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Lun.20 octobre 201420/10/2014 Édition du matin

Sylvie Andrieux, héritière du defferrisme, veut rester dans le jeu malgré son procès

|  Par Stéphane Alliès et Louise Fessard

Figure du PS dans les quartiers Nord, la députée Sylvie Andrieux, jugée en correctionnelle pour détournements de fonds, sait son secteur crucial pour les municipales à Marseille en 2014. En campagne permanente, elle est déterminée, condamnée ou non, à continuer à peser dans le jeu politique local, mobilisant réseaux et affidés.

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Figure incontournable du PS dans les quartiers Nord marseillais, la députée socialiste Sylvie Andrieux (51 ans), jugée pour détournement de fonds depuis le 4 mars 2013, est décrite comme une « battante ». Mais elle est aussi une héritière, encartée au PS dès 15 ans, fille du sénateur Antoine Andrieux et filleule de la sénatrice Irma Rapuzzi, qui furent tous deux adjoints de Gaston Defferre, maire de Marseille de 1953 à 1986.

« Son inscription dans le sérail remonte à loin: la petite Sylvie a figuré en photo sur les genoux du candidat Defferre et il lui arrivait d'aller directement de la sortie de l'école à la mairie pour attendre son père », relatent Michel Peraldi et Michel Samson dans Gouverner Marseille (La Découverte, 2005). Elle s'inscrit dans une continuité très marseillaise : « Le nombre de fois où j'ai entendu Jean-Claude Gaudin (aujourd'hui maire UMP de Marseille, qui avait commencé la politique en 1965 sur la liste socialo-centriste menée par Gaston Defferre) dire qu'il aimerait qu'elle lui succède », se souvient Michel Pezet, vice-président PS du conseil général et ancien président de la Région.

Sylvie Andrieux, le 4 mars 2013.Sylvie Andrieux, le 4 mars 2013. © Reuters

Contrairement à son père, chauffeur de taxi devenu sénateur, et à plusieurs de ses collègues marseillais, Sylvie Andrieux n'a donc pas eu besoin de la politique pour gravir les échelons sociaux. D'où peut-être cette curieuse phrase de son ancien patron Michel Vauzelle, président (PS) du conseil régional, face au tribunal : « Elle n'avait pas besoin de faire de la politique pour gagner de l'argent, elle a de l'argent. »

À la mort de son père en 1983, Sylvie Andrieux est embauchée par la Socoma, une coopérative ouvrière créée après-guerre par ce dernier et d'autres proches de Gaston Defferre pour contrer la CGT et les communistes sur le port de Marseille. La Socoma est aujourd'hui toujours présidée par Charles-Émile Loo, 91 ans, longtemps trésorier du PS, et compte, depuis 2009, un vice-président en la personne du sénateur PS Jean-Noël Guérini, président du conseil général des Bouches-du-Rhône, mis en examen.

Sylvie Andrieux y travaillera, « comme cadre » selon elle, jusqu'à ce qu'elle soit mise en disponibilité en 1997, après avoir été élue députée dans les quartiers Nord. « Je ne me suis pas engagée en politique pour faire carrière, a affirmé Sylvie Andrieux, le 14 mars 2013, face au tribunal. J'ai un métier, je me levais à 4 heures du matin pour embaucher les dockers ! Je suis détachée en politique, le jour où ça ne me plaira plus, je tournerai la page. » La version d'une des administratrices de la coopérative diffère quelque peu. « Sylvie Andrieux était dans les bureaux, pas sur les quais, se souvient Michelle Sernesi, jointe par téléphone. Elle avait un travail administratif, elle s'occupait du standard, des papiers, etc. Ce n'était pas un poste de cadre. » Propos confirmés par Charles-Émile Loo : « Elle est entrée chez nous comme petite main, employée de bureau, téléphoniste, elle n'était pas cadre. »

Selon Libération de l'époque, Sylvie Andrieux fait également dans les années 1990 un passage comme vice-présidente à la Mnef (Mutuelle nationale des étudiants de France), dont un autre futur député socialiste marseillais, Patrick Mennucci, fut directeur régional dans les années 1980. Toujours selon Libé, Antoine Andrieux, le père de l'élue socialiste, était d'ailleurs le parrain d'Olivier Spithakis, directeur général de la Mnef. 

Élue conseillère régionale Paca en 1992 sur la liste de gauche portée par Bernard Tapie, Sylvie Andrieux prend du galon deux ans plus tard, lorsque les socialistes se brouillent avec leur tête de liste. La voilà, à 33 ans, désignée présidente d'un groupe PS minoritaire mais en position de force face à un Jean-Claude Gaudin, président de région (UDF), qui ne dispose plus d'aucune majorité stable depuis sa rupture avec le FN.

Lorsque Sylvie Andrieux remporte, en 1997, la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, un secteur traditionnellement de gauche qui englobe plusieurs des cités difficiles marseillaises, elle reconnaît elle-même qu'elle n'avait « jamais mis les pieds » dans ces quartiers Nord auxquels elle n'était « pas destinée ». Son investiture par le PS face à deux autres femmes, Samia Ghali (aujourd'hui sénatrice PS et maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille) et Geneviève Couraud (aujourd'hui conseillère d'arrondissement) avait d'ailleurs été houleuse et n'a pas laissé que des bons souvenirs. « Son ami d'alors, le patron incontesté du PS des Bouches-du-Rhône, François Bernardini, a joué un rôle important en l'imposant », expliquent les deux auteurs de Gouverner Marseille.

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