live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle d'abonnement à Mediapart jusqu'à minuit

Profitez de l'offre 6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. En cadeau, le film Looking for Eric à télécharger.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Dernière édition

Pigasse face au casse-tête des Inrocks

|  Par Dan Israel

Audrey Pulvar, directrice générale des Inrockuptibles, a démissionné. La confiance était rompue depuis des semaines avec le propriétaire du magazine, Matthieu Pigasse. Depuis qu'il a racheté le titre en 2009, le patron de la banque Lazard en France collectionne les déconvenues.

Partage

Cinq petits mois et puis s’en va. Audrey Pulvar a démissionné de son poste de directrice générale et de directrice éditoriale des Inrockuptibles, vendredi 21 décembre lors d’un conseil d’administration tendu. Elle avait été nommée en juillet par le propriétaire du magazine, Matthieu Pigasse, par ailleurs coactionnaire du Monde et dirigeant de la branche française de la banque Lazard. Il avait clairement manifesté qu'il ne lui faisait plus confiance. Elle lui donne deux mois pour lui trouver un remplaçant avant de claquer la porte définitivement.

Officiellement, dans un communiqué commun, Pulvar et Pigasse n’ont qu’à se féliciter l’un de l’autre. Le proprio « salue le travail effectué par Audrey Pulvar et regrette son départ », tout en réaffirmant « son soutien et son engagement permanent auprès des Inrockuptibles et de ses salariés ». La démissionnaire se félicite elle du « travail formidable accompli chaque jour pour ce grand titre de presse par tous les salariés de l'entreprise ». Ni l’un ni l’autre n’en diront plus : ils se sont mis d’accord pour en rester là auprès des médias. En vérité, la rupture est totale et le conseil d’administration a été explosif, les deux parties s’étant envoyés leurs quatre vérités à la figure.

Ce vendredi matin, le conseil réunissait une demi-douzaine d’administrateurs, dont Pascal Houzelot, le patron de Pink TV, et Louis Dreyfus, qui fut directeur général des Inrocks avant de prendre la présidence du directoire du Monde, fin 2010. En tant que bras droit officieux de Pigasse, rôle qu’il n’a jamais vraiment cessé d’occuper, c’est d’ailleurs Dreyfus qui recevait : la réunion ne s’est tenue ni aux Inrocks, ni chez Lazard, mais dans la salle du conseil du Monde.

Dans la lettre qui expose les motifs de son départ, Pulvar ne fait pas mystère de sa déconvenue la plus profonde : elle n’a jamais réussi à établir une relation de confiance avec Pigasse. Le 13 décembre, elle avait abasourdi ses équipes en expliquant qu’elle ne l’avait pas rencontré en chair et en os depuis juillet, quelques jours après son embauche. La lettre confidentielle Press News venait de publier un écho sur son départ probable, juste après qu’elle s’en soit ouverte auprès de quelques salariés des Inrocks, et elle n’avait pas vraiment démenti. Selon nos informations, l’actionnaire a décalé à plusieurs reprises des réunions demandées par sa numéro 2, invoquant ses intenses activités de banquier international, au chevet des économies latino-américaines notamment.

numéro du 28 mars 2012numéro du 28 mars 2012 © Les Inrockuptibles

Depuis plusieurs semaines, les échanges se résumaient apparemment à des suites de mails et de SMS lapidaires. On est loin de l’arrivée confiante de la star médiatique cet été. En mars, sa photo, une rose entre les dents, avait drainé une des plus grosses ventes de l’année. Quelques mois plus tard, Pigasse avait parié sur son image de journaliste ancrée à gauche, encore auréolée de quelques interviews non-complaisante, en particulier du candidat puis du président Sarkozy, pour relancer son journal. « Matthieu Pigasse voulait remuer le journal, le redynamiser, le relancer. Il trouvait que la formule patinait, qu’il y avait des problèmes d'organisation, d'encadrement, il est venu me chercher pour donner un coup de sang », expliquait-elle à Télérama fin octobre. Manifestement, l’engouement de l’homme d’affaires a baisse en intensité.

Autre raison avancée par Pulvar pour claquer la porte : elle ne souhaite pas endosser le plan d’économie qui a été acté. 

Partage

La totalité des journalistes des Inrockuptibles avec qui nous avons discuté nous ont répondu à la condition de ne pas être cités nommément.

Contactée, Audrey Pulvar n'a pas souhaité s'exprimer. Et Matthieu Pigasse n'a pas répondu à notre demande d'entretien, envoyée par e-mail.