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Mediapart
Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Édition de la mi-journée

Non, le prix de l’électricité ne gonfle pas à cause des renouvelables

|  Par Jade Lindgaard

Responsable d’une grosse partie de la hausse des prix de l’électricité (+30% ces cinq prochaines années!), la contribution au service public de l’énergie a d'abord servi à financer les énergies fossiles, selon les estimations d'un réseau d’experts sur les énergies renouvelables.

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Les factures d’électricité des Français vont encore gonfler dans les années à venir : une hausse d’environ 30 % est à prévoir sur la période courant de 2012 à 2017, a annoncé la commission de régulation de l’énergie (CRE), lundi 18 février, dans son rapport sur le fonctionnement des marchés de détail (à lire en cliquant ici). Un tel bond représenterait une augmentation annuelle d’environ 6 % du prix de l’électricité pour les consommateurs, un rythme qui semble difficilement acceptable pour les autorités politiques, en pleine explosion du chômage et des inégalités sociales (voir ici et là les notes de l’Insee sur ces sujets).

Comment expliquer cette course folle des tarifs de l’énergie ? Selon la CRE, cette inflation « est due pour plus du tiers à l’augmentation de la CSPE », à savoir la contribution au service public de l’énergie, qui « s’explique pour l’essentiel par le développement des énergies renouvelables ». Les autres causes détaillées par les commissaires sont la hausse prévisible du prix de l’énergie et les investissements nécessaires dans les réseaux.

Rapport de la CRE sur le marché de l'électricité.Rapport de la CRE sur le marché de l'électricité.

Les prix de l’électricité vont-ils exploser à cause de l’éolien et du solaire ? En quelques heures, ce raccourci s’est propagé à la vitesse de la lumière dans les médias et sur les réseaux sociaux, occupant les grands titres des journaux du soir et du lendemain matin.

Il est pourtant faux : depuis sa création en 2003, la CSPE a majoritairement servi à financer les énergies fossiles, pas du tout renouvelables, indiquent les calculs du Comité de liaison énergies renouvelables (Cler), un réseau d’experts indépendants. Entre 2009 et 2012, la part des énergies renouvelables n’a représenté en moyenne que 43 % des charges totales de la CSPE. Tout le reste, soit près de 2,5 milliards d’euros, a servi à financer les énergies fossiles. Ce n’est qu’en 2012 que, pour la première fois, la part des renouvelables a dépassé la barrière des 50 % de charges de la CSPE (à 52 %). Il est donc erroné de leur attribuer en priorité la responsabilité de l’explosion des coûts.

Evolution des charges de la CSPE ©ClerEvolution des charges de la CSPE ©Cler

Prélevée sur la facture des consommateurs, personnes physiques et morales, la CSPE doit couvrir toute une série de charges : les surcoûts liés aux obligations d’achat des renouvelables et de la cogénération (produire de la chaleur et de l’électricité en même temps), ceux liés aux appels d’offres (du fait de l’ouverture du marché à la concurrence), la péréquation tarifaire, le tarif de première nécessité, le fonds solidarité logement. Ces charges ont progressé avec le temps, mais le montant de la contribution n’a pas été suffisamment réévalué, créant un méga déficit de 4,9 milliards d’euros, dus par l’État à EDF. En janvier dernier, un accord a été trouvé pour le résorber d’ici fin 2018. La CSPE s’établit à 13,5 euros par mégawattheure (Mwh) au 1er janvier 2013, soit trois fois plus que lors de sa création dix ans auparavant.

Tableau de l'évolution des charges de la CSPE (©Cler)Tableau de l'évolution des charges de la CSPE (©Cler)

 

Cette « dette CSPE » s’ajoute aujourd’hui aux charges annuelles de la contribution et en renchérit le coût. Or, sur la première période de la CSPE, entre 2003 et 2009, la part des renouvelables n’a même pas atteint 10 % des charges globales – et fut d’ailleurs négative en 2008, analyse le Cler. Elle coûtait alors entre 1,5 et 2 milliards d’euros par an.

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