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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Dernière édition

La gauche à la recherche d'une boussole

|  Par Stéphane Alliès

Quels vœux se fait la gauche, en ce début d’année 2013 ? Après que la rentrée politique de la majorité a été placée sous le signe du « social-libéralisme » par Jérôme Cahuzac, comment se situent les socialistes et les autres composantes de la gauche aujourd’hui ? Récit d’une première quinzaine de janvier entre social-démocratie et « social-défaitisme ».

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Cinquante nuances de gauche. À l’ombre de l’unanimisme belliciste (provisoire ?) du Mali, les cérémonies de vœux des ministres, des partis politiques de la gauche de gouvernement et de la gauche non-gouvernementale n’en finissent pas d’interroger sur l’absence de cap compréhensible et assumé. Au cœur de ce questionnement, la rentrée politique du gouvernement, incarnée médiatiquement par un homme, Jérôme Cahuzac, tour à tour invité à la première grande émission politique de janvier, sur Europe 1, puis à un débat avec Jean-Luc Mélenchon, dans une opposition « gauche contre gauche » (lire notre compte-rendu ici).

Jean-Luc Mélenchon et Jérôme Cahuzac, sur le plateau de Mots croisés, le 7 janvier 2013Jean-Luc Mélenchon et Jérôme Cahuzac, sur le plateau de Mots croisés, le 7 janvier 2013 © capture d'écran France 2

Un moment de télévision, où le ministre délégué au budget a déstabilisé le tribun du Front de gauche sur la forme, recueillant le contentement de très nombreux socialistes interrogés. Mais peut-être aussi un tournant Cahuzac, tant il a incarné et assumé un positionnement « social-libéral », allant jusqu’à confier n’avoir « jamais cru » à la lutte des classes. Une affirmation qui, si elle est cohérente avec la dernière déclaration de principes du PS (en 2008, ce dernier acte du premier secrétaire François Hollande est notamment marqué par la disparition du terme “classes”), n’avait jamais été reprise jusqu’ici par les ténors socialistes français, à l’exception de Jean-Marie Bockel, devenu ensuite ministre de… Nicolas Sarkozy.

Et si le qualificatif social-libéral nourrit de plus en plus les commentaires des observateurs ou des opposants à gauche de la politique gouvernementale, il reste encore tabou. Commenter ce positionnement politique affiché par un Cahuzac envoyé en première ligne sur les plateaux télé ne suscite pas un grand engouement parmi les socialistes interrogés. « Sur la forme, il a défoncé Mélenchon, dit un dirigeant des jeunesses socialistes. Mais sur le fond, c’est effrayant… » « Cahuzac l’a explosé, et pas que sur la forme, aussi sur la façon d’exercer le pouvoir, estime de son côté un haut dirigeant du PS. Le problème, c’est qu’avec sa sortie sur la lutte des classes, il renvoie tout un électorat dans les bras de Mélenchon. » Pour la sénatrice et secrétaire nationale du PS Laurence Rossignol, mieux vaut en sourire : « De toute façon, personne n’a jamais cru que Cahuzac croyait à la lutte des classes… Mais personne ne pense non plus que le gouvernement fait la politique de Cahuzac. Il fait la politique qu’on lui demande de faire. »

Au gouvernement, on réfute également toute « tendance libérale », ainsi que le dit Benoît Hamon, pour qui « il n’y a pas de prise à revers de la part de Hollande. Depuis la primaire, il dit qu’il veut respecter l’engagement des 3 % de déficit. Martine Aubry le disait aussi, d’ailleurs. Quiconque rentrait au gouvernement savait ça. » Proche du président, le ministre Stéphane Le Foll l’assure : « La position centrale n'est pas celle de Jérôme. Voilà. Après ce n'est pas nous qui fixons les invitations aux émissions de télévision. »

Une explication soutenue par diverses sources dans l’exécutif. Si Cahuzac a incarné la rentrée politique, c’est sans préméditation. « Cahuzac est paradoxalement très puissant en ce moment, nous confie un secrétaire national du PS, car toute attaque sur le fond de sa ligne politique serait vue comme une tentative de l’affaiblir davantage. » Un autre, également parlementaire, rajoute même, un brin désabusé : « Il faut être lucide, ça ne pouvait pas être Ayrault face à Mélenchon. Et comme Montebourg est contraint au silence, que Valls n’a pas été brillant face à Marine Le Pen, ou que Peillon se fait cogner dès qu’il l’ouvre, il ne reste plus que Cahuzac comme ministre important capable de débattre… »

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Tous les propos cités ont, sauf mention contraire, été recueillis ces dix derniers jours, au gré des cérémonies de vœux, ou à l'occasion d'échanges téléphoniques, ou encore en face-à-face. Certains propos ont été recueillis par mes collègues Mathieu Magnaudeix ou Lénaïg Bredoux (notamment ceux de M. Le Foll).