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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Dernière édition

Mali : de la stratégie «néocons» à la rhétorique «néo-com»

|  Par Stéphane Alliès

La sémantique guerrière de l’exécutif a des airs de néoconservatisme bushiste, sans toutefois en partager l’idéologie.

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À drôle de guerre, drôle de sémantique. Sans même remettre en cause le bien-fondé de ce qu’il est convenu d’appeler « l’intervention militaire française » au Mali, comment ne pas être dubitatif face à la rhétorique déployée depuis par le gouvernement ? Ça a le goût et la couleur du néoconservatisme, mais c’est du socialisme.

Le DrianLe Drian © Reuters

L'élément de langage a été fixé dès le début, et la consigne a été respectée à la lettre : ne jamais employer les mots « islam » ou « islamistes ». Leur préférer les termes de « terroristes criminels » ou de « fanatiques ». Comme le rappelle le sociologue Laurent Mucchielli sur son site, « la France n'a “d'autre but que la lutte contre le terrorisme”, déclarait samedi 12 janvier François Hollande. Elle est “en guerre contre le terrorisme”, répétait dimanche le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian. Le chef de la diplomatie Laurent Fabius allait plus loin, en qualifiant les groupes armés maliens de “terroristes criminels”, estimant que “quand on voit des terroristes débouler” vers Bamako, “on ne se pose pas de questions métaphysiques” : on intervient ».

Ni combattants, ni pirates, ni guérilleros, ni rebelles… Djihadistes et touaregs du Nord-Mali ont-ils donc commis des « actes terroristes », un terme pouvant fluctuer selon l’histoire ? Pour conforter la démonstration, rien de mieux qu’une autre technique néoconservatrice : le sophisme guerrier autoréalisateur. Ainsi le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian qui, après avoir annoncé la « guerre contre le terrorisme, où qu’il se trouve », commente la prise d’otages d’In Amenas comme étant un « acte de guerre ». La boucle est bouclée, et la démonstration validée, après coup. Qu’importent les détails, l’heure n’est pas à la complexité.

Et dans ce cadre – faire passer un message simple en un temps de guerre aux contours incertains –, les axiomes bushistes sont aussi utiles que répétés jusqu’à la caricature. Au programme, guerre contre le « mal absolu » (selon les termes du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius) et invocation de la théorie des dominos (selon François Hollande, l’« intervention » était la « seule solution » pour « sécuriser Bamako », éviter la progression des « terroristes », et afin que « d'autres pays africains (ne soient) menacés »).

La sémantique “néocons light” du pouvoir socialiste français diffère bien évidemment de celle, pétrie de jusqu'au-boutisme idéologique, des républicains américains de l’époque Bush junior. Plutôt une stratégie de “néo-com” qu'un virage néoconservateur. Ainsi, en dépit d'objectifs de guerre encore imprécis, le respect manifesté envers l’ONU tout comme le souci du multilatéralisme n’ont rien à voir avec le mépris affiché par l’administration américaine des années 2000. Même si les forces françaises sont à peu près aussi seules, voire davantage pour l’instant, que ne l'étaient les États-Unis, dans leur « croisade » en plein « choc des civilisations ».

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