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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Jacques Attali intrigue de droite à gauche

|  Par Laurent Mauduit

Jacques Attali a tenté de réunir, mercredi, la commission qui porte son nom. Echec! Les plus libéraux ont flairé une manœuvre en faveur de François Hollande et ont boycotté le rendez-vous. Les experts de gauche savent qu'ils ont tout à perdre à s'y afficher. Résultat: l'essayiste multicartes s'est brouillé avec la Sarkozie sans se faire pardonner par la gauche.

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Président de la commission qui porte son nom, Jacques Attali vient de prendre une initiative qui fait quelques vagues dans le petit landernau des économistes et des experts parisiens. Alors qu'il n'avait reçu aucun mandat en ce sens ni de l'Elysée ni de Matignon, il a décidé de son propre chef de procéder à la convocation de cette « Commission pour la libération de la croissance française », pour une réunion mercredi 19 octobre.

Les membres de cette instance ont diversement apprécié cette initiative, beaucoup y voyant une petite manœuvre en soutien... à François Hollande. Du coup, la réunion s'est tenue dans un climat de crise et d'invectives.

Cette embardée de Jacques Attali n'est certes pas la première du genre. Jouant les entremetteurs du capitalisme parisien, un peu sur le modèle d'Alain Minc, il adore papillonner d'un camp à l'autre. Mais cette fois-ci, peut-être a-t-il commis l'impair de trop. Car son initiative intempestive a eu le don d'agacer les partisans de Nicolas Sarkozy, mais tout autant, même si c'est pour des raisons différentes, ceux de François Hollande.

Ancien sherpa de François Mitterrand, Jacques Attali s'est en effet politiquement marqué, en 2007, en devenant un obligé du Palais, faisant une cour assidue à Nicolas Sarkozy, qui lui a finalement confié la présidence de cette commission. Le seul nom de la commission avait à l'époque valeur de symbole: « Commission pour la libération de la croissance »... L'intitulé suggérait clairement que la croissance était jusque-là emprisonnée. Il était donc chargé de sous-entendus ultralibéraux, sur un registre qui a longtemps été celui d'Alain Madelin : pour relancer l'activité, il faut remettre au pas un Etat obèse et déréguler fortement une économie trop bureaucratisée et protégée...

Constituée en juin 2007, au lendemain de l'accession de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, la commission se met donc au travail, à la demande du chef de l'Etat, pour concevoir une ribambelle de mesures de déréglementation, devant venir épauler la politique libérale voulue à l'époque par le champion de la droite. Alors que la fameuse Révision générale des politiques publiques (RGPP) est mise en chantier par l'Elysée, la commission Attali prolonge ces premiers coups de boutoirs par des recommandations en pagaille (ci-dessous la vidéo lors de la remise du rapport à l'Elysée) allant dans le même sens : déréglementation du travail, déréglementation des professions protégées, économies à marche forcée...

La vidéo de la remise du rapport à Nicolas Sarkozy

Mais manque de chance pour Jacques Attali ! Le brûlot libéral qu'il finit par remettre à Nicolas Sarkozy arrive totalement à contretemps, car au même moment la crise financière s'est creusée. Et pour Nicolas Sarkozy, il devient moins facile de vendre à l'opinion la potion amère que lui a concoctée Jacques Attali. Résultat : le rapport de la commission est abandonné par l'Elysée à la critique rongeuse des souris.

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