite à notre demande d'entretien, nous avons finalement eu plusieurs échanges par mail.

La communication de la fondation Jean-Luc Lagardère, sur la question du financement du théâtre de l'école, nous a répondu qu'elle ne pouvait confirmer le montant de la somme versée ayant, à la suite d'un déménagement, « un problème d'archives ».