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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Dernière édition

A l'Assemblée, Lionnel Luca organise le rapprochement FN / UMP

|  Par Marine Turchi

Une demi-douzaine d'élus UMP ont cosigné avec Marion Maréchal-Le Pen une proposition de loi sur le « génocide vendéen ». Certains affirment qu'ils ignoraient la signature de la députée FN. Ce premier texte conjoint, initié par le cofondateur de la Droite populaire, Lionnel Luca, est un signe supplémentaire dans le rapprochement d'une partie de l'UMP avec le FN.

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« Il n’y a pas d’exclusivité », lâche Lionnel Luca. Le cofondateur de la Droite populaire et député UMP explique à Mediapart qu’il ne voit pas « au nom de quoi » il aurait refusé de cosigner sa proposition de loi avec la députée FN Marion Maréchal-Le Pen. Ce texte, le premier signé conjointement à l’Assemblée nationale par des élus FN et UMP (à lire ici), porte sur la « reconnaissance du génocide vendéen de 1793-1794 ». Il a été cosigné par six autres élus UMP ou MPF, dont l’ancien secrétaire d’État Alain Marleix. 

« J’ai proposé aux 577 députés de cosigner cette proposition, par courrier électronique », affirme Lionnel Luca. « À quel titre refuserais-je la signature de Marion Maréchal-Le Pen ? La couleur de la peau, la blondeur des cheveux ? C’est une élue du peuple. La refuser, cela s’appelle de la discrimination », explique-t-il. Le député des Alpes-Maritimes se défend de jeter une passerelle vers le Front national : « La Vendée, ça n’a rien à voir avec le FN. C’est un fait historique de 220 ans. Ce n’est pas politique, c’est un problème de fond qui concerne tout le pays. »

Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes et cofondateur de la Droite populaireLionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes et cofondateur de la Droite populaire © Reuters


Son collègue UMP Dominique Tian, autre signataire de la proposition de loi, affirme à Mediapart qu’il « ne savait pas » que Marion Maréchal-Le Pen était cosignataire. « Je le déplore. En principe, on fonctionne par groupe politique. Elle n'a pas à cosigner, ou alors elle rejoint l'UMP. Ce n'est pas très délicat de la part de Lionnel Luca de ne pas nous avoir dit qu'il allait lui proposer. Si j'avais su, je n'aurais pas signé. » Lui qui avait accueilli à bras ouverts l'ex-conseiller régional FN Stéphane Durbec pendant les législatives, estime qu’« on n'a pas à jouer l'ambiguïté avec le FN », que la Droite populaire (dont il est membre) « est un rempart contre le FN », avec qui il refuse toute « alliance ». Il a écrit à son collègue des Alpes-Maritimes pour expliquer qu'il retirait sa signature.

« Lâcheté », « procès en sorcellerie », répond Lionnel Luca. « On est mûrs pour la démocratie populaire ! Je ne peux ni comprendre, ni admettre une telle réaction. Si Noël Mamère ou le communiste André Chassaigne avait signé, qu’aurait dit Dominique Tian ? »

Également sollicité, Alain Marleix était injoignable vendredi (lire notre boîte noire). Son assistante explique qu’il n’était pas au courant que la proposition était conjointe au FN. « En général, on cosigne à l’intérieur du groupe. »

Mais les élus signataires n’ignorent pas que le sujet a été porté de longue date par l’extrême droite et qu’il a été choisi justement parce qu’il transcende les droites. En 1987, Jean-Marie Le Pen avait tenté, à l'Assemblée nationale, de faire reconnaître les massacres commis en Vendée pendant la Révolution comme un crime contre l'humanité, comme le rappelle Slate.

En 2007, Lionnel Luca avait fait deux tentatives dont une proposition à peu près identique. En 2011, le villiériste Dominique Souchet avait porté un amendement semblable. Le FN était alors absent de l’Assemblée.

En 2008, l’UMP Bernard Accoyer, alors président de l’Assemblée nationale, avait mis en garde, dans un rapport sur les questions mémorielles : ces propositions visant à la reconnaissance d'un « génocide » en Vendée posent « un risque de fragilisation de la société française ». « C'est une proposition de loi absurde du point de vue d’un historien », estime Jean-Yves Camus, politologue spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe.

Chez Marion Maréchal-Le Pen, on fait mine de banaliser l'épisode. « C’est un sujet qui nous intéresse, on aurait pu le proposer, donc on a répondu positivement à Lionnel Luca. Il nous avait déjà sollicités sur le sujet des investissements du Qatar, on n’avait pas donné suite. Il n’y a pas de règle, c’est au cas par cas », explique son assistant parlementaire, qui veut tout de même y lire « un début de normalisation »« Certains estiment que nous sommes des parlementaires comme les autres. »

Bruno Gollnisch s’est empressé de saluer sur son blog « la bonne mémoire » de sa collègue. Le député européen « se félicite » de cette signature, mais aussi de celles d’élus « “non-inscrits” de droite » et d’« UMP », affirmant que ce « vœu » ancien du FN a par le passé été « méprisé par les élus et les exécutifs de “droite” ».

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Sauf mention contraire, toutes les personnes citées ont été jointes ce vendredi.

Sollicité, Philippe Vitel n'a pas donné suite. Alain Marleix a donné suite favorablement à notre demande, mais n'a pu être joint faute... de réseau téléphonique de son côté. Marion Maréchal-Le Pen a laissé son assistant parlementaire nous répondre.

Jean-Yves Camus (voir sa fiche) est politologue, chercheur associé à l'institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste des nationalismes et extrémismes en Europe.