Jusqu'alors, j'avais encore un petit doute. Merci pour cet excellent éclairage Deux questions (liées) toutefois: - quelles étaient les relations entre Uribe et Bétancourt? - Et le président Uribe a-t-il encore quelque intérêt à voir Ingrid Bétancourt éloignée de la vie publique colombienne?
en réponse au commentaire de balatian le 22/04/2008 à 19:55
En effet, comme le souligne Alain Lipietz eurodéputé Verts/ALE (membre des Verts mondiaux comme Ingrid Betancourt), président de la délégation pour la communauté andine : « La gauche colombienne (Pôle démocratique, gauche du Parti libéral, mouvements civiques) est déjà majoritaire dans les grandes villes. Sans l’existence des FARC, pas d’uribisme… ». http://lipietz.net/spip.php?breve292 Pour compléter les infos, il faut lire aussi le commentaire de l’Eurodéputé Vert concernant l’«Incident entre la famille d’Ingrid Betancourt et le Président du Parlement européen » http://lipietz.net/spip.php?article2185 - Extrait : « « Malheureusement, loin de reprendre les positions traditionnelles de toutes les familles colombiennes dont les parents sont prisonniers des forces belligérantes, et de la délégation du PE pour la communauté andine, qui sont en faveur de la libération des quatre otages politiques et d’un échange humanitaire des prisonniers combattants, M.Poettering a prononcé un discours appuyant purement et simplement la dangereuse politique du Président colombien M.Uribe. »
en réponse au commentaire de Ivan Villa le 22/04/2008 à 21:35
Merci pour ces vidéos (je "découvre" Ingrid Betancourt). L'article de Cantaloube les a captées et a suscité l'article de Lipschitz : enfin des infos qui ne sont pas celles de la presse écrite "béni oui oui"... et mon abonnement à Médiapart pleinement justifié !
en réponse au commentaire de balatian le 22/04/2008 à 19:55
Je me répète mais puisque vous voulez en savoir plus, je vous conseille le livre de Jacques Thomet qui a été directeur de l'AFP à Bogota de 1999 à 2004 (Ingrid Betancourt a été enlevée en 2002) : "Ingrid Betancourt. Histoire de coeur ou raison d'Etat ?" Ce journaliste n'a jamais été invité sur les plateaux de télé et je crois aussi qu'il n'avait pas envie de venir : comment faire débat lorsque la famille -et surtout les enfants- sont systématiquement présents ? Empêchant par leur présence et leur souffrance la tenue d'un débat contradictoire ? Une anecdote : mon libraire, toujours à l'affût de l'actualité, a commandé plusieurs ouvrages sur Ingrid Betancourt au moment où la médiatisation était à son comble (en décembre) qu'il a mis dans sa vitrine... Il n'en a vendu aucun ! Alors que l'affaire Betancourt passait en boucle à la télé.
en réponse au commentaire de balatian le 22/04/2008 à 19:55
C’est bien de consacrer un article fouillé aux dessous de l’affaire Bétencourt. Pourquoi ne pas en consacrer un à la disparition de Marc Beltra, complètement occultée par les médias ? La famille de Marc n’a pas l’entregent de la famille Bétancourt et n’a pu bénéficier d’aucune mobilisation des pouvoirs publics dans l’enquête sur sa disparition. Deux exemples : faute de moyens – cela coûte cher paraît il d’envoyer des équipes enquêter sur place - , aucune confrontation de témoins n’a été effectuée tandis qu’un témoin clé a été entendu via Skype… Faute d’implication, la famille de Marc attend toujours les résultats d’analyse de ses affaires, retrouvées sur les lieux de sa disparition et remises à la police scientifique en janvier 2007. 15 mois ! On est bien loin des déclarations télévisées et des envois de Falcon. Ce deux poids deux mesures est il normal dans une démocratie comme la nôtre ?
en réponse au commentaire de balatian le 22/04/2008 à 19:55
La Colombie, ses otages et Médiapart L’article de Thomas Cantloube du 22 avril publié dans Mediapart est profondément choquant pour quiconque connaît un peu la situation colombienne. S’agissant de l’aspect « Ingrid betancourt », il a été réfuté en profondeur par son biographe Sergio Coronado. Je voudrais ici rétablir quelques éléments en me plaçant du point de vue qui est le mien, Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté andine. 1. Je me suis rendu à Bogota en 2002 dans les 3 jours après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, candidate des Verts à la présidentielle colombienne, mandaté par le Groupe Vert au Parlement européen. J’ai aussitôt rencontré son mari Juan Carlos Lecompte, sa mère, sa sœur, et la troïka des ambassadeurs occupant la présidence de l’Union européenne (Espagne-France-Italie), tous les 3 mobilisés, Ingrid ayant la nationalité européenne, et l’Union européenne étant chargé par le Président Pastrana d’une médiation entre les autorités et les Farc. C’est avec eux que j’ai rencontré Fabrice Delloye, diplomate français et père des deux enfants d’Ingrid, qui nous a déclaré avec émotion se mettre totalement au service de la libération de leur mère, ce qui nous a paru parfaitement naturel. 2. Dès que les Verts et moi avons commencé à médiatiser le cas Betancourt en France, les Duvaltier m’ont écrit et j’ai associé à mon discours le cas de Aida, otage de l’EPL, et de tous les otages de Colombie à notre combat. Les Comités Ingrid Betancourt qui naîtront par la suite en feront autant. Malheureusement l’EPL a disparu, anéantie dans le Nord-Ouest colombien par les paramilitaires, et ses otages, français ou non, ont disparu avec elle. J’insiste que, contrairement à la propagande régnant en Colombie, les 4000 autres otages en moyenne (80 % des otages mondiaux), n’ont jamais été séparés dans l’activité des Comités Betancourt européens ni des eurodéputés du cas Ingrid. On peut même voir des manifestants des comités Ingrid brandissant le portrait de militaires colombiens prisonniers, en uniforme (exemple : http://lipietz.net/?breve291). Le cas Ingrid joue seulement le rôle d’un porte-drapeau. Je l’ai répété dans les medias colombiens à chacune de mes quasi-semestrielles visites en Colombie, et j’ai pu constater que les associations de familles de prisonniers l’entendait bien ainsi. En revanche , la presse et donc l’opinion publique colombienne « oublia » longtemps ses millier d’otages, jusqu’à ce la municipalité de Bogota, comme celle de Paris, affiche en permanence leur portraits sur sa façade et que le père du « doyen » des prisonniers des Farc, le Professeur Moncayo, ne bouleverse la Colombie en la parcourant à pieds et enchaîné. 3. Le fait qu’Ingrid et sa famille ont des liens profonds et anciens avec la France et le Quai d’Orsay, parfois renforcés par des unions matrimoniales, ne me paraît pas avoir été caché par quiconque à aucun moment, et les journalistes qui trouvaient délicat de le souligner le soulignaient. Ainsi, dès le premier jour, certains journalistes publient que Ingrid a aussi la nationalité française (et Monsieur Thomet tirera de son certain retard à l’allumage une preuve qu’on l’a trompé). Et on ne voit pas en quoi ces liens peuvent être à charge contre la mobilisation pour Ingrid. 4. Mon analyse de la « mobilisation spécifiquement française pour Ingrid » est plus simple. Les premières grandes affaires d’otages en France (les journalistes de France 2, Florence Aubenas) concernèrent des journalistes, et leurs confrères ne les laissèrent pas tomber, utilisant leurs moyens (leurs « medias ») pour maintenir la France alertée. La France a ainsi développé une culture du « on ne laisse pas tomber nos otages ». La position de TOUS les Etats (et en particulier aujourd’hui des Etats-Unis vis-à-vis de leurs 3 otages aux mains des Farc) est « Si on pouvait les oublier, tant mieux, d’ailleurs s’ils étaient morts on n’en parlerait plus et ce serait un problème de moins, notamment pour nos exportateurs ». C’est ce qu’avoue avec candeur l’auteur de l’article de Mediapart en parlant de « conflit d’intérêt » pour D. De Villepin et Daniel Parfait, respectivement professeur et beau-frère d’Ingrid : sous leur première casquette (le Quai d’Orsay) ils aurait donc eu « intérêt » (devoir d’Etat ?) à laisser mourir Ingrid dans l’oubli. À cela s’ajoute le fait que, dans le cas d’Ingrid, sa libération donnerait une voix supplémentaire à la dénonciation politique du Président Uribe… et des Farc (comme le reconnaissait R. Rayes sur son ordinateur). Ni l’un ni les autres, alliés objectivement contre Ingrid, n’ont donc réellement intérêt à la libérer, sauf contre lourde contrepartie. 5. Comme le dit Jacques Kourliandsky de l’IRIS à l’auteur de l’article, la stratégie des familles et des collègues d’otages est donc au contraire de battre le tambour sous les fenêtres de l’Etat pour qu’on n’oublie pas de s’occuper de leur proches. Que, dans le cas Ingrid, les « collègues et parents » aient appartenu au 1er pouvoir (le corps diplomatique) et dans le cas Kaufmann au 4eme pouvoir (les médias) est parfaitement anecdotique. 6. Il en résulte qu’en France, un gouvernement qui parvient à obtenir une libération d’otage en recueille un « plus » médiatique de quelques jours. C’est le prix à payer par l’opinion publique pour obtenir de son gouvernement qu’il s’occupe de ses compatriotes. L’auteur de Mediapart semble s’en scandaliser : c’est l’agitation de notre Président Bling-bling qui « assurerait la survie d’Ingrid mais la condamnerait à perpétuité ». Nous avions pourtant vu, en début d’article, le triste sort des otages dont personne ne parle (Aida Duvaltier) : coûtant plus à entretenir qu’à échanger, ils finissent dans des charniers. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, j’en connais au moins un autre prêt à la guerre la plus sanglante ou à la négociation la plus généreuse pour obtenir la libération de 2 ou 3 prisonniers : Israël. 7. Là où le journaliste de Mediapart dépasse les bornes, c’est lorsqu’il énonce que l’état de santé d’Ingrid est un bruit médiatique. Nous avons la récente photo d’Ingrid et les symptômes décrits dans la lettre qu’elle adresse à sa mère, nous avons la description de ses proches, libérés, qui nous relatent l’évolution sur 3 ans ( http://lipietz.net/?breve289)… Les diagnostics médicaux possibles sont divers mais tous alarmants : hépatite virale avancée, cancer de l’estomac. L’auteur de l’article dispose des mêmes moyens d’investigation, son « rapport » fait donc penser aux rapports de la Croix Rouge sur Theresienstadt. 8. Plus grave encore , c’est le basculement au troisième tiers de l’article dans le rejet total, et sans un mot ni d’information ni de discussion, des accusations portés par la famille Uribe (pourtant originaire, comme le président Uribe, du parti libéral, et initialement amie de ce président) et des comité Betancourt contre le président Alvaro Uribe. On s’étonne qu’il soit traité d’ « ignoble », de « fasciste », et que la famille se sente « plus en sécurité au Venezuela qu’en Colombie ». On s’étonne que le président de la République Française donne du « Monsieur Marulanda » et on rappelle les « mots sobres officiels» colombiens selon lesquels « il n’y a pas de prisonniers politiques, il n’y a que des prisonniers qui ont commis le délit de sédition » (sic). Cette ironie de l’auteur de Mediapart prétend refléter « l’irritation des connaisseurs de la Colombie et du dossier ». En fait Mediapart cède la parole exclusivement au quotidien uribiste (de qualité) El Tiempo pour la suite de son article. 9. Je laisse le soin aux lecteurs de Mediapart de découvrir la « Colombie de El Tiempo ». Celle que décrit la justice colombienne elle-même, le Haut représentant aux droits de l’Homme de l’ONU en Colombie, la pastorale sociale de l’Eglise Colombienne, est tout autre (voir http://lipietz.net/?breve289). Selon ces témoignages dignes de foi (mais qui n’ont pas encore l’autorité de la chose jugée !) la popularité de Uribe ne tien qu’à la haine (justifiée) qu’inspirent les exactions des Farc (2 % de popularité). 70% des crimes contre les droits de l’homme sont imputables aux paramilitaires, pourtant amnistiés par la Loi Justice et Paix sous le nom de Autodéfenses Unies de Colombie, mais qui poursuivent leur œuvre sinistre et leur narcotrafic sous le nom d’Aigles Noirs et Organisation de Nouvelle Génération (« ONG » !). Le reste des crimes se partagent entre les forces régulières d’une part, les deux guérillas Farc et Eln de l’autre. Tout le Nord-Ouest de la Colombie à partir du Moyen-Magdalena est sous le contrôle des AUC (des maires aux pseudo-syndicalistes), et seule une Eglise menacée et qui compte déjà plusieurs martyres peut encore témoigner de ce qui s’y passe. On y a déjà localisé 1300 charniers que la justice ne peut investiguer faute de personnel. 4 millions d’hectares y ont été volés aux communautés paysannes et sont reconvertis dans la production d’agrocarburant à base de palmier à huile (voir http://lipietz.net/spip.php?rubrique79). Selon le chef des AUC, Mancuso, 35% des élus au Congrès de 2006 sont des paramilitaires. En revanche, la gauche démocratique et citoyenne tient les grandes villes (Bogota, Medellin ; Cali lui a échappé du fait de ses divisions) et la province encore disputée du Nariño. 10. Grâce aux confessions de quelques repentis dans le cadre de Justice et Paix, et à la saisie de l’ordinateur d’un chef AUC, Jorge 40, qui détaille les versements liés au trafic de drogue, aux « contrats » contre les syndicalistes et défenseurs de droits de l’Homme, aux achats de politiciens, le Procureur général a déjà pu inculper 20% des congressistes. Parmi eux le « cousin-frère » du Président, Mario Uribe, qui a cherché refuge à l’ambassade du Costa-Rica (lequel, au vue des preuves de ses crimes, a refusé de lui accorder asile). Sont maintenant concerné par les investigations, mais pas encore inculpés, la présidente du Congrès et, enfin, le président Uribe lui-même La boucle est bouclée : le président Uribe, accusé en 1992 par les USA d’être le « politique » des narcotraficants (n°72 sur la liste de la DEA) et en tout cas le créateur de la première milice paramilitaire dans l’Antioquia, qui a réinstallé le paramilitarisme au cœur de l’Etat, se voit rattrapé par sa longue alliance. Sa riposte (une plainte contre le président de la Cour Suprême de Justice) a ouvert une crise institutionnelle qui peut d’un jour à l’autre amener la Colombie au rang du Pakistan de Musharaf, du Pérou de Fujimori ou de l’Equateur de Lucio Guttierez. Nous touchons là le problème des « amnisties-amnésies » mal conçues que j’ai toujours dénoncées, notamment en organisant un colloque international sur la justice transitionnelle (http://lipietz.net/spip.php?article2116) 11. J’ai raconté ailleurs (http://lipietz.net/spip.php?article872) mon activité au service de la négociation, activité officiellement autorisée tant que l’Union européenne n’avait pas classé successivement les AUC, l’ELN et les Farc sur la liste des organisations terroristes. Aujourd’hui, les négociations avec ces groupes classés terroristes se poursuivent selon des modalités forcément illégales de part en part, y compris quand elles sont autorisées par les autorités colombiennes, avec tous les dangers que cela comporte (voir le débat sur « l’exécution » de Raul Rayes et ma lettre au Président Uribe http://lipietz.net/spip.php?article2180). Elles ont leurs règles, celles de la diplomatie : je donne du « camaradas » dans mes lettres aux bourreaux de mon amie Ingrid, et serre en souriant la main du président Uribe. L’expérience italienne nous a d’ailleurs appris à accueillir avec réserve les dénonciations obtenues de « repentis » en échange d’une amnistie. Les Uribe et Mme Nancy Gutierrez sont a priori innocents jusqu’à leur éventuelle condamnation. Je peux confirmer en revanche que, face aux menaces des paramilitaires, on a toujours pu compter sur la sollicitude de la diplomatie française pour mettre à l’abri au moins quelque temps la famille Betancourt, celle de tel haut dignitaire de l’Eglise, et même d’Aidir qui était chauffeur d’Ingrid lors de son enlèvement, et qui avait refusé de reconnaître ceux que la police lui présentait comme « ses ravisseurs. 12. Quant au Parlement européen, il n’a publié qu’un seul texte de fond sur la Colombie, adopté unanimement et attribuant le conflit armé aux profondes tensions sociales de ce pays, notamment la question des terres… Mais régulièrement la plénière ou la délégation pour la Communauté Andine rappellent la demande de libération de tous les otages, la libération des élus (dont Ingrid) comme condition d’un retour des Farc au statu quo ante de la fin 2001, un accord humanitaire pour la libération des prisonniers combattants, et l’ouverture de négociation de paix. Alain Lipietz Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté Andine. Sur mon activité vis-à-vis de la Colombie, voir http://lipietz.net/spip.php?mot3.
en réponse au commentaire de alain@lipietz.net le 27/04/2008 à 16:38
Bonjour, je viens de lire vos commentaires sur la Colombie. Je voulais vous faire parvenir un article du London Review of Books daté du 24 janvier dernier, écrit par James Sanders sur le livre 'Evil Hour in Colombia' de Forrest Hylton, qui m'a éclairé sur la vrai situation dans ce pays. Mais je ne peux pas vous envoyer l'article qui se trouve dans l'archive du magazine car il est sécurisé (j'y ai accès), mais je peux vous le faire parvenir par le London Review (envoi à un ami) si vous me donnez votre adresse email directe. Mes salutations.
en réponse au commentaire de balatian le 22/04/2008 à 19:55
La Colombie, ses otages et Médiapart L’article de Thomas Cantloube du 22 avril publié dans Mediapart est profondément choquant pour quiconque connaît un peu la situation colombienne. S’agissant de l’aspect « Ingrid betancourt », il a été réfuté en profondeur par son biographe Sergio Coronado. Je voudrais ici rétablir quelques éléments en me plaçant du point de vue qui est le mien, Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté andine. 1. Je me suis rendu à Bogota en 2002 dans les 3 jours après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, candidate des Verts à la présidentielle colombienne, mandaté par le Groupe Vert au Parlement européen. J’ai aussitôt rencontré son mari Juan Carlos Lecompte, sa mère, sa sœur, et la troïka des ambassadeurs occupant la présidence de l’Union européenne (Espagne-France-Italie), tous les 3 mobilisés, Ingrid ayant la nationalité européenne, et l’Union européenne étant chargé par le Président Pastrana d’une médiation entre les autorités et les Farc. C’est avec eux que j’ai rencontré Fabrice Delloye, diplomate français et père des deux enfants d’Ingrid, qui nous a déclaré avec émotion se mettre totalement au service de la libération de leur mère, ce qui nous a paru parfaitement naturel. 2. Dès que les Verts et moi avons commencé à médiatiser le cas Betancourt en France, les Duvaltier m’ont écrit et j’ai associé à mon discours le cas de Aida, otage de l’EPL, et de tous les otages de Colombie à notre combat. Les Comités Ingrid Betancourt qui naîtront par la suite en feront autant. Malheureusement l’EPL a disparu, anéantie dans le Nord-Ouest colombien par les paramilitaires, et ses otages, français ou non, ont disparu avec elle. J’insiste que, contrairement à la propagande régnant en Colombie, les 4000 autres otages en moyenne (80 % des otages mondiaux), n’ont jamais été séparés dans l’activité des Comités Betancourt européens ni des eurodéputés du cas Ingrid. On peut même voir des manifestants des comités Ingrid brandissant le portrait de militaires colombiens prisonniers, en uniforme (exemple : http://lipietz.net/?breve291). Le cas Ingrid joue seulement le rôle d’un porte-drapeau. Je l’ai répété dans les medias colombiens à chacune de mes quasi-semestrielles visites en Colombie, et j’ai pu constater que les associations de familles de prisonniers l’entendait bien ainsi. En revanche , la presse et donc l’opinion publique colombienne « oublia » longtemps ses millier d’otages, jusqu’à ce la municipalité de Bogota, comme celle de Paris, affiche en permanence leur portraits sur sa façade et que le père du « doyen » des prisonniers des Farc, le Professeur Moncayo, ne bouleverse la Colombie en la parcourant à pieds et enchaîné. 3. Le fait qu’Ingrid et sa famille ont des liens profonds et anciens avec la France et le Quai d’Orsay, parfois renforcés par des unions matrimoniales, ne me paraît pas avoir été caché par quiconque à aucun moment, et les journalistes qui trouvaient délicat de le souligner le soulignaient. Ainsi, dès le premier jour, certains journalistes publient que Ingrid a aussi la nationalité française (et Monsieur Thomet tirera de son certain retard à l’allumage une preuve qu’on l’a trompé). Et on ne voit pas en quoi ces liens peuvent être à charge contre la mobilisation pour Ingrid. 4. Mon analyse de la « mobilisation spécifiquement française pour Ingrid » est plus simple. Les premières grandes affaires d’otages en France (les journalistes de France 2, Florence Aubenas) concernèrent des journalistes, et leurs confrères ne les laissèrent pas tomber, utilisant leurs moyens (leurs « medias ») pour maintenir la France alertée. La France a ainsi développé une culture du « on ne laisse pas tomber nos otages ». La position de TOUS les Etats (et en particulier aujourd’hui des Etats-Unis vis-à-vis de leurs 3 otages aux mains des Farc) est « Si on pouvait les oublier, tant mieux, d’ailleurs s’ils étaient morts on n’en parlerait plus et ce serait un problème de moins, notamment pour nos exportateurs ». C’est ce qu’avoue avec candeur l’auteur de l’article de Mediapart en parlant de « conflit d’intérêt » pour D. De Villepin et Daniel Parfait, respectivement professeur et beau-frère d’Ingrid : sous leur première casquette (le Quai d’Orsay) ils aurait donc eu « intérêt » (devoir d’Etat ?) à laisser mourir Ingrid dans l’oubli. À cela s’ajoute le fait que, dans le cas d’Ingrid, sa libération donnerait une voix supplémentaire à la dénonciation politique du Président Uribe… et des Farc (comme le reconnaissait R. Rayes sur son ordinateur). Ni l’un ni les autres, alliés objectivement contre Ingrid, n’ont donc réellement intérêt à la libérer, sauf contre lourde contrepartie. 5. Comme le dit Jacques Kourliandsky de l’IRIS à l’auteur de l’article, la stratégie des familles et des collègues d’otages est donc au contraire de battre le tambour sous les fenêtres de l’Etat pour qu’on n’oublie pas de s’occuper de leur proches. Que, dans le cas Ingrid, les « collègues et parents » aient appartenu au 1er pouvoir (le corps diplomatique) et dans le cas Kaufmann au 4eme pouvoir (les médias) est parfaitement anecdotique. 6. Il en résulte qu’en France, un gouvernement qui parvient à obtenir une libération d’otage en recueille un « plus » médiatique de quelques jours. C’est le prix à payer par l’opinion publique pour obtenir de son gouvernement qu’il s’occupe de ses compatriotes. L’auteur de Mediapart semble s’en scandaliser : c’est l’agitation de notre Président Bling-bling qui « assurerait la survie d’Ingrid mais la condamnerait à perpétuité ». Nous avions pourtant vu, en début d’article, le triste sort des otages dont personne ne parle (Aida Duvaltier) : coûtant plus à entretenir qu’à échanger, ils finissent dans des charniers. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, j’en connais au moins un autre prêt à la guerre la plus sanglante ou à la négociation la plus généreuse pour obtenir la libération de 2 ou 3 prisonniers : Israël. 7. Là où le journaliste de Mediapart dépasse les bornes, c’est lorsqu’il énonce que l’état de santé d’Ingrid est un bruit médiatique. Nous avons la récente photo d’Ingrid et les symptômes décrits dans la lettre qu’elle adresse à sa mère, nous avons la description de ses proches, libérés, qui nous relatent l’évolution sur 3 ans ( http://lipietz.net/?breve289)… Les diagnostics médicaux possibles sont divers mais tous alarmants : hépatite virale avancée, cancer de l’estomac. L’auteur de l’article dispose des mêmes moyens d’investigation, son « rapport » fait donc penser aux rapports de la Croix Rouge sur Theresienstadt. 8. Plus grave encore , c’est le basculement au troisième tiers de l’article dans le rejet total, et sans un mot ni d’information ni de discussion, des accusations portés par la famille Uribe (pourtant originaire, comme le président Uribe, du parti libéral, et initialement amie de ce président) et des comité Betancourt contre le président Alvaro Uribe. On s’étonne qu’il soit traité d’ « ignoble », de « fasciste », et que la famille se sente « plus en sécurité au Venezuela qu’en Colombie ». On s’étonne que le président de la République Française donne du « Monsieur Marulanda » et on rappelle les « mots sobres officiels» colombiens selon lesquels « il n’y a pas de prisonniers politiques, il n’y a que des prisonniers qui ont commis le délit de sédition » (sic). Cette ironie de l’auteur de Mediapart prétend refléter « l’irritation des connaisseurs de la Colombie et du dossier ». En fait Mediapart cède la parole exclusivement au quotidien uribiste (de qualité) El Tiempo pour la suite de son article. 9. Je laisse le soin aux lecteurs de Mediapart de découvrir la « Colombie de El Tiempo ». Celle que décrit la justice colombienne elle-même, le Haut représentant aux droits de l’Homme de l’ONU en Colombie, la pastorale sociale de l’Eglise Colombienne, est tout autre (voir http://lipietz.net/?breve289). Selon ces témoignages dignes de foi (mais qui n’ont pas encore l’autorité de la chose jugée !) la popularité de Uribe ne tien qu’à la haine (justifiée) qu’inspirent les exactions des Farc (2 % de popularité). 70% des crimes contre les droits de l’homme sont imputables aux paramilitaires, pourtant amnistiés par la Loi Justice et Paix sous le nom de Autodéfenses Unies de Colombie, mais qui poursuivent leur œuvre sinistre et leur narcotrafic sous le nom d’Aigles Noirs et Organisation de Nouvelle Génération (« ONG » !). Le reste des crimes se partagent entre les forces régulières d’une part, les deux guérillas Farc et Eln de l’autre. Tout le Nord-Ouest de la Colombie à partir du Moyen-Magdalena est sous le contrôle des AUC (des maires aux pseudo-syndicalistes), et seule une Eglise menacée et qui compte déjà plusieurs martyres peut encore témoigner de ce qui s’y passe. On y a déjà localisé 1300 charniers que la justice ne peut investiguer faute de personnel. 4 millions d’hectares y ont été volés aux communautés paysannes et sont reconvertis dans la production d’agrocarburant à base de palmier à huile (voir http://lipietz.net/spip.php?rubrique79). Selon le chef des AUC, Mancuso, 35% des élus au Congrès de 2006 sont des paramilitaires. En revanche, la gauche démocratique et citoyenne tient les grandes villes (Bogota, Medellin ; Cali lui a échappé du fait de ses divisions) et la province encore disputée du Nariño. 10. Grâce aux confessions de quelques repentis dans le cadre de Justice et Paix, et à la saisie de l’ordinateur d’un chef AUC, Jorge 40, qui détaille les versements liés au trafic de drogue, aux « contrats » contre les syndicalistes et défenseurs de droits de l’Homme, aux achats de politiciens, le Procureur général a déjà pu inculper 20% des congressistes. Parmi eux le « cousin-frère » du Président, Mario Uribe, qui a cherché refuge à l’ambassade du Costa-Rica (lequel, au vue des preuves de ses crimes, a refusé de lui accorder asile). Sont maintenant concerné par les investigations, mais pas encore inculpés, la présidente du Congrès et, enfin, le président Uribe lui-même La boucle est bouclée : le président Uribe, accusé en 1992 par les USA d’être le « politique » des narcotraficants (n°72 sur la liste de la DEA) et en tout cas le créateur de la première milice paramilitaire dans l’Antioquia, qui a réinstallé le paramilitarisme au cœur de l’Etat, se voit rattrapé par sa longue alliance. Sa riposte (une plainte contre le président de la Cour Suprême de Justice) a ouvert une crise institutionnelle qui peut d’un jour à l’autre amener la Colombie au rang du Pakistan de Musharaf, du Pérou de Fujimori ou de l’Equateur de Lucio Guttierez. Nous touchons là le problème des « amnisties-amnésies » mal conçues que j’ai toujours dénoncées, notamment en organisant un colloque international sur la justice transitionnelle (http://lipietz.net/spip.php?article2116) 11. J’ai raconté ailleurs (http://lipietz.net/spip.php?article872) mon activité au service de la négociation, activité officiellement autorisée tant que l’Union européenne n’avait pas classé successivement les AUC, l’ELN et les Farc sur la liste des organisations terroristes. Aujourd’hui, les négociations avec ces groupes classés terroristes se poursuivent selon des modalités forcément illégales de part en part, y compris quand elles sont autorisées par les autorités colombiennes, avec tous les dangers que cela comporte (voir le débat sur « l’exécution » de Raul Rayes et ma lettre au Président Uribe http://lipietz.net/spip.php?article2180). Elles ont leurs règles, celles de la diplomatie : je donne du « camaradas » dans mes lettres aux bourreaux de mon amie Ingrid, et serre en souriant la main du président Uribe. L’expérience italienne nous a d’ailleurs appris à accueillir avec réserve les dénonciations obtenues de « repentis » en échange d’une amnistie. Les Uribe et Mme Nancy Gutierrez sont a priori innocents jusqu’à leur éventuelle condamnation. Je peux confirmer en revanche que, face aux menaces des paramilitaires, on a toujours pu compter sur la sollicitude de la diplomatie française pour mettre à l’abri au moins quelque temps la famille Betancourt, celle de tel haut dignitaire de l’Eglise, et même d’Aidir qui était chauffeur d’Ingrid lors de son enlèvement, et qui avait refusé de reconnaître ceux que la police lui présentait comme « ses ravisseurs. 12. Quant au Parlement européen, il n’a publié qu’un seul texte de fond sur la Colombie, adopté unanimement et attribuant le conflit armé aux profondes tensions sociales de ce pays, notamment la question des terres… Mais régulièrement la plénière ou la délégation pour la Communauté Andine rappellent la demande de libération de tous les otages, la libération des élus (dont Ingrid) comme condition d’un retour des Farc au statu quo ante de la fin 2001, un accord humanitaire pour la libération des prisonniers combattants, et l’ouverture de négociation de paix. Alain Lipietz Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté Andine. Sur mon activité vis-à-vis de la Colombie, voir http://lipietz.net/spip.php?mot3.
Voilà un article bienvenu autant qu'exhaustif, qui va donner un sacré coup au moral de ceux qui à l'Elysée commençaient à préparer la réception fastueuse des 500 terror... euh pardon, prisonniers politiques des FARC, que l'"on" (très précisément le roi des "on") se proposait d'accueillir en France en échange de la libération de Bétancourt. Dommage car les petits fours étaient commandés, le parcours triomphal du cortège sur les Champs-Elysées tout tracé, le discours d'accueil de Son Excellence Monsieur Marulanda par le Président sur le perron de l'Elysée peaufiné à la virgule près ... ; quel gâchis lamentable ! Pourtant le Président avait bon espoir de voir ses efforts enfin récompensés. Malgré les deux premières pelles télévisées ramassées au cours des semaines passées, la pelle du 6 décembre et la pelle du 1° avril, en dépit de ses accents déchirants ("ici l'hombre ... Sarko parle aux narcos ..."), il avait bon espoir de réussir sa prochaine tentative le 18 juin ...
en réponse au commentaire de esko le 22/04/2008 à 20:48
Très bon article, qui écrit clairement ce que nous pensons depuis un moment: - Une famille trop présente, sans cesse sur les plateaux de télévision, photographiée aux côtés des successifs présidents de la république, - Des enfants "pipolisés" dont l'identité semble se résumer à celle de porte-parole de la douleur, - La mise en évidence d'une otage et le silence sur d'autres, - Les rodomontades de Sarkozy et ses promesses inconsidérées, - La méconnaissance des subtilités du dossier par la diplomatie française... ... semblent chaque jour enfoncer un peu plus Ingrid Bétancourt dans la jungle, au lieu de l'en sortir.
Super article! Quelques questions à Thomas Cantaloube: pour quelle(s) raison(s) les FARC refusent d'avoir des relations avec le gouvernement espagnol? Quel est l'état actuel des relations entre Hugo Chávez et la France sur ce dossier, et depuis quand (il semblerait depuis 2007 d'après la chronologie du Nouvel Obs)? Pour ma part je pense aussi que le Président vénézuélien s'est saisi de l'affaire afin de raviver les tensions avec son homologue colombien. Certaines ONG et l'International Crisis Group ainsi que le gouvernement colombien afirment que le Vénézuéla offre "l'asile" à de nombreux FARC, et meme la nationalité vénézuélienne notamment lors des dernières élections présidentielles. D'où sort ce Noel Saez? Et enfin le reste des familles des otages sont-elles d'accord avec le choix de la médiatisation d'Ingrid Bétancourt? Merci
en réponse au commentaire de Judith B le 23/04/2008 à 00:13
Les FARC ne veulent plus avoir de relations avec les Espagnols car le gouvernement Zapatero a eu des mots très durs contre elles. L'état actuel des relations entre Hugo Chavez et la France est inchangé, c'est à dire plutôt bon. Le problème est plutôt dans les relations entre Chavez et la Colombie. Depuis l'assassinat de Raul Reyes, Chavez se tait car il craint que des dossiers compromettant sur ses relations avec les FARC n'aient été retrouvé dans l'ordinateur de Reyes (au-delà de ce qu'on a déjà appris). Du coup, Chavez n'est plus très utile comme médiateur. Noel Saez est un ancien consul à Bogota, un très bon connaisseur du pays et de le guérilla, mais aussi, disent certains, un agent de la DGSE. C'est lui qui mène la pluart des contacts secrets entre FARC et gouvernement français depuis le début de l'affaire Betancourt. Mais les FARC ne l'aiment guère car ils le soupçonnent d'être surveillés par les services colombiens. Beaucoup de familles colombiennes n'aiment pas la médiatisation d'Ingrid Betancourt, dont ils ont l'impression qu'elle masque la souffrance de centaines d'autres otages. Surtout, ils ne comprennent pas l'intervention française car, pour eux, Betancourt est colombienne.
Il m'est venu aux oreilles, mais je ne sais de quelles sources, ... que si les FARC n'avaient pas d'intérêts à libérer I. Bétancourt, (on le lit dans cet article, la médiatisation semble à double tranchant, elle lui sauve la vie, mais la condamne à perpet')) Uribe semblait n'avoir aucun intérêt à ce que les FARC la relâche. Et que donc... son action pouvait être pleine de duplicité... Genre "Tâchons de feindre de vouloir que les FARC la libère, sans jamais rien faire qui puisse y conduire"... Quelqu'un a-t-il quelque chose qui puisse corroborer ? Ou me fourre-je le doigt dans l'orbite ?
Pour les Colombiens, il n'y a pas une otage (Betancourt)+ des centaines d'autre (les chiffres oscillent de 700 à 2500). La volonté d'Uribe est donc de parvenir à une libération globale des otages, dont les quatre élus et dizaine d'officiers encore aux mains des FARC. Un de mes interlocuteurs pour cette enquête m'a néanmoins confié qu'il pensait qu'Uribe n'avait aucun intérêt à voir Betancourt libérée, car sa détention lui permet de montrer la "cruauté des FARC aux yeux du monde. Enfin, il se dit beaucoup ces derniers temps que les Colombiens sauraient parfaitement où se trouve Betancourt, mais qu'ils n'osent pas mener une opération commando de peur qu'elle soit exécutée durant l'opération. La famille Betancourt et le gouvernement français sont déjà intervenus auprès du gouvernement colombien au fil des ans pour "conseiller la prudence".
Nouvel abonné, premier commentaire ! Article vraiment intéressant et qui donne une vision surement plus juste sur l'affaire Bétancourt. Ceci me fais penser en effet, que durant toutes ces années depuis la capture d'Ingrid Bétancourt, les articles, émissions (télé et radio) de décryptage de cette affaire ont-été en nombre plus que limité... Cela est justement peut-être du à ce traitement "affectif" de l'information par les medias....
en réponse au commentaire de Arthur Carli le 23/04/2008 à 00:31
Mefiez vous nouvel abonné,cet article est tout à fait partisan,heureusement qu'il y a la réponse d'Alain Liepetz.Je vous suggère d'écouter en podcast la série d'émissions faite sur France Inter par (emission quotidienne entre 15h et 16h)Dieu sait si je n'aime pas beaucoup ce présentateur,mais il s'agit de 5 + 1 récente émissions sur place en Colombie,retraçant l'histoire des Farc et ce que subit quotidiennement le peuple colombien.Où l'on voit qu'Uribe est encore pire que ceux qu'il combat.Plus l'influence des USA sur ce même président dans le but de maintenir au pouvoir en Amérique du Sud le seul gouvernement de droite encore en place. Comme quoi,en conclusion toujours toujours prendre au moins 3 sources d'informations,même si l'on apprécie plus particullièrement l'ine d'entre elles.
Journaliste hongrois basé a Paris je tiens a féliciter Mediapart pour avoir publier le premier article correct sur l'affaire Betancourt. Je suis sidéré de constater combien il est facile d'hystériser et manipuler les Francais en occultant le minimum d'informations factuelles. J'attends avec impatience l'enquete et les révélations de Mediapart sur l'affaire des Jeux Olympiques/Tibet/Chine et, surtout, le role du M. Ménard qui, seul et avec maestria, a réussi a enflammer les politiciens complices et les foules et ignorantes en France et ailleurs. Mihaly Rozsa
oui bravo pour cet article qui informe et conforte l'idée que j'avais déjà sur la libération possible d'ingrid, hélas pour elle. Je retiendrais également que donner à commenter des évènements par la famille, à la télévision (au 20h) nous démontre que l'information est encore une fois "occultée " "mise en scene" au profit d'un commentaire "partisan".
Ingrid Bétancourt s’engage dans la campagne pour l’élection présidentielle du 26 mai 2002 en Colombie, sous les couleurs de son petit parti, Oxygène vert (proche droite libérale). Elle est opposition avec les FARCS (disons communistes). La Colombie est sous un régime "armé" en conflit avec les FARCS, ». Au cours des vingt dernières années, ce « conflit qui n’existe pas » (dixit Uribe) a coûté la vie à au moins soixante-dix mille personnes et a fait trois millions de déplacés internes ! Bétancourt n'est pas prisonnière par hasard ! Seulement elle est issue d'un milieu privilégié, comme expliqué dans l'article. Les soixante et un autres « prisonniers politiques » des FARC intéressent beaucoup moins, qu’ils soient ex-gouverneur du Meta (M. Alan Jara), ancien ministre (M. Fernando Araujo), sénateur (M. Luis Eladio Pérez), députés (MM. Consuelo González, Orlando Beltrán et Oscar Liscano), qu’ils soient militaires ou policiers...(sans compter les autres prisonniers qui eux ne sont pas politiques) Eux ne s'appellent pas "Bétancourt" ! Contrairement à De Villepin (qui agissait en silence), Sarkozy s'est empressé de "récupérer" l'histoire pour rendre médiatique, à grands bruits, l'affaire Bétancourt (s'en est devenu une) et toucher ainsi le coeur généreux des Français, qui ayant l'esprit occupé par l'affaire, oublient de s'occuper des magouilles de Sarkozy. Du reste, nous pouvons constater la vérité de l'article en remontant dans le temps de l'information pour constater que cette femme qui un jour est à l'antre de la mort, la semaine suivante en forme, reste pour l'exécutif un pool d'attraction médiatique, mais toujours pour cacher une information politique de tout premier ordre. Sarkozy connaît la crédulité des gens, il joue de cet avantage pour passer sous silence des choses importantes. Dans le même contexte, nous avons droit actuellement aux "sondages" défavorables, qui entre dans le cadre du jeu Sarkozien, en effet il va parler le 24, ainsi il va remonter dans les sondages (crédulité) et s'en fera gloriole. Les gens ne sauront plus quoi penser (encore une fois) mais la doctrine de Sarkozy "diviser pour mieux régner" aura fait son effet.
Merci pour ce dossier M.Cantaloubes. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, voilà le genre d'article qui apporte au lecteur une vision plus fine, claire et explicite de la situation. La situation est complexe et à la lecture de votre propos on comprend que la vision binaire des choses (les bons d'un côté les mauvais de l'autre...) n'est pas la bonne solution pour avancer. Celà ne peut servir que la cause de ceux qui l'instrumentalisent. Reste la réalité : des milliers d'otages....et cette question qui nous taraude tous : comment faire ?
Du vrai journalisme. Mais l'article ne traite pas suffisamment de la personnalité d'Uribe. Des ses rapports connus avec les paramilitaires (qui ont autant de sang sur les mains), de sa volonté de faire modifier la constitution pour se représenter (ce qui fait hurler nos démocrates quand il s'agit de Chavez). Il semble que défendre la cause des otages en colombie ne soit pas une entreprise facile (à cause des pro-uribe).
kairos Que fait le gouvernement américain, qui dispose de moyens de pression efficaces, pour la récupération de ses 3 compatriotes otages des FARC? En tout cas, il ne mène aucne campagne d'opinion d'envergure... Par ailleurs, au cours d'un débat à l'émission "C'dans l'air", où l'ex-mari d'Ingrid Betancourt intervenait, il était distingué entre les otages "économiques" (enlevés contre rançon) et "politiques" (détenus pour une négociation avec le pouvoir colombien), seuls les derniers faisant l'objet de tratactions, les précédents laissés au libre jeu des échanges monnayés. Ai-je bien compris?
en réponse au commentaire de kairos le 23/04/2008 à 08:56
Les Américains ne mènent aucune campagne publique pour la libération de leurs otages, mais robablement des tractations secrètes. Mais comme les FARC demandent la libération de deux des leurs emprisonnés aux Etats-Unis comme prélable à toute libération (y compris celle de Betancourt), il est probable que cela n'avancera guère, car il est peu probable qu'un juge améiciain les élargisse. Les otages "politiques" sont souvent distingués des "économiques", mais c'est une distinction que la majorité des Colombiens récuse. Et le gouvernement Uribe demande, lui, le réglement du sort de TOUS les otages. Pour de nombreux Colombiens il est aussi douloureux, voire davantage, de voir des paysans capturés contre rançon que des élus et des militaires enlevés pour servir de moyen de pression.
La Colombie , une democratie ?????? http://www.bakchich.info/article3457.html vous aurez une autre petite vue de ce qui se passe en Colombie. Il y a 2 guerillas en Colombie : - celle menee par les farc (Je ne suis pas d accord avec ce qu ils font) - celle menee par les paramilitaires, beaucoup plus violente , meurtriere, les indiens de l ouest sont deplaces de maniere tres guerriere : massacres de ceux qui ne veulent quiter leur terre, viols , et toute la demesure comme dans toute guere. Mais celle ci Uribe ne dit rien , car elle le sert. Meutres , enlevements de syndicalistes, de politiques, ...de toute personne faisant un peu d opposition, et toujours a l heure actuelle. Dernierement , on a relate la disparition de personnes vacant a leurs occupations habituelles. Par qui ? Messieurs les journalistes de mediapart, il faut approfondir vos enquete et pas se contenter de lire el tiempo ou le blog de ce pretendu journaliste d investigation : il ne doit pas etre bien dangereux pour Uribe, sinon, il serat deja mort .
en réponse au commentaire de mickye le 23/04/2008 à 09:09
Pourquoi toujours vouloir ramener le débat en Colombie aux paramilitaires ? Ce ne sont pas eux qui détiennent Ingrid Betancourt. Cet article n'a pas pour ambition de dresser un panorama politique de la Colombie aujourd'hui (qui est bel et bien une démocratie, contrarement à ce que vous sous entendez. Qui est le maire de Bogota ? Un homme de gauche soutenu par un ancien mouvement guréillero, le M19, reconverti en parti politique. Preuve que le pluralisme et l'aternative existent en Colombie.) Qu'Uribe aie des liaisons coupables avec les paramilitaires est avéré, mais, encore une fois, ce n'est pas le sujet de l'article. Au contraire, le sujet est une certaine propension à regarder l'arbre au lieu de la forêt et, par conséquent, à se fourvoyer dans l'analyse de la Colombie.
en réponse au commentaire de Thomas Cantaloube le 23/04/2008 à 10:26
"Cet article n'a pas pour ambition de dresser un panorama politique de la Colombie aujourd'hui". Mais il le fait quand même un peu. Uribe n'est pas le diable comme on peut le lire chez les certains mais ce n'est pas non plus un saint. Et sa popularité s'est également construite sur la peur. Est-il populaire ou populiste? Je reste indigné par le foin fait autour de Betancourt alors que GA Kieffer a disparu à Abidjan depuis des années. Et dans son cas, les choses sont moins complexes...et moins médiatisées.
en réponse au commentaire de mickye le 23/04/2008 à 09:09
S'il s'agit de Jacques Thomet, que vous qualifiez de "prétendu" journaliste, il a été directeur de l'AFP à Bogota de 1999 à 2004, donc avant, pendant et après l'enlèvement d'Ingrid Betancourt ! Vous devriez lire son livre : "Ingrid Betancourt, histoire de coeur ou raison d'Etat ?". Passionnant et accablant. C'est grâce à la regrettée émission "ASI" que j'en ai entendu parler... L'article salutaire de Mediapart qui confirme à quel point nous sommes manipulés, ne fait que reprendre -mais ce n'est pas une critique- des informations contenues dans ce livre.
en réponse au commentaire de mickye le 23/04/2008 à 09:09
Merci, Marie, de rappeler quelques vérités totalement occultées dans cet article. Il faudrait s'intéresser au poids des Etats-Unis dans l'aide à la Colombie, à la lutte contre le tournant à gauche de l'Amérique Latine, à l'opposition que représentait Ingrid Betancourt contre la corruption, les paramilitaires et l'élection de M.Uribe (qui n'a donc aucun intérêt à ce qu'Ingrid Betancourt soit libérée. En témoigne les efforts pour discréditer l'action d'Hugo Chavez ou encore l'assassinat de Raul Reyes, interlocuteur dans les négociations avec le Venezuela et la France.) L'article dénonce une absence de compréhension des réalités colombiennes, mais ne prend pas plus en compte l'histoire et l'analyse socio-politique du conflit. Il relaie au contraire le discours politique de M. Alvaro Uribe, sans le questionner. C'est très regrettable.
Encore un article pertinent et fouillé. Rien d'étonnant pour MediaPart. On a en vraiment pour son argent ! Pour revenir à Ingrid Bétancourt, il est évident que c'est une tragédie pour elle d'abord et pour sa famille, ses proches, ses partisans... Mais comme le souligne Thomas Cantaloube, il y a aurait entre 700 à 2.500 otages retenus par le FARC. Donc 700 à 2.500 autres combats à mener. Alors pourquoi focaliser toute l'attention des médias sur cette seule personne. Personnellement, ne la connaissant pas intimement, j'ai autant de "peine" pour elle que pour tous les autres otages. Aussi, désormais, quand je vois les enfants d'Ingrid Bétancourt dans les médias, je zappe car j'avoue être lasse de leurs témoignages affectifs et absolument pas informatifs. On en arrive donc toujours à la même conclusion. Sans vouloir blesser ou choquer cette famille, je pense que toute cette surexposition médiatique est plus nocive qu'autre chose. Comme vous le dites, pourquoi libérer un otage qui a un tel rayonnement ???
J'ai toujours conçu une certaine irritation envers le battage médiatique appliqué à "l'affaire Ingrid Betancourt" et surtout à son appropriation française. C'est pour moi une femme politique colombienne, courageuse, volontaire, et vraisemblablement ambitieuse. Mais colombienne avant tout. Ce n'est pas aussi le seul être humain qui est tombé dans le piège affreux de la capture et de la détention comme otage. Il y a aussi tous les élements qui sont présentés dans ce remarquable dossier qui donnent un éclairage réaliste à mon irritation que je tendais à culpabiliser. Merci.
"Le fait que Nicolas Sarkozy s'adresse au chef historique des FARC en lui donnant du «Monsieur Marulanda est resté en travers de la gorge d'une immense majorité de Colombiens et de démocrates français, s'agissant d'un homme à la tête d'un mouvement classifié comme terroriste par les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne, responsable de milliers d'enlèvements et de morts, et d'un trafic de drogue florissant." Monsieur pouvoir d’achat est disposé a faire tout et n’importe quoi pour exister, et je suis persuadé qu’il mange du cirage pour briller en société ce garçon. "les opérations médiatisées autour de son sort ou des efforts pour la libérer ne seraient que des distractions orchestrées par l'exécutif." J’ose espéré que cette affirmation est fausse, car sinon, le jour ou nous allons apprendre qu’elle est décédé risque fort, d’être très désagréable pour l’exécutif que l’on pourra accusé d’être responsable. Moi qui ne suis ni de la famille ni responsable de la com' du gouvernement je suis très partagé suite a votre reportage. Ceux qui suivent mes sorties sur Médiapart, savent que je ne porte pas ce gouvernement dans mon cœur, mais, si il n’avait rien tenté je serai furibard. Mais vos explications laisse apercevoir le gouffre qu’il y a entre actions et gesticulations et de Villepin avec son opération fantôme avortée a plus brouillé la France dans nos relations internationales qu’il n’a aidé le dossier a sortir de la crise. Et, travesti ou pas, la modestie est pas prête de l’étouffer celui-la non plus. Je ne sais pas ce qu’il va advenir de Madame Betancourt, mais ce que je peux vous dire c’est que je ressent énormément de douleur pour elle. Je n’aimerai pas être dans la peau de ceux qui juste par calcul font de ce fait divers une tragédie dont le nombre d’actes ne sera déterminé que par la sortie définitive de l’actrice principale. Il est horrifiant de savoir, que même par souci humanitaire aucun des protagonistes de cette triste histoire n’est capable de siffler la fin de la partie, si il ne tire pas gloire de cette action. Ils seront tous calibrés a l’aune de leurs actions est je ne suis pas sur qu’un seul de ceux évoqués dans votre article puissent en sortir grandis, ni l’humanité entière d’ailleurs.
en réponse au commentaire de Pistoff le 23/04/2008 à 12:15
Alvaro Uribe ne lachea pas. Son pere a ete assassine par les FARC dans leur hacienda, et alvaro Uribe, en a echappe de justesse. C etait en 1983. Uribe veut la mort des FARC. Pour les FARC : Ingrid est la cle de leur survie et elles ne veulent pas la lacher, surtout maintenant, avec toute la mediatisation qu il y a eu. Nous ne sauront probablement jamais , ou bien plus tard, si Ingrid venait a mourir. Mais est-elle seulement vivante n ce moment ? Depuis que Raul Reyes est mort, nous ne pouvons plus savoir si elle est toujours en vie. Desolee pour le commentaire sur les paramilitaires, mais eux, on n en parle jamais , mais ils sont aussi un probleme pour les colombiens.
Le vrai coup que l'on reçoit dans la gueule avec votre superbe article, c'est l'histoire d'Aïda Duvaltier... Pour elle, ni fleurs, ni couronnes, ni médias, ni Falcon, ni famille à l'Elysée... Mais POURQUOI DONC n'avons nous pas chercher à savoir AVANT ?????? Quel gâchis !!!!!!!!!!! Bravo MediaPart, mais quand même, quel gâchis !
Pertinent. Enfin, une vraie enquête autour du cas "Ingrid Betancourt". Mais quid des paramilitaires ? Des primes accordées à ceux qui ramènent mort un "guerillero"(bien souvent un pauvre paysan déguisé pour l'occasion)? Quid de l'histoire des FARC ? Afin de comprendre la violence qui regne dans ce pays. Je veux parler du quotidien des Colombiens, loin des ambassades, des partis politiques, des gens influents. On ne croise pas une personne dans le pays dont un proche ne se soit fait descendre. Le climat est loin d'être apaisé. Pour la première fois, cet été, ma belle-soeur colombienne n'ira pas dans son pays.
en réponse au commentaire de lolistan le 23/04/2008 à 17:04
Entierment d accord avec vous. Je n ai jamais lu un seul article parlant du probleme de toute la Colombie. IB, n est pas la colombie a elle toute seule. IL y a des millions de personnes qui vivent dans cette peur constante. Ca vaut mieux le passer sous silence. ca deplairait a Uribe. Bravo pour cette pseudo democratie, qui n a de democaratie que le nom. Elle me fait pensera celle de Poutine.
Au fil des commentaires je lis que, assez naturellement, un lecteur attend que vous remettiez à sa place Robert Ménard comme vous venez de le faire avec la famille Bétancourt. Après vous être placés avec Uribe et l'irréprochable démocratie colombienne contre la mère, la soeur et les enfants d'Ingrid, vous placerez-vous avec Pékin et le CIO contre RSF ? Le courage, la volonté et la dignité des Betancourt ne valent-ils pas plus de respect ? Vous ne citez pas une seule fois la lettre d'Ingrid : est-ce parce qu'elle se situe à une altitude inaccessible ? Vous dénoncez l'omniprésence d'Ingrid dans les média : dénonciez-vous le rappel tous les jours par les présentateurs des JT de la détention des otages français au Liban ? Une certaine barbarie bien intentionnée me reste un mystère.
en réponse au commentaire de thierry consigny le 23/04/2008 à 18:21
.. (et) comme le souligne à juste titre Alain Lipietz, Président de la Délégation du Parlement européen auprès de la Communauté Andine des Nations et très investi dans l’action pour la Libération d’Ingrid et de tous les autres otages en Colombie: PARFOIS ÇA SENT MEME L’IGNOBLE ! http://lipietz.net/?breve130
en réponse au commentaire de thierry consigny le 23/04/2008 à 18:21
Me placerai-je aux côtés de Pékin et du CIO contre RSF ? Je vous engage à lire ce que j'ai écrit sur le sujet : http://www.mediapart.fr/journal/international/070408/pekin-2008-les-raisons-de-la-paranoia-chinoise Quant à la dignité d'Ingrid Betancourt et sa fort belle lettre, je n'ai justement pas voulu me placer sur le terrain de l'émotion. Mon propos est avant tout d'examiner la politique française et la position des médias. Je ne juge pas l'action des comités et de la famille Betancourt, même si j'ai pointé quelques outrances (excusables de leur part, pas de la part des médias qui les répercutent). Concernant la mention quotidienne des otages français au Liban dans les JT, j'étais un peu jeune pour la dénoncer, mais je me souviens avoir toujours perçu ce geste comme un tantinet corporatiste : des journalistes rappellent la captivité de journalistes pour faire pression sur le pouvoir. Les présentateurs de JT et leurs rédactions auraient-ils agit de la même manière s'ils avaient été plombiers ?
en réponse au commentaire de Thomas Cantaloube le 23/04/2008 à 20:14
En réalité je n'ai aucun doute que vous êtes normalement touché par le sort d'Ingrid et de sa famille, et compatissant. Seulement à vouloir ne pas vous situer "sur le terrain de l'émotion", je crois que vous passez à côté de l'essentiel : une femme est enlevée, sa famille fait tout ce qu'elle peut pour la libérer et la sauver. Vous êtes d'accord, j'en suis certain, que la soi-disant pensée froide et objective, la real politik dont se targue les diplomates, en général se goure. Gravement. Ne pas penser comme si Ingrid était notre propre fille, mère, femme, soeur, ne nous fait pas mieux penser, au contraire. Qui peut dire que la mobilisation pour Ingrid n'a pas empêché sa mort (compte tenu de tous ses actes de résistance) plutôt que sa libération ? Je crains aussi qu'emporté par votre volonté d'échapper à l'émotion médiatisée, vous ayez cédé à la tentation d'un certain persiflage. Je n'ai aucune sympathie pour la droite (pardon de le préciser, c'est pour éviter un malentendu) mais ce qu'ont fait Villepin et Sarkozy est estimable. Quand Villepin a envoyé la mission avec Astrid, il fallait saisir une chance, même ténue. Il aurait pu préférer se border, temporiser, jouer les "sérieux". Il risquait gros, et de fait on continue encore aujourd'hui de lui reprocher sa "légèreté". A mes yeux au contraire il a prouvé qu'il pouvait faire passer sa générosité et sa sensibilité avant sa réputation d'homme d'Etat. Dernière chose : les plombiers vs. les journalistes. Ne pensez-vous que le scandale n'est pas de se mobiliser pour les journalistes, mais de ne pas se mobiliser pour les "plombiers"? Tout militant fait l'expérience tous les jours d'être alpagué par un passant : "Et la Tchétchénie ?!", "Et le Darfour ?!". Ou bien : "Et les autres otages ?!" Mais après vérification il est rare que ceux-là qui se scandalisent fassent eux-même quoi que ce soit, ni pour la Tchétchénie, ni pour le Darfour, ni pour les autres otages. Je ne le dis pas pour vous, je ne doute pas que vous soyez une personne normalement citoyenne et engagée, je me permets juste d'attirer votre attention sur le fait que votre article malheureusement apporte de l'eau à ce moulin-là. (je vous remercie de m'avoir répondu une première fois, ne prenez plus cette peine, au fond j'imagine que nous sommes d'accord)
Dépêche AFP "Le président colombien Alvaro Uribe a révélé mercredi à Bogota qu'une enquête a été ouverte contre lui à la suite d'une dénonciation d'un prévenu l'accusant d'être impliqué dans un massacre de paysans en 1997." ça aussi "Le cousin du président colombien Alavaro Uribe et ancien sénateur Mario Uribe a été arrêté hier en sortant de l'ambassade du Costa Rica à Bogota après que l'asile politique lui ait été refusé."
Mon ami Sergio Coronado me demande de publier son commentaire : J’ai lu depuis Bogota, où je me rends régulièrement depuis six ans, l’article du journaliste Thomas Cantaloube, « Affaire Betancourt : six ans de non-dits, de manipulations et d'échecs », mis en ligne le 22 avril 2008, et je voudrais faire part des quelques remarques, fruits de mon étonnement et de mes désaccords quant au contenu. Le journaliste affirme être sans a priori, ayant longtemps vécu à l’étranger, et s’étonne que sur ce dossier seulement la famille intervienne sur la scène publique et dans les media, sans que jamais les spécialistes du sujet ne soient mis à contribution. Pour connaître personnellement les personnes interrogées, je ne puis m’étonner qu’il tombe lui-même dans le même travers. Aucune des personnes interrogées n’est un spécialiste reconnu de la Colombie. Ni Jacques Thomet, que je connais et qui m’a longuement interrogé pour son livre, à qui j’avais fait part d’une discussion où le successeur de Daniel Parfait, Camille Rohu, parlait déjà en 2005 de gestion affective de l’affaire Betancourt. Pour celles et ceux qui connaissent la Colombie, présenter Jacques Thomet comme un spécialiste de la Colombie est d’une très grande audace. Il a certes été correspondant de l’AFP sur place, il y a plusieurs années. Il n’y a depuis jamais remis les pieds. Ses sources ne sont que de seconde main (comme en témoigne le chapitre qu’il consacre à la discussion que je lui avais rapportée. Il aurait pu en effet chercher à interroger l’ambassadeur lui-même, ce qu’il n’a jamais fait.). Ses affirmations sont toujours à charge contre la famille Betancourt, qui n’est pas homogène quant au traitement du dossier, et souvent partiales, reprenant les thèses les plus dures des acteurs les plus opposés à une sortie négociée du conflit. Jean-Jacques Kourliandsky, que je connais et apprécie, est un chercheur mais pas un spécialiste de la Colombie. Et la journaliste citée du journal « El Tiempo », elle n’est pas connue sur place comme une spécialiste du conflit armé, et le pays en compte quelques dizaines, universitaires, responsables politiques ou d’ONG… Il eut été utile de chercher à joindre l’universitaire Daniel Pécaut, par exemple, ou si l’article exigeait d’aller vite, de joindre au mois un des correspondants de journaux français sur place, Marie Delcas par exemple. Sur le fond, mes désaccords sont assez importants. Cette affaire a démarré nous dit l’auteur à la conjonction du public et du privé. Certes. Mais en quoi cette conjonction explique le traitement médiatique ou politique de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt ? Les faits rappelés sont à la fois connus et contestables. Ils reprennent pour l’essentiel les allégations de l’ancien correspondant de l'AFP, qui sont une reprise des critiques formulées par une partie de la classe politique et de la presse colombiennes au moment de l’enlèvement de Betancourt. L’époque était à un tournant. Après les négociations ouvertes par Pastrana, et leur enlisement, Alvaro Uribe, bénéficiant à la fois du contexte postérieur au 11 septembre et du soutien des secteurs les plus durs de l’armée et de l’oligarchie, se pose en s’opposant aux dialogues de paix, et ce avec soutien grandissant de l’opinion publique, qui l’élit dès le premier tour. La dénonciation des liens d’Ingrid avec la France, et de sa sœur avec l’ancien ambassadeur Daniel Parfait, a permis que cet enlèvement ne soulève pas de vagues en Colombie, et de passer sous silence l’inertie du pouvoir politique, qui ne se sent jamais responsable du sort des otages. La gestion est affective. C’est en partie vrai, et notamment de la part des familles. Mais je crois me souvenir que l’affectif a joué un rôle immense dans les cas des otages au Liban, dans celui de Florence Aubenas. Cette critique est ancienne, connue et rabâchée. L’article reprend pour l’illustrer l’épisode de l’envoi d’un avion hôpital en Amazonie. Pour avoir suivi l’affaire de près, je ne puis que partager en effet le sentiment de légèreté dans la prise de décision politique de cet envoi. Mais remontons plus loin. Quelles étaient les sources ? Juan Carlos Lecompte, l’actuel mari d’Ingrid Betancourt, était à l’époque opposé à cette décision. Lorsque la famille avait été convoquée par Alvaro Uribe, en présence du haut-commissaire pour la paix, pour recevoir le témoignage d’un paysan affirmant qu’Ingrid serait libérée par la guérilla en raison de son mauvais état de santé, Juan Carlos Lecompte avait senti la manipulation. Il l’avait dit dans la presse colombienne, il le rappelle dans son libre, publié chez Denoël. A cette époque, la famille Betancourt, à l’exception de Juan Carlos Lecompte, était qualifiée « d’uribiste » par la plupart des observateurs sur place. Yolanda Pulecio était régulièrement reçue au Palais présidentiel, et ne formulait aucune critique à l’encontre du président, alors que l’article laisse penser que les déclarations actuelles parfois intempestives à l’encontre du Président Uribe, et qui sont récentes, ont dès le départ rendu cette affaire inextricable. Une bonne chronologie des comportements et des positions n’aurait pas nui à l’article. Lors qu’Astrid Betancourt, la sœur, se rend à Leticia, elle est prise en charge par les autorités colombiennes. Le gouvernement colombien était informé et pour cause et a laissé faire. Pourquoi ? L’autre critique dans les déclarations récentes sur l’état de santé d’ingrid qui a été à l’origine de l’envoi d’un nouvel avion hôpital à Bogota. Là encore, c’est approximatif. Les déclarations de Fabrice Delloye, alarmistes il est vrai, ont été renforcées par les déclarations d’une partie des membres du gouvernement colombien. Elles ont été, presque toujours, contredites, nuancées par Yalanda Pulecio et Astrid Betancourt. Il était simple de vérifier, de passer des coups de téléphone, comme je l’ai fait, pour apprendre que le curé à l’origine des rumeurs a une tendance fâcheuse à la mythomanie. Par ailleurs, l’emballement de la presse n’est pas toujours de la seule responsabilité de la famille. Pourquoi ne jamais vérifier les sources, confronter les déclarations contradictoires, pointer du doigt l’invraisemblable ? En août dernier, les déclarations d’une journaliste vénézuelienne affirmant qu’Ingrid vivait au Venezuela, dans une maison de campagne, avaient fait le tour du monde sans que personne dans un premier temps ne conteste la véracité de telles déclarations. La famille a bon dos dans cette affaire. « Fabrice Delloye, l’idiot utile de FARC » dit l’article, en affirmant que contre toutes logiques, la famille Betancourt se fait le porte-parole des exigences des FARC. Il eut été utile d’interroger la présidente de l’association de familles d’otages militaires, Marleny Orjuela, pour se rendre compte qu’en général les familles d’otages demandent que le gouvernement colombien accède aux exigences des FARC pour obtenir la libération de leurs proches, et pas seulement la famille Betancourt. C’est grâce à la pression des familles, que le gouvernement a décidé – pour combien de temps ? – de ne pas procéder à des tentatives de libération par les armes. La mort en juin dernier des 11 députés sur 12 (« les députés de la région de Valle ») est l’illustration dramatique du résultat de ce type d’opérations. La médiatisation a assuré la survie d’Ingrid Betancourt. C’est un fait. Cela a aussi fait monter les enchères. C’est aussi vrai. Que fallait-il faire ? Ne rien faire. Il faudrait rappeler que l’anonymat d’un otage ne garantit pas non plus sa libération. Pablo Emilio Moncayo entame sa onzième année de captivité. L’article pointe la méconnaissance de la Colombie par les autorités françaises, les journalistes, etc. Mais, il est une caricature de ce qu’il dénonce. Et la présentation des évolutions « dans les Andes » – comme l’expression est touristique, en est le meilleur exemple. Que peut-on lire ? Je cite : « Par ces déclarations imprécises ou à l'emporte-pièce, et par ses pressions sur le gouvernement de Colombie, les responsables politiques français entretiennent la confusion entre la responsabilité des FARC et celle d'Alvaro Uribe. «La France a une méconnaissance totale de la situation en Colombie et d'un confit qui dure depuis plus de cinquante ans. En plus, elle intervient en dictant ses conditions», commente la journaliste Maria Morales. «Pour la première fois de ma vie, je sens du mépris en Colombie à l'égard de la France.» Paris est accusé de se focaliser exclusivement sur le cas d'Ingrid Betancourt au mépris des milliers d'otages passés entre les mains des FARC (dont vingt-deux élus) et des centaines restants. Et surtout d'ignorer les évolutions récentes dans les Andes : – le fait que la Colombie est une démocratie parlementaire fonctionnant bien («L'élection présidentielle [de 2006] s'est tenue dans une atmosphère de liberté, de transparence et de normalité qui a permis aux citoyens de renouveler leur engagement en faveur de la démocratie», a jugé l'Organisation des États d'Amérique) ; – le soutien relativement massif de la population à Alvaro Uribe et à sa politique «dure» à l'égard des FARC (élu avec 53 % des voix au premier tour en 2002, puis réélu avec 62% en 2006) ; – l'amélioration considérable des conditions de sécurité en Colombie depuis huit ans (d'un pic de 28 000 meurtres et 3 500 enlèvements annuels, on est passé respectivement à 18 000 et 300) ; – la démobilisation et les investigations, certes difficiles et limitées, des forces paramilitaires qui produisent leurs fruits après des années d'exactions ; – l'évolution notable d'Uribe qui est passé d'une position d'intransigeance à l'offre d'une libération massive des prisonniers des FARC en échange de leur renoncement à la violence ; – la reconnaissance que les quleques 140 000 habitants des localités de Florida et Pradera, ainsi que leurs élus, refusent de voir leur région transformée en Zone démilitarisée, comme le réclament les FARC et les associations pour la libération de Betancourt. » Présenter la Colombie comme une démocratie parlementaire modèle relève de la mascarade. L’article cite OEA. Il aurait pu citer aussi Amnesty international, la FIDH, HRW, mais aussi les ONG colombiennes : Planeta Paz, Fondation Arco Iris, le collectif des avocats…Ou les récents travaux universitaires sur le paramilitarisme dont la presse colombienne se fait l’écho sur la transformation en profondeur du paysage politique, conséquence des liens entre les forces paramilitaires et la majorité gouvernementale. Pourquoi ne pas rappeler qu’il y a aujourd’hui 31 membres du congrès, partie prenante de la majorité d’Alavaro Uribe, derrière les barreaux accusés de liens avec le narcotrafic, les paramilitaires, soupçonnés de meurtres et de torture parfois, que 51 membres du congrès font l’objet d’une enquête du parquet général, qu’au sein même de la coalition au pouvoir (il suffit de relire les déclarations de Ginna Parody, jeune sénatrice « uribiste »), des voix de plus en plus nombreuses réclament une révocation du congrès ? Que la plus prestigieuse commission du congrès (la première commission du Sénat), qui compte vingt membres, est dans l’impossibilité d’adopter la réforme politique proposée par le gouvernement faute de majorité puisque six sénateurs de la majorité sont en prison ? Il me semble qu’on peut faire comme démocratie modèle. Et je ne ferai pas l’insulte à l’auteur de rappeler les milliers de meurtres par les forces paramilitaires et des secteurs de l’armée. A moins de considérer que les rapports des ONG sont des thèses gauchistes, il me semble étonnant ne pas en trouver trace dans l’article. Ces réalités-là sont aujourd’hui débattues même au congrès américain, principal allié du gouvernement colombien. Présenter la « loi justice et paix » (sur la démobilisation des paramilitaires) comme un succès est une mascarade et un mensonge. Même les membres de la majorité gouvernementale en font une critique féroce. Lors du dernier débat organisé au congrès par le parlementaire Armando Benedetti, un « uribiste » intégral, il a été question du réarmement d’une partie importante des milices (notamment de « las Agilas Negras ») et de la responsabilité de l’état dans l’absence de réelle réparation des victimes? L’auteur de l’article sait-il que d’après les calculs du congrès colombien, cités par le parlementaire, chaque victime est en droit de recevoir aujourd’hui 6 800 pesos en guise de réparation des crimes des paramilitaires, c’est-à-dire un peu moins de trois euros ? Alvaro Uribe a le soutien d’une grande part de l’électorat (moins de 50 % des Colombiens votent, faut-il le rappeler ?). Cela le rend-il inattaquable, au-dessus des critiques ? S’interroger sur ce qu’est l‘uribisme eut été passionnant à lire. Davantage que l’affirmation erronée sur la volonté de négocier du gouvernement colombien, que rien ne démontre. Il a de ce point de vue avec les FARC les meilleurs ennemis du monde dans sa guerre contre le terrorisme. Un peu d’analyse sur ce qu’est la politique de sécurité démocratique n’aurait pas fait de mal au contenu de l’article. Et une analyse des chiffres des meurtres non plus. La Colombie reste un pays où être syndicaliste est une activité périlleuse, souvent mortelle. Rappeler l’opposition à la démilitarisation de Florida et Pradera est juste. Encore qu’il faudrait nuancer, car là encore les choses ont évolué à la fois de la part des FARC, qui réclamait au départ la démilitarisation d’une zone plus grande, et aussi dans l’opinion publique, et notamment dans les enquêtes de popularité où Ingrid Betancourt talonne Alvaro Uribe. Je crois que la complexité de la situation colombienne mérite mieux que cet article. Il y a à la fois de l’ignorance, de la désinformation et des approximations regrettables et quelques éléments connus depuis très longue date. Il tombe à pic dans ce qu’il dénonce. Dommage. Sergio Coronado
en réponse au commentaire de jf@paris le 24/04/2008 à 01:15
Bravo jf@paris, Cette analyse est succincte mais complète. J'attends maintenant que Médiapart fasse un vrai article de fond sur ce sujet. Il suffit de lire un journal Colombien comme El Tiempo, qui n'est pas vraiment de gauche, pour avoir une idée de la situation aujourd'hui. On ne peut se passer d'une étude complète de la société et de son histoire pour analyser le cas Betancourt. Librement TV
en réponse au commentaire de jf@paris le 24/04/2008 à 01:15
Cher Sergio Coronado (via jf@paris), Un grand merci pour vos commentaires éclairants. Il ne vous aura pas échappé que si j'avais dû répondre à toutes les questions que vous soulevez, et explorer tous les détails que vous mentionnez, ce n'est pas un article (de 18.000 signes) que j'aurais dû écrire, mais un livre... ce que vous avez fait: "Ingrid" (Fayard). Votre réponse à elle seule montre bien la complexité de l'affaire puisqu'il vous faut 14.000 signe juste pour commenter mon texte. Je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler que le journalisme est un exercice de synthèse, forcément subjective. C'est ce que j'ai tenté de faire en me concentrant sur l'aspect diplomatique et politique français. D'où le fait que je n'ai pas interrogé la famille et quelques autres acteurs que vous suggérez. Je crois également que le journalisme est un "sport collectif" où l'accumulation de reportages, d'enquêtes et d'analyses sur un même sujet permet de faire émerger une image plus claire. C'est pourquoi je vous remercie sincèrement pour votre commentaire, même si nous divergeons sur un certain nombre de points, car nos deux regards, à mon sens, se complètent.
@Thomas Cantaloube : en quoi le fait que Jacques Thomet a été directeur de l'AFP à Bogota de 1999 à 2004, fait de lui une bonne source, ou un journaliste de qualité ? question innocente car je ne le connais pas.
en réponse au commentaire de gill68 le 24/04/2008 à 10:33
Jacques Thomet vivait en Colombie au moment de l'enlèvement et a beaucoup enquêté dessus. Il a écrit un livre, que l'on peut trouver contestable, mais relativement documenté. Il est passioné par l'affaire (certains diraient obsédé si l'on en juge son blog), il a son propre point de vue et ses propres excès. Il a été l'un des rares, pendant des années, à dénoncer un certain conformisme politico-médiatique vis à vis de l'affaire Betancourt. A ces titres, sa voix mérite d'être entendue et c'est pourquoi je l'ai interviewé.
en réponse au commentaire de Thomas Cantaloube le 24/04/2008 à 11:30
Pour en savoir un peu plus sur Jacques Thomet , nous vous proposons l' extrait d’un article d’Alain Lipietz, Eurodéputé ( les Verts) et Président de la délégation auprès de la Communauté Andine des Nations du Parlement Européen : « En face, la droite colombienne met le paquet. Elle essaie de délégitimer le mouvement pro Ingrid – et donc en faveur de l’accord humanitaire – en s’appuyant sur le livre d’un ancien correspondant de l’AFP à Bogota, Jacques Thomet : Ingrid Betancourt, histoire de coeur ou raison d’Etat, “révélant” les liens familiaux ou personnels (de notoriété publique et connus de très longue date pour quiconque s’intéressait à Ingrid !!) entre des responsables de la politique étrangère française et Ingrid et sa famille, en particulier sa soeur Astrid, déjà compagne de l’Ambassadeur de France au moment de l’enlèvement d’Ingrid. Ces liens expliqueraient que la France n’a pas laissé tomber une de ses ressortissantes (comme elle aurait sans doute dû le faire ?). A QUAND LE LIVRE DE THOMET EXPLIQUANT QUE SI L’ETAT FRANÇAIS N’A PAS LAISSE TOMBER FLORENCE AUBENAS, C’EST QU’ELLE OU SA COUSINE AVAIT COUCHE AVEC UN MINISTRE ? » .. Mais bon, on peut à la rigueur soutenir qu’en effet, la raison d’Etat implique d’oublier ses nationaux pris en otage pour ne pas avoir d’ennui. Thomet insiste lourdement : les entreprises françaises auraient perdu 700 millions de dollars de contrats à cause de l’engagement de la France pour Ingrid ! Car bien sûr, si un marchand français n’arrive pas à exporter, c’est que l’Etat ne l’aide pas... Chirac devrait s’abstenir de parler des droits de l’Homme en Colombie, comme il a su si bien se taire à propos de l’Irak dans les années 80 ou de la Chine aujourd’hui. Et je pense qu’en effet, c’est la mobilisation de l’opinion relayée par la presse, voire déclenchée par elle quand il s’agit de journalistes enlevés, qui oblige les Etats à s’occuper des otages, sinon Kaufman ou Aubenas auraient pourri définitivement, sans valeur, entre les mains de leurs geôliers. On peut même à la rigueur plaider que les liens personnels entre les Betancourt et le Quai d’Orsay (qui remontent à la longue présence du père d’Ingrid à Paris, comme ambassadeur !) ont pu aider à relayer ce mouvement jusqu’au sein de l’appareil d’Etat. .. LA OU LE LIVRE BASCULE DANS L’IGNOBLE ET, PLUS GRAVE, L’ILLOGISME, c’est quand il prétend à la fin que cet activisme français (donc, y compris la mobilisation populaire) serait responsable... de la non-libération d’Ingrid ! Car pourquoi la guérilla l’aurait-elle relâchée, sans en obtenir la moindre contrepartie ? Et pourquoi les Etats auraient-ils accordé cette contrepartie, sans une pression quelconque ? .. En réalité, les raisons du livre apparaissent clairement en Colombie, où la PRESSE URIBISTE CITE ELOGIEUSEMENT THOMET EN PARLANT DE “INGRIDGATE”. On tente de monter l’opinion publique colombienne contre la politique colombienne de la France, contre Ingrid, contre ceux qui veulent l’accord humanitaire. La communauté française à Bogota, le nouvel ambassadeur de France depuis novembre dernier au moins sont sur la même ligne : cette “Ingridmania sentimentale”, comme titre en Une El Tiempo du mercredi pour se gausser de la mobilisation en France, nuirait aux intérêts français en Colombie et isolerait la France de l’Union européenne. .. C’est là-dessus que l’Union européenne frappe un grand coup qui remet les choses en place. Dès mercredi après midi, je suis en mesure d’annoncer, lors d’une conférence de presse, la déclaration du Conseil de l’Union européenne en l’honneur du quatrième anniversaire de l’enlèvement d’Ingrid, appelant à l’accord humanitaire, félicitant la France (et l’Espagne et la Suisse) pour leur médiation de septembre dernier, et appelant au dialogue politique des toutes les forces en conflit en Colombie. Je découvrirai le lendemain (et le dirai à toutes les conférences et interview suivantes) que non seulement les 25 Etats de l’Union ont signé, mais aussi tous les autres pays d’Europe, y compris la Norvège, l’Ukraine et... la Moldavie (on attend le prochain livre de Thomet : Astrid à Chisanau !). Tous les pays de l’ex Yougoslavie ont signé aussi ! Autrement dit, ces pays, ravagés par une horrible guerre civile, incapables de se réconcilier, appellent la Colombie à ne pas commettre les mêmes erreurs. .. Les jours suivants, comme par miracle, la totalité de la presse et de la classe politique colombiennes se découvrira partisane de toujours de l’accord humanitaire. » … .. - Source / « Bogota se lève pour Ingrid ! » : http://lipietz.net/?breve130
Grand merci a Sergio Coronado, de faire enfin un eu de lumiere sur la Colombie. Entierement d accord avec vous et non avec l auteur de l article Mile bravos et mille mercis pour ce commentaire a jf@paris Marie Paule.
Il est vrai que l'article de Cantaloube visait surtout les raisons de la gesticulation française et de l'usage misérable de la variable d'ajustement humanitaire avec le cas d'Ingrid. Mais l'article de Sergio Colorado montre très bien ses limites. Pour souligner les bourdes de l'équipe Sarkozy, conséquences de sa gesticulation, l'auteur doit magnifier Uribe et donner une représentation mystifiée de la Colombie. Il doit aussi justifier ce traitement unilatéralement favorable à Uribe et sa politique en lui opposant les activités criminelles des Farc, avec cet argument renversant qu'elles sont inscrites sur la liste des mouvements terroristes. Si on veut bien rappeler la nature des "paras", le contrôle de l'armée et des services de renseignement colombiens par les Etats-Unis (voir leur rôle dans l'assassinat de Reyes), l'action des Farc s'inscrit dans un contexte de guerre, où je défie Cantaloube de dire où sont les "bons" et les "méchants". Il n'est pas question de bénir Uribe sous prétexte que les Farc sont devenus des criminels. La Colombie est en guerre (suite de la Violencia), guerre d'un type nouveau, ni guerre civile, ni terrorisme classique. La question est alors celle-ci: puisqu'il ne peut y avoir ni vainqueurs ni vaincus, il faudra bien discuter avec les Farc, comme Uribe l'a fait avec les paras, même s'il l' a fait avec une loi qui révèle sa nocivité (Paz y Justicia). D'où la stupidité de la fameuse liste que l'Union européenne, toujours à la pointe du courage politique et diplomatique s'est empressée de ratifier: car la conséquence c'est qu'on ne négocie pas avec les "terroristes (on voit à Gaza les effets de cette brillante politique). De quel point de vue se situer alors pour apprécier la situation et juger les décisions qui sont prises en Colombie? (Pour la France l'affaire est entendue...) Du point de vue de la société civile colombienne qui est absolument admirable et courageuse. Que disent de nombreuses associations (certes pas toutes)? Qu'il faut tout faire pour négocier avec les Farc, c'est-à-dire leur reconnaître un statut politique. La sympathie ou l'antipathie n'ont rien à voir ici. La libération de tous les otages et la fin de la pratique des otages sont à ce prix. Je pense, comme de nombreux amis colombiens, qu'Uribe ne veut pas le payer, puisqu'il doit sa popularité et ses élections (et les couches économiques, militaires et politiques qui le soutiennent) à son "intransigeance". Une leçon de tout cela: faire parler la société civile colombienne, qui entre l'Etat et les Farc aspire à devenir le véritable sujet politique de la Colombie. Jeff
Vous dites en citant la OEA que "la Colombie est une démocratie parlementaire fonctionnant bien («L'élection présidentielle [de 2006] s'est tenue dans une atmosphère de liberté, de transparence et de normalité qui a permis aux citoyens de renouveler leur engagement en faveur de la démocratie»). Peut-on dire cela lorsque l'on sait que près de 100 parlementaires de la majorité gouvernementale sont accusés de complicité active avec les groupes paramilitaires d'extrême droite responsable de milliers des crimes et de dizaines de massacres? La Colombie traverse aujourd'hui une des plus graves crise institutionnelle de son histoire républicaine (voir des éditoriaux du Tiempo de ces derniers jours) à cause du dévoilement du lien de plus en plus claire entre le gouvernement et les paramilitaires. Malgré les crimes des Farc, réduire le problème de ce pays à l'activité de méchants guerrilleros en ignorant toutes les causes réelles que l'ont soumis à 60 ans de violence se traduira sans doute en un obstacle pour trouver une issue pacifique voir démocratique au conflit.
Je soutiens Sergio Coronado dans ses critiques étayées sur sur cet article. J'attendais un éclairage de la part de Thomas Cantaloube, je ne suis pas plus avancée sur le sujet. Que Villepin ait été inefficace, que Sarkozy ait ajouté ue couche de gesticulations médiatiques à son profit, que la famille d'Ingrid ait choisi la médiatisation etc...je le savais déjà. Quand aux informations avancées sur la Colombie et sa situation politique, je crains qu'elles ne m'aient fait carrément régrésser dans ma connaissance. Par instinct, je me méfie des démonstrations qui tendent à faire paraître un pays comme la Colombie pour une démocratie incomprise. Sergio Coronado me conforte dans cette sensation. Par votre article vous tentez aussi de montrer comment les français sont ignorants, crédules, et ont tort de se mobiliser pour Ingrid, comme Elisabeth Levy sur le site d'@si essayait aussi de montrer comment nous étions stupides de manifester contre les Jo de Pékin. Décidement, on a bon dos les français, incapables de réfléchir par nous mêmes. Personnellement, si je me mobilise pour Ingrid, c'est parceque j'avais lu son livre avant qu'elle soit enlevée, parceque j'admire son courage et son humanisme, parceque je suis française, comme elle malgré vos sous-entendus sur sa nationalité , parceque je l'admire et que je préfèrerais la voir elle à la tête de l'état Colombien, comme je préférerais un monde sans Bush, Poutine ou Sarkozy en hommes d'Etat. Ce ne sont pas les interventions de sa fille qui me mobilisent. Ces tentatives récurrentes, comme la vôtre et celle de E. Levy, de faire passer l'action des français pour de l'indignation facile me semblent un peu insultantes pour nous. Elles seraient recevables si elles n'étaient pas aproximatives et non constructives.
... Pour se débarrasser de notre cher (très cher) président : Je proposerai aux FARC un échange de prisonnier... Sarkonabab 1er contre la libération d'Ingrid ! Voilà un courage politique qui aurait de la gueule...
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Jusqu'alors, j'avais encore un petit doute. Merci pour cet excellent éclairage Deux questions (liées) toutefois: - quelles étaient les relations entre Uribe et Bétancourt? - Et le président Uribe a-t-il encore quelque intérêt à voir Ingrid Bétancourt éloignée de la vie publique colombienne?
En effet, comme le souligne Alain Lipietz eurodéputé Verts/ALE (membre des Verts mondiaux comme Ingrid Betancourt), président de la délégation pour la communauté andine : « La gauche colombienne (Pôle démocratique, gauche du Parti libéral, mouvements civiques) est déjà majoritaire dans les grandes villes. Sans l’existence des FARC, pas d’uribisme… ». http://lipietz.net/spip.php?breve292 Pour compléter les infos, il faut lire aussi le commentaire de l’Eurodéputé Vert concernant l’«Incident entre la famille d’Ingrid Betancourt et le Président du Parlement européen » http://lipietz.net/spip.php?article2185 - Extrait : « « Malheureusement, loin de reprendre les positions traditionnelles de toutes les familles colombiennes dont les parents sont prisonniers des forces belligérantes, et de la délégation du PE pour la communauté andine, qui sont en faveur de la libération des quatre otages politiques et d’un échange humanitaire des prisonniers combattants, M.Poettering a prononcé un discours appuyant purement et simplement la dangereuse politique du Président colombien M.Uribe. »
=>>>>> Un reportage en ligne sur Ingrid Betancourt et le narcotrafic en Colombie (réalisé par « Zone libre ») : http://www.radio-canada.ca/actualite/zonelibre/01-11/ram/colombie.ram … ………………………………………………………………………. PS : Pour voir la vidéo utilisez de préférence RealPlayer.
Merci pour ces vidéos (je "découvre" Ingrid Betancourt). L'article de Cantaloube les a captées et a suscité l'article de Lipschitz : enfin des infos qui ne sont pas celles de la presse écrite "béni oui oui"... et mon abonnement à Médiapart pleinement justifié !
Je me répète mais puisque vous voulez en savoir plus, je vous conseille le livre de Jacques Thomet qui a été directeur de l'AFP à Bogota de 1999 à 2004 (Ingrid Betancourt a été enlevée en 2002) : "Ingrid Betancourt. Histoire de coeur ou raison d'Etat ?" Ce journaliste n'a jamais été invité sur les plateaux de télé et je crois aussi qu'il n'avait pas envie de venir : comment faire débat lorsque la famille -et surtout les enfants- sont systématiquement présents ? Empêchant par leur présence et leur souffrance la tenue d'un débat contradictoire ? Une anecdote : mon libraire, toujours à l'affût de l'actualité, a commandé plusieurs ouvrages sur Ingrid Betancourt au moment où la médiatisation était à son comble (en décembre) qu'il a mis dans sa vitrine... Il n'en a vendu aucun ! Alors que l'affaire Betancourt passait en boucle à la télé.
C’est bien de consacrer un article fouillé aux dessous de l’affaire Bétencourt. Pourquoi ne pas en consacrer un à la disparition de Marc Beltra, complètement occultée par les médias ? La famille de Marc n’a pas l’entregent de la famille Bétancourt et n’a pu bénéficier d’aucune mobilisation des pouvoirs publics dans l’enquête sur sa disparition. Deux exemples : faute de moyens – cela coûte cher paraît il d’envoyer des équipes enquêter sur place - , aucune confrontation de témoins n’a été effectuée tandis qu’un témoin clé a été entendu via Skype… Faute d’implication, la famille de Marc attend toujours les résultats d’analyse de ses affaires, retrouvées sur les lieux de sa disparition et remises à la police scientifique en janvier 2007. 15 mois ! On est bien loin des déclarations télévisées et des envois de Falcon. Ce deux poids deux mesures est il normal dans une démocratie comme la nôtre ?
La Colombie, ses otages et Médiapart L’article de Thomas Cantloube du 22 avril publié dans Mediapart est profondément choquant pour quiconque connaît un peu la situation colombienne. S’agissant de l’aspect « Ingrid betancourt », il a été réfuté en profondeur par son biographe Sergio Coronado. Je voudrais ici rétablir quelques éléments en me plaçant du point de vue qui est le mien, Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté andine. 1. Je me suis rendu à Bogota en 2002 dans les 3 jours après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, candidate des Verts à la présidentielle colombienne, mandaté par le Groupe Vert au Parlement européen. J’ai aussitôt rencontré son mari Juan Carlos Lecompte, sa mère, sa sœur, et la troïka des ambassadeurs occupant la présidence de l’Union européenne (Espagne-France-Italie), tous les 3 mobilisés, Ingrid ayant la nationalité européenne, et l’Union européenne étant chargé par le Président Pastrana d’une médiation entre les autorités et les Farc. C’est avec eux que j’ai rencontré Fabrice Delloye, diplomate français et père des deux enfants d’Ingrid, qui nous a déclaré avec émotion se mettre totalement au service de la libération de leur mère, ce qui nous a paru parfaitement naturel. 2. Dès que les Verts et moi avons commencé à médiatiser le cas Betancourt en France, les Duvaltier m’ont écrit et j’ai associé à mon discours le cas de Aida, otage de l’EPL, et de tous les otages de Colombie à notre combat. Les Comités Ingrid Betancourt qui naîtront par la suite en feront autant. Malheureusement l’EPL a disparu, anéantie dans le Nord-Ouest colombien par les paramilitaires, et ses otages, français ou non, ont disparu avec elle. J’insiste que, contrairement à la propagande régnant en Colombie, les 4000 autres otages en moyenne (80 % des otages mondiaux), n’ont jamais été séparés dans l’activité des Comités Betancourt européens ni des eurodéputés du cas Ingrid. On peut même voir des manifestants des comités Ingrid brandissant le portrait de militaires colombiens prisonniers, en uniforme (exemple : http://lipietz.net/?breve291). Le cas Ingrid joue seulement le rôle d’un porte-drapeau. Je l’ai répété dans les medias colombiens à chacune de mes quasi-semestrielles visites en Colombie, et j’ai pu constater que les associations de familles de prisonniers l’entendait bien ainsi. En revanche , la presse et donc l’opinion publique colombienne « oublia » longtemps ses millier d’otages, jusqu’à ce la municipalité de Bogota, comme celle de Paris, affiche en permanence leur portraits sur sa façade et que le père du « doyen » des prisonniers des Farc, le Professeur Moncayo, ne bouleverse la Colombie en la parcourant à pieds et enchaîné. 3. Le fait qu’Ingrid et sa famille ont des liens profonds et anciens avec la France et le Quai d’Orsay, parfois renforcés par des unions matrimoniales, ne me paraît pas avoir été caché par quiconque à aucun moment, et les journalistes qui trouvaient délicat de le souligner le soulignaient. Ainsi, dès le premier jour, certains journalistes publient que Ingrid a aussi la nationalité française (et Monsieur Thomet tirera de son certain retard à l’allumage une preuve qu’on l’a trompé). Et on ne voit pas en quoi ces liens peuvent être à charge contre la mobilisation pour Ingrid. 4. Mon analyse de la « mobilisation spécifiquement française pour Ingrid » est plus simple. Les premières grandes affaires d’otages en France (les journalistes de France 2, Florence Aubenas) concernèrent des journalistes, et leurs confrères ne les laissèrent pas tomber, utilisant leurs moyens (leurs « medias ») pour maintenir la France alertée. La France a ainsi développé une culture du « on ne laisse pas tomber nos otages ». La position de TOUS les Etats (et en particulier aujourd’hui des Etats-Unis vis-à-vis de leurs 3 otages aux mains des Farc) est « Si on pouvait les oublier, tant mieux, d’ailleurs s’ils étaient morts on n’en parlerait plus et ce serait un problème de moins, notamment pour nos exportateurs ». C’est ce qu’avoue avec candeur l’auteur de l’article de Mediapart en parlant de « conflit d’intérêt » pour D. De Villepin et Daniel Parfait, respectivement professeur et beau-frère d’Ingrid : sous leur première casquette (le Quai d’Orsay) ils aurait donc eu « intérêt » (devoir d’Etat ?) à laisser mourir Ingrid dans l’oubli. À cela s’ajoute le fait que, dans le cas d’Ingrid, sa libération donnerait une voix supplémentaire à la dénonciation politique du Président Uribe… et des Farc (comme le reconnaissait R. Rayes sur son ordinateur). Ni l’un ni les autres, alliés objectivement contre Ingrid, n’ont donc réellement intérêt à la libérer, sauf contre lourde contrepartie. 5. Comme le dit Jacques Kourliandsky de l’IRIS à l’auteur de l’article, la stratégie des familles et des collègues d’otages est donc au contraire de battre le tambour sous les fenêtres de l’Etat pour qu’on n’oublie pas de s’occuper de leur proches. Que, dans le cas Ingrid, les « collègues et parents » aient appartenu au 1er pouvoir (le corps diplomatique) et dans le cas Kaufmann au 4eme pouvoir (les médias) est parfaitement anecdotique. 6. Il en résulte qu’en France, un gouvernement qui parvient à obtenir une libération d’otage en recueille un « plus » médiatique de quelques jours. C’est le prix à payer par l’opinion publique pour obtenir de son gouvernement qu’il s’occupe de ses compatriotes. L’auteur de Mediapart semble s’en scandaliser : c’est l’agitation de notre Président Bling-bling qui « assurerait la survie d’Ingrid mais la condamnerait à perpétuité ». Nous avions pourtant vu, en début d’article, le triste sort des otages dont personne ne parle (Aida Duvaltier) : coûtant plus à entretenir qu’à échanger, ils finissent dans des charniers. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, j’en connais au moins un autre prêt à la guerre la plus sanglante ou à la négociation la plus généreuse pour obtenir la libération de 2 ou 3 prisonniers : Israël. 7. Là où le journaliste de Mediapart dépasse les bornes, c’est lorsqu’il énonce que l’état de santé d’Ingrid est un bruit médiatique. Nous avons la récente photo d’Ingrid et les symptômes décrits dans la lettre qu’elle adresse à sa mère, nous avons la description de ses proches, libérés, qui nous relatent l’évolution sur 3 ans ( http://lipietz.net/?breve289)… Les diagnostics médicaux possibles sont divers mais tous alarmants : hépatite virale avancée, cancer de l’estomac. L’auteur de l’article dispose des mêmes moyens d’investigation, son « rapport » fait donc penser aux rapports de la Croix Rouge sur Theresienstadt. 8. Plus grave encore , c’est le basculement au troisième tiers de l’article dans le rejet total, et sans un mot ni d’information ni de discussion, des accusations portés par la famille Uribe (pourtant originaire, comme le président Uribe, du parti libéral, et initialement amie de ce président) et des comité Betancourt contre le président Alvaro Uribe. On s’étonne qu’il soit traité d’ « ignoble », de « fasciste », et que la famille se sente « plus en sécurité au Venezuela qu’en Colombie ». On s’étonne que le président de la République Française donne du « Monsieur Marulanda » et on rappelle les « mots sobres officiels» colombiens selon lesquels « il n’y a pas de prisonniers politiques, il n’y a que des prisonniers qui ont commis le délit de sédition » (sic). Cette ironie de l’auteur de Mediapart prétend refléter « l’irritation des connaisseurs de la Colombie et du dossier ». En fait Mediapart cède la parole exclusivement au quotidien uribiste (de qualité) El Tiempo pour la suite de son article. 9. Je laisse le soin aux lecteurs de Mediapart de découvrir la « Colombie de El Tiempo ». Celle que décrit la justice colombienne elle-même, le Haut représentant aux droits de l’Homme de l’ONU en Colombie, la pastorale sociale de l’Eglise Colombienne, est tout autre (voir http://lipietz.net/?breve289). Selon ces témoignages dignes de foi (mais qui n’ont pas encore l’autorité de la chose jugée !) la popularité de Uribe ne tien qu’à la haine (justifiée) qu’inspirent les exactions des Farc (2 % de popularité). 70% des crimes contre les droits de l’homme sont imputables aux paramilitaires, pourtant amnistiés par la Loi Justice et Paix sous le nom de Autodéfenses Unies de Colombie, mais qui poursuivent leur œuvre sinistre et leur narcotrafic sous le nom d’Aigles Noirs et Organisation de Nouvelle Génération (« ONG » !). Le reste des crimes se partagent entre les forces régulières d’une part, les deux guérillas Farc et Eln de l’autre. Tout le Nord-Ouest de la Colombie à partir du Moyen-Magdalena est sous le contrôle des AUC (des maires aux pseudo-syndicalistes), et seule une Eglise menacée et qui compte déjà plusieurs martyres peut encore témoigner de ce qui s’y passe. On y a déjà localisé 1300 charniers que la justice ne peut investiguer faute de personnel. 4 millions d’hectares y ont été volés aux communautés paysannes et sont reconvertis dans la production d’agrocarburant à base de palmier à huile (voir http://lipietz.net/spip.php?rubrique79). Selon le chef des AUC, Mancuso, 35% des élus au Congrès de 2006 sont des paramilitaires. En revanche, la gauche démocratique et citoyenne tient les grandes villes (Bogota, Medellin ; Cali lui a échappé du fait de ses divisions) et la province encore disputée du Nariño. 10. Grâce aux confessions de quelques repentis dans le cadre de Justice et Paix, et à la saisie de l’ordinateur d’un chef AUC, Jorge 40, qui détaille les versements liés au trafic de drogue, aux « contrats » contre les syndicalistes et défenseurs de droits de l’Homme, aux achats de politiciens, le Procureur général a déjà pu inculper 20% des congressistes. Parmi eux le « cousin-frère » du Président, Mario Uribe, qui a cherché refuge à l’ambassade du Costa-Rica (lequel, au vue des preuves de ses crimes, a refusé de lui accorder asile). Sont maintenant concerné par les investigations, mais pas encore inculpés, la présidente du Congrès et, enfin, le président Uribe lui-même La boucle est bouclée : le président Uribe, accusé en 1992 par les USA d’être le « politique » des narcotraficants (n°72 sur la liste de la DEA) et en tout cas le créateur de la première milice paramilitaire dans l’Antioquia, qui a réinstallé le paramilitarisme au cœur de l’Etat, se voit rattrapé par sa longue alliance. Sa riposte (une plainte contre le président de la Cour Suprême de Justice) a ouvert une crise institutionnelle qui peut d’un jour à l’autre amener la Colombie au rang du Pakistan de Musharaf, du Pérou de Fujimori ou de l’Equateur de Lucio Guttierez. Nous touchons là le problème des « amnisties-amnésies » mal conçues que j’ai toujours dénoncées, notamment en organisant un colloque international sur la justice transitionnelle (http://lipietz.net/spip.php?article2116) 11. J’ai raconté ailleurs (http://lipietz.net/spip.php?article872) mon activité au service de la négociation, activité officiellement autorisée tant que l’Union européenne n’avait pas classé successivement les AUC, l’ELN et les Farc sur la liste des organisations terroristes. Aujourd’hui, les négociations avec ces groupes classés terroristes se poursuivent selon des modalités forcément illégales de part en part, y compris quand elles sont autorisées par les autorités colombiennes, avec tous les dangers que cela comporte (voir le débat sur « l’exécution » de Raul Rayes et ma lettre au Président Uribe http://lipietz.net/spip.php?article2180). Elles ont leurs règles, celles de la diplomatie : je donne du « camaradas » dans mes lettres aux bourreaux de mon amie Ingrid, et serre en souriant la main du président Uribe. L’expérience italienne nous a d’ailleurs appris à accueillir avec réserve les dénonciations obtenues de « repentis » en échange d’une amnistie. Les Uribe et Mme Nancy Gutierrez sont a priori innocents jusqu’à leur éventuelle condamnation. Je peux confirmer en revanche que, face aux menaces des paramilitaires, on a toujours pu compter sur la sollicitude de la diplomatie française pour mettre à l’abri au moins quelque temps la famille Betancourt, celle de tel haut dignitaire de l’Eglise, et même d’Aidir qui était chauffeur d’Ingrid lors de son enlèvement, et qui avait refusé de reconnaître ceux que la police lui présentait comme « ses ravisseurs. 12. Quant au Parlement européen, il n’a publié qu’un seul texte de fond sur la Colombie, adopté unanimement et attribuant le conflit armé aux profondes tensions sociales de ce pays, notamment la question des terres… Mais régulièrement la plénière ou la délégation pour la Communauté Andine rappellent la demande de libération de tous les otages, la libération des élus (dont Ingrid) comme condition d’un retour des Farc au statu quo ante de la fin 2001, un accord humanitaire pour la libération des prisonniers combattants, et l’ouverture de négociation de paix. Alain Lipietz Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté Andine. Sur mon activité vis-à-vis de la Colombie, voir http://lipietz.net/spip.php?mot3.
Bonjour, je viens de lire vos commentaires sur la Colombie. Je voulais vous faire parvenir un article du London Review of Books daté du 24 janvier dernier, écrit par James Sanders sur le livre 'Evil Hour in Colombia' de Forrest Hylton, qui m'a éclairé sur la vrai situation dans ce pays. Mais je ne peux pas vous envoyer l'article qui se trouve dans l'archive du magazine car il est sécurisé (j'y ai accès), mais je peux vous le faire parvenir par le London Review (envoi à un ami) si vous me donnez votre adresse email directe. Mes salutations.
La Colombie, ses otages et Médiapart L’article de Thomas Cantloube du 22 avril publié dans Mediapart est profondément choquant pour quiconque connaît un peu la situation colombienne. S’agissant de l’aspect « Ingrid betancourt », il a été réfuté en profondeur par son biographe Sergio Coronado. Je voudrais ici rétablir quelques éléments en me plaçant du point de vue qui est le mien, Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté andine. 1. Je me suis rendu à Bogota en 2002 dans les 3 jours après l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, candidate des Verts à la présidentielle colombienne, mandaté par le Groupe Vert au Parlement européen. J’ai aussitôt rencontré son mari Juan Carlos Lecompte, sa mère, sa sœur, et la troïka des ambassadeurs occupant la présidence de l’Union européenne (Espagne-France-Italie), tous les 3 mobilisés, Ingrid ayant la nationalité européenne, et l’Union européenne étant chargé par le Président Pastrana d’une médiation entre les autorités et les Farc. C’est avec eux que j’ai rencontré Fabrice Delloye, diplomate français et père des deux enfants d’Ingrid, qui nous a déclaré avec émotion se mettre totalement au service de la libération de leur mère, ce qui nous a paru parfaitement naturel. 2. Dès que les Verts et moi avons commencé à médiatiser le cas Betancourt en France, les Duvaltier m’ont écrit et j’ai associé à mon discours le cas de Aida, otage de l’EPL, et de tous les otages de Colombie à notre combat. Les Comités Ingrid Betancourt qui naîtront par la suite en feront autant. Malheureusement l’EPL a disparu, anéantie dans le Nord-Ouest colombien par les paramilitaires, et ses otages, français ou non, ont disparu avec elle. J’insiste que, contrairement à la propagande régnant en Colombie, les 4000 autres otages en moyenne (80 % des otages mondiaux), n’ont jamais été séparés dans l’activité des Comités Betancourt européens ni des eurodéputés du cas Ingrid. On peut même voir des manifestants des comités Ingrid brandissant le portrait de militaires colombiens prisonniers, en uniforme (exemple : http://lipietz.net/?breve291). Le cas Ingrid joue seulement le rôle d’un porte-drapeau. Je l’ai répété dans les medias colombiens à chacune de mes quasi-semestrielles visites en Colombie, et j’ai pu constater que les associations de familles de prisonniers l’entendait bien ainsi. En revanche , la presse et donc l’opinion publique colombienne « oublia » longtemps ses millier d’otages, jusqu’à ce la municipalité de Bogota, comme celle de Paris, affiche en permanence leur portraits sur sa façade et que le père du « doyen » des prisonniers des Farc, le Professeur Moncayo, ne bouleverse la Colombie en la parcourant à pieds et enchaîné. 3. Le fait qu’Ingrid et sa famille ont des liens profonds et anciens avec la France et le Quai d’Orsay, parfois renforcés par des unions matrimoniales, ne me paraît pas avoir été caché par quiconque à aucun moment, et les journalistes qui trouvaient délicat de le souligner le soulignaient. Ainsi, dès le premier jour, certains journalistes publient que Ingrid a aussi la nationalité française (et Monsieur Thomet tirera de son certain retard à l’allumage une preuve qu’on l’a trompé). Et on ne voit pas en quoi ces liens peuvent être à charge contre la mobilisation pour Ingrid. 4. Mon analyse de la « mobilisation spécifiquement française pour Ingrid » est plus simple. Les premières grandes affaires d’otages en France (les journalistes de France 2, Florence Aubenas) concernèrent des journalistes, et leurs confrères ne les laissèrent pas tomber, utilisant leurs moyens (leurs « medias ») pour maintenir la France alertée. La France a ainsi développé une culture du « on ne laisse pas tomber nos otages ». La position de TOUS les Etats (et en particulier aujourd’hui des Etats-Unis vis-à-vis de leurs 3 otages aux mains des Farc) est « Si on pouvait les oublier, tant mieux, d’ailleurs s’ils étaient morts on n’en parlerait plus et ce serait un problème de moins, notamment pour nos exportateurs ». C’est ce qu’avoue avec candeur l’auteur de l’article de Mediapart en parlant de « conflit d’intérêt » pour D. De Villepin et Daniel Parfait, respectivement professeur et beau-frère d’Ingrid : sous leur première casquette (le Quai d’Orsay) ils aurait donc eu « intérêt » (devoir d’Etat ?) à laisser mourir Ingrid dans l’oubli. À cela s’ajoute le fait que, dans le cas d’Ingrid, sa libération donnerait une voix supplémentaire à la dénonciation politique du Président Uribe… et des Farc (comme le reconnaissait R. Rayes sur son ordinateur). Ni l’un ni les autres, alliés objectivement contre Ingrid, n’ont donc réellement intérêt à la libérer, sauf contre lourde contrepartie. 5. Comme le dit Jacques Kourliandsky de l’IRIS à l’auteur de l’article, la stratégie des familles et des collègues d’otages est donc au contraire de battre le tambour sous les fenêtres de l’Etat pour qu’on n’oublie pas de s’occuper de leur proches. Que, dans le cas Ingrid, les « collègues et parents » aient appartenu au 1er pouvoir (le corps diplomatique) et dans le cas Kaufmann au 4eme pouvoir (les médias) est parfaitement anecdotique. 6. Il en résulte qu’en France, un gouvernement qui parvient à obtenir une libération d’otage en recueille un « plus » médiatique de quelques jours. C’est le prix à payer par l’opinion publique pour obtenir de son gouvernement qu’il s’occupe de ses compatriotes. L’auteur de Mediapart semble s’en scandaliser : c’est l’agitation de notre Président Bling-bling qui « assurerait la survie d’Ingrid mais la condamnerait à perpétuité ». Nous avions pourtant vu, en début d’article, le triste sort des otages dont personne ne parle (Aida Duvaltier) : coûtant plus à entretenir qu’à échanger, ils finissent dans des charniers. J’ignore ce qu’il en est dans les autres pays, j’en connais au moins un autre prêt à la guerre la plus sanglante ou à la négociation la plus généreuse pour obtenir la libération de 2 ou 3 prisonniers : Israël. 7. Là où le journaliste de Mediapart dépasse les bornes, c’est lorsqu’il énonce que l’état de santé d’Ingrid est un bruit médiatique. Nous avons la récente photo d’Ingrid et les symptômes décrits dans la lettre qu’elle adresse à sa mère, nous avons la description de ses proches, libérés, qui nous relatent l’évolution sur 3 ans ( http://lipietz.net/?breve289)… Les diagnostics médicaux possibles sont divers mais tous alarmants : hépatite virale avancée, cancer de l’estomac. L’auteur de l’article dispose des mêmes moyens d’investigation, son « rapport » fait donc penser aux rapports de la Croix Rouge sur Theresienstadt. 8. Plus grave encore , c’est le basculement au troisième tiers de l’article dans le rejet total, et sans un mot ni d’information ni de discussion, des accusations portés par la famille Uribe (pourtant originaire, comme le président Uribe, du parti libéral, et initialement amie de ce président) et des comité Betancourt contre le président Alvaro Uribe. On s’étonne qu’il soit traité d’ « ignoble », de « fasciste », et que la famille se sente « plus en sécurité au Venezuela qu’en Colombie ». On s’étonne que le président de la République Française donne du « Monsieur Marulanda » et on rappelle les « mots sobres officiels» colombiens selon lesquels « il n’y a pas de prisonniers politiques, il n’y a que des prisonniers qui ont commis le délit de sédition » (sic). Cette ironie de l’auteur de Mediapart prétend refléter « l’irritation des connaisseurs de la Colombie et du dossier ». En fait Mediapart cède la parole exclusivement au quotidien uribiste (de qualité) El Tiempo pour la suite de son article. 9. Je laisse le soin aux lecteurs de Mediapart de découvrir la « Colombie de El Tiempo ». Celle que décrit la justice colombienne elle-même, le Haut représentant aux droits de l’Homme de l’ONU en Colombie, la pastorale sociale de l’Eglise Colombienne, est tout autre (voir http://lipietz.net/?breve289). Selon ces témoignages dignes de foi (mais qui n’ont pas encore l’autorité de la chose jugée !) la popularité de Uribe ne tien qu’à la haine (justifiée) qu’inspirent les exactions des Farc (2 % de popularité). 70% des crimes contre les droits de l’homme sont imputables aux paramilitaires, pourtant amnistiés par la Loi Justice et Paix sous le nom de Autodéfenses Unies de Colombie, mais qui poursuivent leur œuvre sinistre et leur narcotrafic sous le nom d’Aigles Noirs et Organisation de Nouvelle Génération (« ONG » !). Le reste des crimes se partagent entre les forces régulières d’une part, les deux guérillas Farc et Eln de l’autre. Tout le Nord-Ouest de la Colombie à partir du Moyen-Magdalena est sous le contrôle des AUC (des maires aux pseudo-syndicalistes), et seule une Eglise menacée et qui compte déjà plusieurs martyres peut encore témoigner de ce qui s’y passe. On y a déjà localisé 1300 charniers que la justice ne peut investiguer faute de personnel. 4 millions d’hectares y ont été volés aux communautés paysannes et sont reconvertis dans la production d’agrocarburant à base de palmier à huile (voir http://lipietz.net/spip.php?rubrique79). Selon le chef des AUC, Mancuso, 35% des élus au Congrès de 2006 sont des paramilitaires. En revanche, la gauche démocratique et citoyenne tient les grandes villes (Bogota, Medellin ; Cali lui a échappé du fait de ses divisions) et la province encore disputée du Nariño. 10. Grâce aux confessions de quelques repentis dans le cadre de Justice et Paix, et à la saisie de l’ordinateur d’un chef AUC, Jorge 40, qui détaille les versements liés au trafic de drogue, aux « contrats » contre les syndicalistes et défenseurs de droits de l’Homme, aux achats de politiciens, le Procureur général a déjà pu inculper 20% des congressistes. Parmi eux le « cousin-frère » du Président, Mario Uribe, qui a cherché refuge à l’ambassade du Costa-Rica (lequel, au vue des preuves de ses crimes, a refusé de lui accorder asile). Sont maintenant concerné par les investigations, mais pas encore inculpés, la présidente du Congrès et, enfin, le président Uribe lui-même La boucle est bouclée : le président Uribe, accusé en 1992 par les USA d’être le « politique » des narcotraficants (n°72 sur la liste de la DEA) et en tout cas le créateur de la première milice paramilitaire dans l’Antioquia, qui a réinstallé le paramilitarisme au cœur de l’Etat, se voit rattrapé par sa longue alliance. Sa riposte (une plainte contre le président de la Cour Suprême de Justice) a ouvert une crise institutionnelle qui peut d’un jour à l’autre amener la Colombie au rang du Pakistan de Musharaf, du Pérou de Fujimori ou de l’Equateur de Lucio Guttierez. Nous touchons là le problème des « amnisties-amnésies » mal conçues que j’ai toujours dénoncées, notamment en organisant un colloque international sur la justice transitionnelle (http://lipietz.net/spip.php?article2116) 11. J’ai raconté ailleurs (http://lipietz.net/spip.php?article872) mon activité au service de la négociation, activité officiellement autorisée tant que l’Union européenne n’avait pas classé successivement les AUC, l’ELN et les Farc sur la liste des organisations terroristes. Aujourd’hui, les négociations avec ces groupes classés terroristes se poursuivent selon des modalités forcément illégales de part en part, y compris quand elles sont autorisées par les autorités colombiennes, avec tous les dangers que cela comporte (voir le débat sur « l’exécution » de Raul Rayes et ma lettre au Président Uribe http://lipietz.net/spip.php?article2180). Elles ont leurs règles, celles de la diplomatie : je donne du « camaradas » dans mes lettres aux bourreaux de mon amie Ingrid, et serre en souriant la main du président Uribe. L’expérience italienne nous a d’ailleurs appris à accueillir avec réserve les dénonciations obtenues de « repentis » en échange d’une amnistie. Les Uribe et Mme Nancy Gutierrez sont a priori innocents jusqu’à leur éventuelle condamnation. Je peux confirmer en revanche que, face aux menaces des paramilitaires, on a toujours pu compter sur la sollicitude de la diplomatie française pour mettre à l’abri au moins quelque temps la famille Betancourt, celle de tel haut dignitaire de l’Eglise, et même d’Aidir qui était chauffeur d’Ingrid lors de son enlèvement, et qui avait refusé de reconnaître ceux que la police lui présentait comme « ses ravisseurs. 12. Quant au Parlement européen, il n’a publié qu’un seul texte de fond sur la Colombie, adopté unanimement et attribuant le conflit armé aux profondes tensions sociales de ce pays, notamment la question des terres… Mais régulièrement la plénière ou la délégation pour la Communauté Andine rappellent la demande de libération de tous les otages, la libération des élus (dont Ingrid) comme condition d’un retour des Farc au statu quo ante de la fin 2001, un accord humanitaire pour la libération des prisonniers combattants, et l’ouverture de négociation de paix. Alain Lipietz Président de la délégation du Parlement européen pour la Communauté Andine. Sur mon activité vis-à-vis de la Colombie, voir http://lipietz.net/spip.php?mot3.
Voilà un article bienvenu autant qu'exhaustif, qui va donner un sacré coup au moral de ceux qui à l'Elysée commençaient à préparer la réception fastueuse des 500 terror... euh pardon, prisonniers politiques des FARC, que l'"on" (très précisément le roi des "on") se proposait d'accueillir en France en échange de la libération de Bétancourt. Dommage car les petits fours étaient commandés, le parcours triomphal du cortège sur les Champs-Elysées tout tracé, le discours d'accueil de Son Excellence Monsieur Marulanda par le Président sur le perron de l'Elysée peaufiné à la virgule près ... ; quel gâchis lamentable ! Pourtant le Président avait bon espoir de voir ses efforts enfin récompensés. Malgré les deux premières pelles télévisées ramassées au cours des semaines passées, la pelle du 6 décembre et la pelle du 1° avril, en dépit de ses accents déchirants ("ici l'hombre ... Sarko parle aux narcos ..."), il avait bon espoir de réussir sa prochaine tentative le 18 juin ...
Très bon article, qui écrit clairement ce que nous pensons depuis un moment: - Une famille trop présente, sans cesse sur les plateaux de télévision, photographiée aux côtés des successifs présidents de la république, - Des enfants "pipolisés" dont l'identité semble se résumer à celle de porte-parole de la douleur, - La mise en évidence d'une otage et le silence sur d'autres, - Les rodomontades de Sarkozy et ses promesses inconsidérées, - La méconnaissance des subtilités du dossier par la diplomatie française... ... semblent chaque jour enfoncer un peu plus Ingrid Bétancourt dans la jungle, au lieu de l'en sortir.
je partage bcp des èlèments de cet article.Il est vrai que cette médiatisation risque de faire ,d Ingrid Bétancourt,une prisonnière à perpétuité!
Super article! Quelques questions à Thomas Cantaloube: pour quelle(s) raison(s) les FARC refusent d'avoir des relations avec le gouvernement espagnol? Quel est l'état actuel des relations entre Hugo Chávez et la France sur ce dossier, et depuis quand (il semblerait depuis 2007 d'après la chronologie du Nouvel Obs)? Pour ma part je pense aussi que le Président vénézuélien s'est saisi de l'affaire afin de raviver les tensions avec son homologue colombien. Certaines ONG et l'International Crisis Group ainsi que le gouvernement colombien afirment que le Vénézuéla offre "l'asile" à de nombreux FARC, et meme la nationalité vénézuélienne notamment lors des dernières élections présidentielles. D'où sort ce Noel Saez? Et enfin le reste des familles des otages sont-elles d'accord avec le choix de la médiatisation d'Ingrid Bétancourt? Merci
Les FARC ne veulent plus avoir de relations avec les Espagnols car le gouvernement Zapatero a eu des mots très durs contre elles. L'état actuel des relations entre Hugo Chavez et la France est inchangé, c'est à dire plutôt bon. Le problème est plutôt dans les relations entre Chavez et la Colombie. Depuis l'assassinat de Raul Reyes, Chavez se tait car il craint que des dossiers compromettant sur ses relations avec les FARC n'aient été retrouvé dans l'ordinateur de Reyes (au-delà de ce qu'on a déjà appris). Du coup, Chavez n'est plus très utile comme médiateur. Noel Saez est un ancien consul à Bogota, un très bon connaisseur du pays et de le guérilla, mais aussi, disent certains, un agent de la DGSE. C'est lui qui mène la pluart des contacts secrets entre FARC et gouvernement français depuis le début de l'affaire Betancourt. Mais les FARC ne l'aiment guère car ils le soupçonnent d'être surveillés par les services colombiens. Beaucoup de familles colombiennes n'aiment pas la médiatisation d'Ingrid Betancourt, dont ils ont l'impression qu'elle masque la souffrance de centaines d'autres otages. Surtout, ils ne comprennent pas l'intervention française car, pour eux, Betancourt est colombienne.
Il m'est venu aux oreilles, mais je ne sais de quelles sources, ... que si les FARC n'avaient pas d'intérêts à libérer I. Bétancourt, (on le lit dans cet article, la médiatisation semble à double tranchant, elle lui sauve la vie, mais la condamne à perpet')) Uribe semblait n'avoir aucun intérêt à ce que les FARC la relâche. Et que donc... son action pouvait être pleine de duplicité... Genre "Tâchons de feindre de vouloir que les FARC la libère, sans jamais rien faire qui puisse y conduire"... Quelqu'un a-t-il quelque chose qui puisse corroborer ? Ou me fourre-je le doigt dans l'orbite ?
Pour les Colombiens, il n'y a pas une otage (Betancourt)+ des centaines d'autre (les chiffres oscillent de 700 à 2500). La volonté d'Uribe est donc de parvenir à une libération globale des otages, dont les quatre élus et dizaine d'officiers encore aux mains des FARC. Un de mes interlocuteurs pour cette enquête m'a néanmoins confié qu'il pensait qu'Uribe n'avait aucun intérêt à voir Betancourt libérée, car sa détention lui permet de montrer la "cruauté des FARC aux yeux du monde. Enfin, il se dit beaucoup ces derniers temps que les Colombiens sauraient parfaitement où se trouve Betancourt, mais qu'ils n'osent pas mener une opération commando de peur qu'elle soit exécutée durant l'opération. La famille Betancourt et le gouvernement français sont déjà intervenus auprès du gouvernement colombien au fil des ans pour "conseiller la prudence".
Nouvel abonné, premier commentaire ! Article vraiment intéressant et qui donne une vision surement plus juste sur l'affaire Bétancourt. Ceci me fais penser en effet, que durant toutes ces années depuis la capture d'Ingrid Bétancourt, les articles, émissions (télé et radio) de décryptage de cette affaire ont-été en nombre plus que limité... Cela est justement peut-être du à ce traitement "affectif" de l'information par les medias....
Mefiez vous nouvel abonné,cet article est tout à fait partisan,heureusement qu'il y a la réponse d'Alain Liepetz.Je vous suggère d'écouter en podcast la série d'émissions faite sur France Inter par (emission quotidienne entre 15h et 16h)Dieu sait si je n'aime pas beaucoup ce présentateur,mais il s'agit de 5 + 1 récente émissions sur place en Colombie,retraçant l'histoire des Farc et ce que subit quotidiennement le peuple colombien.Où l'on voit qu'Uribe est encore pire que ceux qu'il combat.Plus l'influence des USA sur ce même président dans le but de maintenir au pouvoir en Amérique du Sud le seul gouvernement de droite encore en place. Comme quoi,en conclusion toujours toujours prendre au moins 3 sources d'informations,même si l'on apprécie plus particullièrement l'ine d'entre elles.
Journaliste hongrois basé a Paris je tiens a féliciter Mediapart pour avoir publier le premier article correct sur l'affaire Betancourt. Je suis sidéré de constater combien il est facile d'hystériser et manipuler les Francais en occultant le minimum d'informations factuelles. J'attends avec impatience l'enquete et les révélations de Mediapart sur l'affaire des Jeux Olympiques/Tibet/Chine et, surtout, le role du M. Ménard qui, seul et avec maestria, a réussi a enflammer les politiciens complices et les foules et ignorantes en France et ailleurs. Mihaly Rozsa
oui bravo pour cet article qui informe et conforte l'idée que j'avais déjà sur la libération possible d'ingrid, hélas pour elle. Je retiendrais également que donner à commenter des évènements par la famille, à la télévision (au 20h) nous démontre que l'information est encore une fois "occultée " "mise en scene" au profit d'un commentaire "partisan".
Ingrid Bétancourt s’engage dans la campagne pour l’élection présidentielle du 26 mai 2002 en Colombie, sous les couleurs de son petit parti, Oxygène vert (proche droite libérale). Elle est opposition avec les FARCS (disons communistes). La Colombie est sous un régime "armé" en conflit avec les FARCS, ». Au cours des vingt dernières années, ce « conflit qui n’existe pas » (dixit Uribe) a coûté la vie à au moins soixante-dix mille personnes et a fait trois millions de déplacés internes ! Bétancourt n'est pas prisonnière par hasard ! Seulement elle est issue d'un milieu privilégié, comme expliqué dans l'article. Les soixante et un autres « prisonniers politiques » des FARC intéressent beaucoup moins, qu’ils soient ex-gouverneur du Meta (M. Alan Jara), ancien ministre (M. Fernando Araujo), sénateur (M. Luis Eladio Pérez), députés (MM. Consuelo González, Orlando Beltrán et Oscar Liscano), qu’ils soient militaires ou policiers...(sans compter les autres prisonniers qui eux ne sont pas politiques) Eux ne s'appellent pas "Bétancourt" ! Contrairement à De Villepin (qui agissait en silence), Sarkozy s'est empressé de "récupérer" l'histoire pour rendre médiatique, à grands bruits, l'affaire Bétancourt (s'en est devenu une) et toucher ainsi le coeur généreux des Français, qui ayant l'esprit occupé par l'affaire, oublient de s'occuper des magouilles de Sarkozy. Du reste, nous pouvons constater la vérité de l'article en remontant dans le temps de l'information pour constater que cette femme qui un jour est à l'antre de la mort, la semaine suivante en forme, reste pour l'exécutif un pool d'attraction médiatique, mais toujours pour cacher une information politique de tout premier ordre. Sarkozy connaît la crédulité des gens, il joue de cet avantage pour passer sous silence des choses importantes. Dans le même contexte, nous avons droit actuellement aux "sondages" défavorables, qui entre dans le cadre du jeu Sarkozien, en effet il va parler le 24, ainsi il va remonter dans les sondages (crédulité) et s'en fera gloriole. Les gens ne sauront plus quoi penser (encore une fois) mais la doctrine de Sarkozy "diviser pour mieux régner" aura fait son effet.
Merci pour ce dossier M.Cantaloubes. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, voilà le genre d'article qui apporte au lecteur une vision plus fine, claire et explicite de la situation. La situation est complexe et à la lecture de votre propos on comprend que la vision binaire des choses (les bons d'un côté les mauvais de l'autre...) n'est pas la bonne solution pour avancer. Celà ne peut servir que la cause de ceux qui l'instrumentalisent. Reste la réalité : des milliers d'otages....et cette question qui nous taraude tous : comment faire ?
Du vrai journalisme. Mais l'article ne traite pas suffisamment de la personnalité d'Uribe. Des ses rapports connus avec les paramilitaires (qui ont autant de sang sur les mains), de sa volonté de faire modifier la constitution pour se représenter (ce qui fait hurler nos démocrates quand il s'agit de Chavez). Il semble que défendre la cause des otages en colombie ne soit pas une entreprise facile (à cause des pro-uribe).
kairos Que fait le gouvernement américain, qui dispose de moyens de pression efficaces, pour la récupération de ses 3 compatriotes otages des FARC? En tout cas, il ne mène aucne campagne d'opinion d'envergure... Par ailleurs, au cours d'un débat à l'émission "C'dans l'air", où l'ex-mari d'Ingrid Betancourt intervenait, il était distingué entre les otages "économiques" (enlevés contre rançon) et "politiques" (détenus pour une négociation avec le pouvoir colombien), seuls les derniers faisant l'objet de tratactions, les précédents laissés au libre jeu des échanges monnayés. Ai-je bien compris?
Les Américains ne mènent aucune campagne publique pour la libération de leurs otages, mais robablement des tractations secrètes. Mais comme les FARC demandent la libération de deux des leurs emprisonnés aux Etats-Unis comme prélable à toute libération (y compris celle de Betancourt), il est probable que cela n'avancera guère, car il est peu probable qu'un juge améiciain les élargisse. Les otages "politiques" sont souvent distingués des "économiques", mais c'est une distinction que la majorité des Colombiens récuse. Et le gouvernement Uribe demande, lui, le réglement du sort de TOUS les otages. Pour de nombreux Colombiens il est aussi douloureux, voire davantage, de voir des paysans capturés contre rançon que des élus et des militaires enlevés pour servir de moyen de pression.
La Colombie , une democratie ?????? http://www.bakchich.info/article3457.html vous aurez une autre petite vue de ce qui se passe en Colombie. Il y a 2 guerillas en Colombie : - celle menee par les farc (Je ne suis pas d accord avec ce qu ils font) - celle menee par les paramilitaires, beaucoup plus violente , meurtriere, les indiens de l ouest sont deplaces de maniere tres guerriere : massacres de ceux qui ne veulent quiter leur terre, viols , et toute la demesure comme dans toute guere. Mais celle ci Uribe ne dit rien , car elle le sert. Meutres , enlevements de syndicalistes, de politiques, ...de toute personne faisant un peu d opposition, et toujours a l heure actuelle. Dernierement , on a relate la disparition de personnes vacant a leurs occupations habituelles. Par qui ? Messieurs les journalistes de mediapart, il faut approfondir vos enquete et pas se contenter de lire el tiempo ou le blog de ce pretendu journaliste d investigation : il ne doit pas etre bien dangereux pour Uribe, sinon, il serat deja mort .
Pourquoi toujours vouloir ramener le débat en Colombie aux paramilitaires ? Ce ne sont pas eux qui détiennent Ingrid Betancourt. Cet article n'a pas pour ambition de dresser un panorama politique de la Colombie aujourd'hui (qui est bel et bien une démocratie, contrarement à ce que vous sous entendez. Qui est le maire de Bogota ? Un homme de gauche soutenu par un ancien mouvement guréillero, le M19, reconverti en parti politique. Preuve que le pluralisme et l'aternative existent en Colombie.) Qu'Uribe aie des liaisons coupables avec les paramilitaires est avéré, mais, encore une fois, ce n'est pas le sujet de l'article. Au contraire, le sujet est une certaine propension à regarder l'arbre au lieu de la forêt et, par conséquent, à se fourvoyer dans l'analyse de la Colombie.
"Cet article n'a pas pour ambition de dresser un panorama politique de la Colombie aujourd'hui". Mais il le fait quand même un peu. Uribe n'est pas le diable comme on peut le lire chez les certains mais ce n'est pas non plus un saint. Et sa popularité s'est également construite sur la peur. Est-il populaire ou populiste? Je reste indigné par le foin fait autour de Betancourt alors que GA Kieffer a disparu à Abidjan depuis des années. Et dans son cas, les choses sont moins complexes...et moins médiatisées.
S'il s'agit de Jacques Thomet, que vous qualifiez de "prétendu" journaliste, il a été directeur de l'AFP à Bogota de 1999 à 2004, donc avant, pendant et après l'enlèvement d'Ingrid Betancourt ! Vous devriez lire son livre : "Ingrid Betancourt, histoire de coeur ou raison d'Etat ?". Passionnant et accablant. C'est grâce à la regrettée émission "ASI" que j'en ai entendu parler... L'article salutaire de Mediapart qui confirme à quel point nous sommes manipulés, ne fait que reprendre -mais ce n'est pas une critique- des informations contenues dans ce livre.
Merci, Marie, de rappeler quelques vérités totalement occultées dans cet article. Il faudrait s'intéresser au poids des Etats-Unis dans l'aide à la Colombie, à la lutte contre le tournant à gauche de l'Amérique Latine, à l'opposition que représentait Ingrid Betancourt contre la corruption, les paramilitaires et l'élection de M.Uribe (qui n'a donc aucun intérêt à ce qu'Ingrid Betancourt soit libérée. En témoigne les efforts pour discréditer l'action d'Hugo Chavez ou encore l'assassinat de Raul Reyes, interlocuteur dans les négociations avec le Venezuela et la France.) L'article dénonce une absence de compréhension des réalités colombiennes, mais ne prend pas plus en compte l'histoire et l'analyse socio-politique du conflit. Il relaie au contraire le discours politique de M. Alvaro Uribe, sans le questionner. C'est très regrettable.
Encore un article pertinent et fouillé. Rien d'étonnant pour MediaPart. On a en vraiment pour son argent ! Pour revenir à Ingrid Bétancourt, il est évident que c'est une tragédie pour elle d'abord et pour sa famille, ses proches, ses partisans... Mais comme le souligne Thomas Cantaloube, il y a aurait entre 700 à 2.500 otages retenus par le FARC. Donc 700 à 2.500 autres combats à mener. Alors pourquoi focaliser toute l'attention des médias sur cette seule personne. Personnellement, ne la connaissant pas intimement, j'ai autant de "peine" pour elle que pour tous les autres otages. Aussi, désormais, quand je vois les enfants d'Ingrid Bétancourt dans les médias, je zappe car j'avoue être lasse de leurs témoignages affectifs et absolument pas informatifs. On en arrive donc toujours à la même conclusion. Sans vouloir blesser ou choquer cette famille, je pense que toute cette surexposition médiatique est plus nocive qu'autre chose. Comme vous le dites, pourquoi libérer un otage qui a un tel rayonnement ???
J'ai toujours conçu une certaine irritation envers le battage médiatique appliqué à "l'affaire Ingrid Betancourt" et surtout à son appropriation française. C'est pour moi une femme politique colombienne, courageuse, volontaire, et vraisemblablement ambitieuse. Mais colombienne avant tout. Ce n'est pas aussi le seul être humain qui est tombé dans le piège affreux de la capture et de la détention comme otage. Il y a aussi tous les élements qui sont présentés dans ce remarquable dossier qui donnent un éclairage réaliste à mon irritation que je tendais à culpabiliser. Merci.
"Le fait que Nicolas Sarkozy s'adresse au chef historique des FARC en lui donnant du «Monsieur Marulanda est resté en travers de la gorge d'une immense majorité de Colombiens et de démocrates français, s'agissant d'un homme à la tête d'un mouvement classifié comme terroriste par les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne, responsable de milliers d'enlèvements et de morts, et d'un trafic de drogue florissant." Monsieur pouvoir d’achat est disposé a faire tout et n’importe quoi pour exister, et je suis persuadé qu’il mange du cirage pour briller en société ce garçon. "les opérations médiatisées autour de son sort ou des efforts pour la libérer ne seraient que des distractions orchestrées par l'exécutif." J’ose espéré que cette affirmation est fausse, car sinon, le jour ou nous allons apprendre qu’elle est décédé risque fort, d’être très désagréable pour l’exécutif que l’on pourra accusé d’être responsable. Moi qui ne suis ni de la famille ni responsable de la com' du gouvernement je suis très partagé suite a votre reportage. Ceux qui suivent mes sorties sur Médiapart, savent que je ne porte pas ce gouvernement dans mon cœur, mais, si il n’avait rien tenté je serai furibard. Mais vos explications laisse apercevoir le gouffre qu’il y a entre actions et gesticulations et de Villepin avec son opération fantôme avortée a plus brouillé la France dans nos relations internationales qu’il n’a aidé le dossier a sortir de la crise. Et, travesti ou pas, la modestie est pas prête de l’étouffer celui-la non plus. Je ne sais pas ce qu’il va advenir de Madame Betancourt, mais ce que je peux vous dire c’est que je ressent énormément de douleur pour elle. Je n’aimerai pas être dans la peau de ceux qui juste par calcul font de ce fait divers une tragédie dont le nombre d’actes ne sera déterminé que par la sortie définitive de l’actrice principale. Il est horrifiant de savoir, que même par souci humanitaire aucun des protagonistes de cette triste histoire n’est capable de siffler la fin de la partie, si il ne tire pas gloire de cette action. Ils seront tous calibrés a l’aune de leurs actions est je ne suis pas sur qu’un seul de ceux évoqués dans votre article puissent en sortir grandis, ni l’humanité entière d’ailleurs.
Alvaro Uribe ne lachea pas. Son pere a ete assassine par les FARC dans leur hacienda, et alvaro Uribe, en a echappe de justesse. C etait en 1983. Uribe veut la mort des FARC. Pour les FARC : Ingrid est la cle de leur survie et elles ne veulent pas la lacher, surtout maintenant, avec toute la mediatisation qu il y a eu. Nous ne sauront probablement jamais , ou bien plus tard, si Ingrid venait a mourir. Mais est-elle seulement vivante n ce moment ? Depuis que Raul Reyes est mort, nous ne pouvons plus savoir si elle est toujours en vie. Desolee pour le commentaire sur les paramilitaires, mais eux, on n en parle jamais , mais ils sont aussi un probleme pour les colombiens.
Le vrai coup que l'on reçoit dans la gueule avec votre superbe article, c'est l'histoire d'Aïda Duvaltier... Pour elle, ni fleurs, ni couronnes, ni médias, ni Falcon, ni famille à l'Elysée... Mais POURQUOI DONC n'avons nous pas chercher à savoir AVANT ?????? Quel gâchis !!!!!!!!!!! Bravo MediaPart, mais quand même, quel gâchis !
Pertinent. Enfin, une vraie enquête autour du cas "Ingrid Betancourt". Mais quid des paramilitaires ? Des primes accordées à ceux qui ramènent mort un "guerillero"(bien souvent un pauvre paysan déguisé pour l'occasion)? Quid de l'histoire des FARC ? Afin de comprendre la violence qui regne dans ce pays. Je veux parler du quotidien des Colombiens, loin des ambassades, des partis politiques, des gens influents. On ne croise pas une personne dans le pays dont un proche ne se soit fait descendre. Le climat est loin d'être apaisé. Pour la première fois, cet été, ma belle-soeur colombienne n'ira pas dans son pays.
Entierment d accord avec vous. Je n ai jamais lu un seul article parlant du probleme de toute la Colombie. IB, n est pas la colombie a elle toute seule. IL y a des millions de personnes qui vivent dans cette peur constante. Ca vaut mieux le passer sous silence. ca deplairait a Uribe. Bravo pour cette pseudo democratie, qui n a de democaratie que le nom. Elle me fait pensera celle de Poutine.
Au fil des commentaires je lis que, assez naturellement, un lecteur attend que vous remettiez à sa place Robert Ménard comme vous venez de le faire avec la famille Bétancourt. Après vous être placés avec Uribe et l'irréprochable démocratie colombienne contre la mère, la soeur et les enfants d'Ingrid, vous placerez-vous avec Pékin et le CIO contre RSF ? Le courage, la volonté et la dignité des Betancourt ne valent-ils pas plus de respect ? Vous ne citez pas une seule fois la lettre d'Ingrid : est-ce parce qu'elle se situe à une altitude inaccessible ? Vous dénoncez l'omniprésence d'Ingrid dans les média : dénonciez-vous le rappel tous les jours par les présentateurs des JT de la détention des otages français au Liban ? Une certaine barbarie bien intentionnée me reste un mystère.
.. (et) comme le souligne à juste titre Alain Lipietz, Président de la Délégation du Parlement européen auprès de la Communauté Andine des Nations et très investi dans l’action pour la Libération d’Ingrid et de tous les autres otages en Colombie: PARFOIS ÇA SENT MEME L’IGNOBLE ! http://lipietz.net/?breve130
Me placerai-je aux côtés de Pékin et du CIO contre RSF ? Je vous engage à lire ce que j'ai écrit sur le sujet : http://www.mediapart.fr/journal/international/070408/pekin-2008-les-raisons-de-la-paranoia-chinoise Quant à la dignité d'Ingrid Betancourt et sa fort belle lettre, je n'ai justement pas voulu me placer sur le terrain de l'émotion. Mon propos est avant tout d'examiner la politique française et la position des médias. Je ne juge pas l'action des comités et de la famille Betancourt, même si j'ai pointé quelques outrances (excusables de leur part, pas de la part des médias qui les répercutent). Concernant la mention quotidienne des otages français au Liban dans les JT, j'étais un peu jeune pour la dénoncer, mais je me souviens avoir toujours perçu ce geste comme un tantinet corporatiste : des journalistes rappellent la captivité de journalistes pour faire pression sur le pouvoir. Les présentateurs de JT et leurs rédactions auraient-ils agit de la même manière s'ils avaient été plombiers ?
Dit et bien dit! CQFD.
En réalité je n'ai aucun doute que vous êtes normalement touché par le sort d'Ingrid et de sa famille, et compatissant. Seulement à vouloir ne pas vous situer "sur le terrain de l'émotion", je crois que vous passez à côté de l'essentiel : une femme est enlevée, sa famille fait tout ce qu'elle peut pour la libérer et la sauver. Vous êtes d'accord, j'en suis certain, que la soi-disant pensée froide et objective, la real politik dont se targue les diplomates, en général se goure. Gravement. Ne pas penser comme si Ingrid était notre propre fille, mère, femme, soeur, ne nous fait pas mieux penser, au contraire. Qui peut dire que la mobilisation pour Ingrid n'a pas empêché sa mort (compte tenu de tous ses actes de résistance) plutôt que sa libération ? Je crains aussi qu'emporté par votre volonté d'échapper à l'émotion médiatisée, vous ayez cédé à la tentation d'un certain persiflage. Je n'ai aucune sympathie pour la droite (pardon de le préciser, c'est pour éviter un malentendu) mais ce qu'ont fait Villepin et Sarkozy est estimable. Quand Villepin a envoyé la mission avec Astrid, il fallait saisir une chance, même ténue. Il aurait pu préférer se border, temporiser, jouer les "sérieux". Il risquait gros, et de fait on continue encore aujourd'hui de lui reprocher sa "légèreté". A mes yeux au contraire il a prouvé qu'il pouvait faire passer sa générosité et sa sensibilité avant sa réputation d'homme d'Etat. Dernière chose : les plombiers vs. les journalistes. Ne pensez-vous que le scandale n'est pas de se mobiliser pour les journalistes, mais de ne pas se mobiliser pour les "plombiers"? Tout militant fait l'expérience tous les jours d'être alpagué par un passant : "Et la Tchétchénie ?!", "Et le Darfour ?!". Ou bien : "Et les autres otages ?!" Mais après vérification il est rare que ceux-là qui se scandalisent fassent eux-même quoi que ce soit, ni pour la Tchétchénie, ni pour le Darfour, ni pour les autres otages. Je ne le dis pas pour vous, je ne doute pas que vous soyez une personne normalement citoyenne et engagée, je me permets juste d'attirer votre attention sur le fait que votre article malheureusement apporte de l'eau à ce moulin-là. (je vous remercie de m'avoir répondu une première fois, ne prenez plus cette peine, au fond j'imagine que nous sommes d'accord)
Dépêche AFP "Le président colombien Alvaro Uribe a révélé mercredi à Bogota qu'une enquête a été ouverte contre lui à la suite d'une dénonciation d'un prévenu l'accusant d'être impliqué dans un massacre de paysans en 1997." ça aussi "Le cousin du président colombien Alavaro Uribe et ancien sénateur Mario Uribe a été arrêté hier en sortant de l'ambassade du Costa Rica à Bogota après que l'asile politique lui ait été refusé."
Mon ami Sergio Coronado me demande de publier son commentaire : J’ai lu depuis Bogota, où je me rends régulièrement depuis six ans, l’article du journaliste Thomas Cantaloube, « Affaire Betancourt : six ans de non-dits, de manipulations et d'échecs », mis en ligne le 22 avril 2008, et je voudrais faire part des quelques remarques, fruits de mon étonnement et de mes désaccords quant au contenu. Le journaliste affirme être sans a priori, ayant longtemps vécu à l’étranger, et s’étonne que sur ce dossier seulement la famille intervienne sur la scène publique et dans les media, sans que jamais les spécialistes du sujet ne soient mis à contribution. Pour connaître personnellement les personnes interrogées, je ne puis m’étonner qu’il tombe lui-même dans le même travers. Aucune des personnes interrogées n’est un spécialiste reconnu de la Colombie. Ni Jacques Thomet, que je connais et qui m’a longuement interrogé pour son livre, à qui j’avais fait part d’une discussion où le successeur de Daniel Parfait, Camille Rohu, parlait déjà en 2005 de gestion affective de l’affaire Betancourt. Pour celles et ceux qui connaissent la Colombie, présenter Jacques Thomet comme un spécialiste de la Colombie est d’une très grande audace. Il a certes été correspondant de l’AFP sur place, il y a plusieurs années. Il n’y a depuis jamais remis les pieds. Ses sources ne sont que de seconde main (comme en témoigne le chapitre qu’il consacre à la discussion que je lui avais rapportée. Il aurait pu en effet chercher à interroger l’ambassadeur lui-même, ce qu’il n’a jamais fait.). Ses affirmations sont toujours à charge contre la famille Betancourt, qui n’est pas homogène quant au traitement du dossier, et souvent partiales, reprenant les thèses les plus dures des acteurs les plus opposés à une sortie négociée du conflit. Jean-Jacques Kourliandsky, que je connais et apprécie, est un chercheur mais pas un spécialiste de la Colombie. Et la journaliste citée du journal « El Tiempo », elle n’est pas connue sur place comme une spécialiste du conflit armé, et le pays en compte quelques dizaines, universitaires, responsables politiques ou d’ONG… Il eut été utile de chercher à joindre l’universitaire Daniel Pécaut, par exemple, ou si l’article exigeait d’aller vite, de joindre au mois un des correspondants de journaux français sur place, Marie Delcas par exemple. Sur le fond, mes désaccords sont assez importants. Cette affaire a démarré nous dit l’auteur à la conjonction du public et du privé. Certes. Mais en quoi cette conjonction explique le traitement médiatique ou politique de l’enlèvement d’Ingrid Betancourt ? Les faits rappelés sont à la fois connus et contestables. Ils reprennent pour l’essentiel les allégations de l’ancien correspondant de l'AFP, qui sont une reprise des critiques formulées par une partie de la classe politique et de la presse colombiennes au moment de l’enlèvement de Betancourt. L’époque était à un tournant. Après les négociations ouvertes par Pastrana, et leur enlisement, Alvaro Uribe, bénéficiant à la fois du contexte postérieur au 11 septembre et du soutien des secteurs les plus durs de l’armée et de l’oligarchie, se pose en s’opposant aux dialogues de paix, et ce avec soutien grandissant de l’opinion publique, qui l’élit dès le premier tour. La dénonciation des liens d’Ingrid avec la France, et de sa sœur avec l’ancien ambassadeur Daniel Parfait, a permis que cet enlèvement ne soulève pas de vagues en Colombie, et de passer sous silence l’inertie du pouvoir politique, qui ne se sent jamais responsable du sort des otages. La gestion est affective. C’est en partie vrai, et notamment de la part des familles. Mais je crois me souvenir que l’affectif a joué un rôle immense dans les cas des otages au Liban, dans celui de Florence Aubenas. Cette critique est ancienne, connue et rabâchée. L’article reprend pour l’illustrer l’épisode de l’envoi d’un avion hôpital en Amazonie. Pour avoir suivi l’affaire de près, je ne puis que partager en effet le sentiment de légèreté dans la prise de décision politique de cet envoi. Mais remontons plus loin. Quelles étaient les sources ? Juan Carlos Lecompte, l’actuel mari d’Ingrid Betancourt, était à l’époque opposé à cette décision. Lorsque la famille avait été convoquée par Alvaro Uribe, en présence du haut-commissaire pour la paix, pour recevoir le témoignage d’un paysan affirmant qu’Ingrid serait libérée par la guérilla en raison de son mauvais état de santé, Juan Carlos Lecompte avait senti la manipulation. Il l’avait dit dans la presse colombienne, il le rappelle dans son libre, publié chez Denoël. A cette époque, la famille Betancourt, à l’exception de Juan Carlos Lecompte, était qualifiée « d’uribiste » par la plupart des observateurs sur place. Yolanda Pulecio était régulièrement reçue au Palais présidentiel, et ne formulait aucune critique à l’encontre du président, alors que l’article laisse penser que les déclarations actuelles parfois intempestives à l’encontre du Président Uribe, et qui sont récentes, ont dès le départ rendu cette affaire inextricable. Une bonne chronologie des comportements et des positions n’aurait pas nui à l’article. Lors qu’Astrid Betancourt, la sœur, se rend à Leticia, elle est prise en charge par les autorités colombiennes. Le gouvernement colombien était informé et pour cause et a laissé faire. Pourquoi ? L’autre critique dans les déclarations récentes sur l’état de santé d’ingrid qui a été à l’origine de l’envoi d’un nouvel avion hôpital à Bogota. Là encore, c’est approximatif. Les déclarations de Fabrice Delloye, alarmistes il est vrai, ont été renforcées par les déclarations d’une partie des membres du gouvernement colombien. Elles ont été, presque toujours, contredites, nuancées par Yalanda Pulecio et Astrid Betancourt. Il était simple de vérifier, de passer des coups de téléphone, comme je l’ai fait, pour apprendre que le curé à l’origine des rumeurs a une tendance fâcheuse à la mythomanie. Par ailleurs, l’emballement de la presse n’est pas toujours de la seule responsabilité de la famille. Pourquoi ne jamais vérifier les sources, confronter les déclarations contradictoires, pointer du doigt l’invraisemblable ? En août dernier, les déclarations d’une journaliste vénézuelienne affirmant qu’Ingrid vivait au Venezuela, dans une maison de campagne, avaient fait le tour du monde sans que personne dans un premier temps ne conteste la véracité de telles déclarations. La famille a bon dos dans cette affaire. « Fabrice Delloye, l’idiot utile de FARC » dit l’article, en affirmant que contre toutes logiques, la famille Betancourt se fait le porte-parole des exigences des FARC. Il eut été utile d’interroger la présidente de l’association de familles d’otages militaires, Marleny Orjuela, pour se rendre compte qu’en général les familles d’otages demandent que le gouvernement colombien accède aux exigences des FARC pour obtenir la libération de leurs proches, et pas seulement la famille Betancourt. C’est grâce à la pression des familles, que le gouvernement a décidé – pour combien de temps ? – de ne pas procéder à des tentatives de libération par les armes. La mort en juin dernier des 11 députés sur 12 (« les députés de la région de Valle ») est l’illustration dramatique du résultat de ce type d’opérations. La médiatisation a assuré la survie d’Ingrid Betancourt. C’est un fait. Cela a aussi fait monter les enchères. C’est aussi vrai. Que fallait-il faire ? Ne rien faire. Il faudrait rappeler que l’anonymat d’un otage ne garantit pas non plus sa libération. Pablo Emilio Moncayo entame sa onzième année de captivité. L’article pointe la méconnaissance de la Colombie par les autorités françaises, les journalistes, etc. Mais, il est une caricature de ce qu’il dénonce. Et la présentation des évolutions « dans les Andes » – comme l’expression est touristique, en est le meilleur exemple. Que peut-on lire ? Je cite : « Par ces déclarations imprécises ou à l'emporte-pièce, et par ses pressions sur le gouvernement de Colombie, les responsables politiques français entretiennent la confusion entre la responsabilité des FARC et celle d'Alvaro Uribe. «La France a une méconnaissance totale de la situation en Colombie et d'un confit qui dure depuis plus de cinquante ans. En plus, elle intervient en dictant ses conditions», commente la journaliste Maria Morales. «Pour la première fois de ma vie, je sens du mépris en Colombie à l'égard de la France.» Paris est accusé de se focaliser exclusivement sur le cas d'Ingrid Betancourt au mépris des milliers d'otages passés entre les mains des FARC (dont vingt-deux élus) et des centaines restants. Et surtout d'ignorer les évolutions récentes dans les Andes : – le fait que la Colombie est une démocratie parlementaire fonctionnant bien («L'élection présidentielle [de 2006] s'est tenue dans une atmosphère de liberté, de transparence et de normalité qui a permis aux citoyens de renouveler leur engagement en faveur de la démocratie», a jugé l'Organisation des États d'Amérique) ; – le soutien relativement massif de la population à Alvaro Uribe et à sa politique «dure» à l'égard des FARC (élu avec 53 % des voix au premier tour en 2002, puis réélu avec 62% en 2006) ; – l'amélioration considérable des conditions de sécurité en Colombie depuis huit ans (d'un pic de 28 000 meurtres et 3 500 enlèvements annuels, on est passé respectivement à 18 000 et 300) ; – la démobilisation et les investigations, certes difficiles et limitées, des forces paramilitaires qui produisent leurs fruits après des années d'exactions ; – l'évolution notable d'Uribe qui est passé d'une position d'intransigeance à l'offre d'une libération massive des prisonniers des FARC en échange de leur renoncement à la violence ; – la reconnaissance que les quleques 140 000 habitants des localités de Florida et Pradera, ainsi que leurs élus, refusent de voir leur région transformée en Zone démilitarisée, comme le réclament les FARC et les associations pour la libération de Betancourt. » Présenter la Colombie comme une démocratie parlementaire modèle relève de la mascarade. L’article cite OEA. Il aurait pu citer aussi Amnesty international, la FIDH, HRW, mais aussi les ONG colombiennes : Planeta Paz, Fondation Arco Iris, le collectif des avocats…Ou les récents travaux universitaires sur le paramilitarisme dont la presse colombienne se fait l’écho sur la transformation en profondeur du paysage politique, conséquence des liens entre les forces paramilitaires et la majorité gouvernementale. Pourquoi ne pas rappeler qu’il y a aujourd’hui 31 membres du congrès, partie prenante de la majorité d’Alavaro Uribe, derrière les barreaux accusés de liens avec le narcotrafic, les paramilitaires, soupçonnés de meurtres et de torture parfois, que 51 membres du congrès font l’objet d’une enquête du parquet général, qu’au sein même de la coalition au pouvoir (il suffit de relire les déclarations de Ginna Parody, jeune sénatrice « uribiste »), des voix de plus en plus nombreuses réclament une révocation du congrès ? Que la plus prestigieuse commission du congrès (la première commission du Sénat), qui compte vingt membres, est dans l’impossibilité d’adopter la réforme politique proposée par le gouvernement faute de majorité puisque six sénateurs de la majorité sont en prison ? Il me semble qu’on peut faire comme démocratie modèle. Et je ne ferai pas l’insulte à l’auteur de rappeler les milliers de meurtres par les forces paramilitaires et des secteurs de l’armée. A moins de considérer que les rapports des ONG sont des thèses gauchistes, il me semble étonnant ne pas en trouver trace dans l’article. Ces réalités-là sont aujourd’hui débattues même au congrès américain, principal allié du gouvernement colombien. Présenter la « loi justice et paix » (sur la démobilisation des paramilitaires) comme un succès est une mascarade et un mensonge. Même les membres de la majorité gouvernementale en font une critique féroce. Lors du dernier débat organisé au congrès par le parlementaire Armando Benedetti, un « uribiste » intégral, il a été question du réarmement d’une partie importante des milices (notamment de « las Agilas Negras ») et de la responsabilité de l’état dans l’absence de réelle réparation des victimes? L’auteur de l’article sait-il que d’après les calculs du congrès colombien, cités par le parlementaire, chaque victime est en droit de recevoir aujourd’hui 6 800 pesos en guise de réparation des crimes des paramilitaires, c’est-à-dire un peu moins de trois euros ? Alvaro Uribe a le soutien d’une grande part de l’électorat (moins de 50 % des Colombiens votent, faut-il le rappeler ?). Cela le rend-il inattaquable, au-dessus des critiques ? S’interroger sur ce qu’est l‘uribisme eut été passionnant à lire. Davantage que l’affirmation erronée sur la volonté de négocier du gouvernement colombien, que rien ne démontre. Il a de ce point de vue avec les FARC les meilleurs ennemis du monde dans sa guerre contre le terrorisme. Un peu d’analyse sur ce qu’est la politique de sécurité démocratique n’aurait pas fait de mal au contenu de l’article. Et une analyse des chiffres des meurtres non plus. La Colombie reste un pays où être syndicaliste est une activité périlleuse, souvent mortelle. Rappeler l’opposition à la démilitarisation de Florida et Pradera est juste. Encore qu’il faudrait nuancer, car là encore les choses ont évolué à la fois de la part des FARC, qui réclamait au départ la démilitarisation d’une zone plus grande, et aussi dans l’opinion publique, et notamment dans les enquêtes de popularité où Ingrid Betancourt talonne Alvaro Uribe. Je crois que la complexité de la situation colombienne mérite mieux que cet article. Il y a à la fois de l’ignorance, de la désinformation et des approximations regrettables et quelques éléments connus depuis très longue date. Il tombe à pic dans ce qu’il dénonce. Dommage. Sergio Coronado
Bravo jf@paris, Cette analyse est succincte mais complète. J'attends maintenant que Médiapart fasse un vrai article de fond sur ce sujet. Il suffit de lire un journal Colombien comme El Tiempo, qui n'est pas vraiment de gauche, pour avoir une idée de la situation aujourd'hui. On ne peut se passer d'une étude complète de la société et de son histoire pour analyser le cas Betancourt. Librement TV
Cher Sergio Coronado (via jf@paris), Un grand merci pour vos commentaires éclairants. Il ne vous aura pas échappé que si j'avais dû répondre à toutes les questions que vous soulevez, et explorer tous les détails que vous mentionnez, ce n'est pas un article (de 18.000 signes) que j'aurais dû écrire, mais un livre... ce que vous avez fait: "Ingrid" (Fayard). Votre réponse à elle seule montre bien la complexité de l'affaire puisqu'il vous faut 14.000 signe juste pour commenter mon texte. Je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler que le journalisme est un exercice de synthèse, forcément subjective. C'est ce que j'ai tenté de faire en me concentrant sur l'aspect diplomatique et politique français. D'où le fait que je n'ai pas interrogé la famille et quelques autres acteurs que vous suggérez. Je crois également que le journalisme est un "sport collectif" où l'accumulation de reportages, d'enquêtes et d'analyses sur un même sujet permet de faire émerger une image plus claire. C'est pourquoi je vous remercie sincèrement pour votre commentaire, même si nous divergeons sur un certain nombre de points, car nos deux regards, à mon sens, se complètent.
@Thomas Cantaloube : en quoi le fait que Jacques Thomet a été directeur de l'AFP à Bogota de 1999 à 2004, fait de lui une bonne source, ou un journaliste de qualité ? question innocente car je ne le connais pas.
Jacques Thomet vivait en Colombie au moment de l'enlèvement et a beaucoup enquêté dessus. Il a écrit un livre, que l'on peut trouver contestable, mais relativement documenté. Il est passioné par l'affaire (certains diraient obsédé si l'on en juge son blog), il a son propre point de vue et ses propres excès. Il a été l'un des rares, pendant des années, à dénoncer un certain conformisme politico-médiatique vis à vis de l'affaire Betancourt. A ces titres, sa voix mérite d'être entendue et c'est pourquoi je l'ai interviewé.
Pour en savoir un peu plus sur Jacques Thomet , nous vous proposons l' extrait d’un article d’Alain Lipietz, Eurodéputé ( les Verts) et Président de la délégation auprès de la Communauté Andine des Nations du Parlement Européen :
« En face, la droite colombienne met le paquet. Elle essaie de délégitimer le mouvement pro Ingrid – et donc en faveur de l’accord humanitaire – en s’appuyant sur le livre d’un ancien correspondant de l’AFP à Bogota, Jacques Thomet : Ingrid Betancourt, histoire de coeur ou raison d’Etat, “révélant” les liens familiaux ou personnels (de notoriété publique et connus de très longue date pour quiconque s’intéressait à Ingrid !!) entre des responsables de la politique étrangère française et Ingrid et sa famille, en particulier sa soeur Astrid, déjà compagne de l’Ambassadeur de France au moment de l’enlèvement d’Ingrid. Ces liens expliqueraient que la France n’a pas laissé tomber une de ses ressortissantes (comme elle aurait sans doute dû le faire ?). A QUAND LE LIVRE DE THOMET EXPLIQUANT QUE SI L’ETAT FRANÇAIS N’A PAS LAISSE TOMBER FLORENCE AUBENAS, C’EST QU’ELLE OU SA COUSINE AVAIT COUCHE AVEC UN MINISTRE ? » .. Mais bon, on peut à la rigueur soutenir qu’en effet, la raison d’Etat implique d’oublier ses nationaux pris en otage pour ne pas avoir d’ennui. Thomet insiste lourdement : les entreprises françaises auraient perdu 700 millions de dollars de contrats à cause de l’engagement de la France pour Ingrid ! Car bien sûr, si un marchand français n’arrive pas à exporter, c’est que l’Etat ne l’aide pas... Chirac devrait s’abstenir de parler des droits de l’Homme en Colombie, comme il a su si bien se taire à propos de l’Irak dans les années 80 ou de la Chine aujourd’hui. Et je pense qu’en effet, c’est la mobilisation de l’opinion relayée par la presse, voire déclenchée par elle quand il s’agit de journalistes enlevés, qui oblige les Etats à s’occuper des otages, sinon Kaufman ou Aubenas auraient pourri définitivement, sans valeur, entre les mains de leurs geôliers. On peut même à la rigueur plaider que les liens personnels entre les Betancourt et le Quai d’Orsay (qui remontent à la longue présence du père d’Ingrid à Paris, comme ambassadeur !) ont pu aider à relayer ce mouvement jusqu’au sein de l’appareil d’Etat. .. LA OU LE LIVRE BASCULE DANS L’IGNOBLE ET, PLUS GRAVE, L’ILLOGISME, c’est quand il prétend à la fin que cet activisme français (donc, y compris la mobilisation populaire) serait responsable... de la non-libération d’Ingrid ! Car pourquoi la guérilla l’aurait-elle relâchée, sans en obtenir la moindre contrepartie ? Et pourquoi les Etats auraient-ils accordé cette contrepartie, sans une pression quelconque ? .. En réalité, les raisons du livre apparaissent clairement en Colombie, où la PRESSE URIBISTE CITE ELOGIEUSEMENT THOMET EN PARLANT DE “INGRIDGATE”. On tente de monter l’opinion publique colombienne contre la politique colombienne de la France, contre Ingrid, contre ceux qui veulent l’accord humanitaire. La communauté française à Bogota, le nouvel ambassadeur de France depuis novembre dernier au moins sont sur la même ligne : cette “Ingridmania sentimentale”, comme titre en Une El Tiempo du mercredi pour se gausser de la mobilisation en France, nuirait aux intérêts français en Colombie et isolerait la France de l’Union européenne. .. C’est là-dessus que l’Union européenne frappe un grand coup qui remet les choses en place. Dès mercredi après midi, je suis en mesure d’annoncer, lors d’une conférence de presse, la déclaration du Conseil de l’Union européenne en l’honneur du quatrième anniversaire de l’enlèvement d’Ingrid, appelant à l’accord humanitaire, félicitant la France (et l’Espagne et la Suisse) pour leur médiation de septembre dernier, et appelant au dialogue politique des toutes les forces en conflit en Colombie. Je découvrirai le lendemain (et le dirai à toutes les conférences et interview suivantes) que non seulement les 25 Etats de l’Union ont signé, mais aussi tous les autres pays d’Europe, y compris la Norvège, l’Ukraine et... la Moldavie (on attend le prochain livre de Thomet : Astrid à Chisanau !). Tous les pays de l’ex Yougoslavie ont signé aussi ! Autrement dit, ces pays, ravagés par une horrible guerre civile, incapables de se réconcilier, appellent la Colombie à ne pas commettre les mêmes erreurs. .. Les jours suivants, comme par miracle, la totalité de la presse et de la classe politique colombiennes se découvrira partisane de toujours de l’accord humanitaire. » … .. - Source / « Bogota se lève pour Ingrid ! » : http://lipietz.net/?breve130
Grand merci a Sergio Coronado, de faire enfin un eu de lumiere sur la Colombie. Entierement d accord avec vous et non avec l auteur de l article Mile bravos et mille mercis pour ce commentaire a jf@paris Marie Paule.
Pour info “MediaPART » ou plutôt Thomas Cantaloube vient de supprimer un de mes commentaires …certes rédigé à chaud mais bon !!? Apparemment Victor Chanceaux a raison : http://www.mediapart.fr/club/blog/victor-chanceaux/230408/mediapart-n-etait-pas-ma-maison
Il est vrai que l'article de Cantaloube visait surtout les raisons de la gesticulation française et de l'usage misérable de la variable d'ajustement humanitaire avec le cas d'Ingrid. Mais l'article de Sergio Colorado montre très bien ses limites. Pour souligner les bourdes de l'équipe Sarkozy, conséquences de sa gesticulation, l'auteur doit magnifier Uribe et donner une représentation mystifiée de la Colombie. Il doit aussi justifier ce traitement unilatéralement favorable à Uribe et sa politique en lui opposant les activités criminelles des Farc, avec cet argument renversant qu'elles sont inscrites sur la liste des mouvements terroristes. Si on veut bien rappeler la nature des "paras", le contrôle de l'armée et des services de renseignement colombiens par les Etats-Unis (voir leur rôle dans l'assassinat de Reyes), l'action des Farc s'inscrit dans un contexte de guerre, où je défie Cantaloube de dire où sont les "bons" et les "méchants". Il n'est pas question de bénir Uribe sous prétexte que les Farc sont devenus des criminels. La Colombie est en guerre (suite de la Violencia), guerre d'un type nouveau, ni guerre civile, ni terrorisme classique. La question est alors celle-ci: puisqu'il ne peut y avoir ni vainqueurs ni vaincus, il faudra bien discuter avec les Farc, comme Uribe l'a fait avec les paras, même s'il l' a fait avec une loi qui révèle sa nocivité (Paz y Justicia). D'où la stupidité de la fameuse liste que l'Union européenne, toujours à la pointe du courage politique et diplomatique s'est empressée de ratifier: car la conséquence c'est qu'on ne négocie pas avec les "terroristes (on voit à Gaza les effets de cette brillante politique). De quel point de vue se situer alors pour apprécier la situation et juger les décisions qui sont prises en Colombie? (Pour la France l'affaire est entendue...) Du point de vue de la société civile colombienne qui est absolument admirable et courageuse. Que disent de nombreuses associations (certes pas toutes)? Qu'il faut tout faire pour négocier avec les Farc, c'est-à-dire leur reconnaître un statut politique. La sympathie ou l'antipathie n'ont rien à voir ici. La libération de tous les otages et la fin de la pratique des otages sont à ce prix. Je pense, comme de nombreux amis colombiens, qu'Uribe ne veut pas le payer, puisqu'il doit sa popularité et ses élections (et les couches économiques, militaires et politiques qui le soutiennent) à son "intransigeance". Une leçon de tout cela: faire parler la société civile colombienne, qui entre l'Etat et les Farc aspire à devenir le véritable sujet politique de la Colombie. Jeff
Vous dites en citant la OEA que "la Colombie est une démocratie parlementaire fonctionnant bien («L'élection présidentielle [de 2006] s'est tenue dans une atmosphère de liberté, de transparence et de normalité qui a permis aux citoyens de renouveler leur engagement en faveur de la démocratie»). Peut-on dire cela lorsque l'on sait que près de 100 parlementaires de la majorité gouvernementale sont accusés de complicité active avec les groupes paramilitaires d'extrême droite responsable de milliers des crimes et de dizaines de massacres? La Colombie traverse aujourd'hui une des plus graves crise institutionnelle de son histoire républicaine (voir des éditoriaux du Tiempo de ces derniers jours) à cause du dévoilement du lien de plus en plus claire entre le gouvernement et les paramilitaires. Malgré les crimes des Farc, réduire le problème de ce pays à l'activité de méchants guerrilleros en ignorant toutes les causes réelles que l'ont soumis à 60 ans de violence se traduira sans doute en un obstacle pour trouver une issue pacifique voir démocratique au conflit.
Je soutiens Sergio Coronado dans ses critiques étayées sur sur cet article. J'attendais un éclairage de la part de Thomas Cantaloube, je ne suis pas plus avancée sur le sujet. Que Villepin ait été inefficace, que Sarkozy ait ajouté ue couche de gesticulations médiatiques à son profit, que la famille d'Ingrid ait choisi la médiatisation etc...je le savais déjà. Quand aux informations avancées sur la Colombie et sa situation politique, je crains qu'elles ne m'aient fait carrément régrésser dans ma connaissance. Par instinct, je me méfie des démonstrations qui tendent à faire paraître un pays comme la Colombie pour une démocratie incomprise. Sergio Coronado me conforte dans cette sensation. Par votre article vous tentez aussi de montrer comment les français sont ignorants, crédules, et ont tort de se mobiliser pour Ingrid, comme Elisabeth Levy sur le site d'@si essayait aussi de montrer comment nous étions stupides de manifester contre les Jo de Pékin. Décidement, on a bon dos les français, incapables de réfléchir par nous mêmes. Personnellement, si je me mobilise pour Ingrid, c'est parceque j'avais lu son livre avant qu'elle soit enlevée, parceque j'admire son courage et son humanisme, parceque je suis française, comme elle malgré vos sous-entendus sur sa nationalité , parceque je l'admire et que je préfèrerais la voir elle à la tête de l'état Colombien, comme je préférerais un monde sans Bush, Poutine ou Sarkozy en hommes d'Etat. Ce ne sont pas les interventions de sa fille qui me mobilisent. Ces tentatives récurrentes, comme la vôtre et celle de E. Levy, de faire passer l'action des français pour de l'indignation facile me semblent un peu insultantes pour nous. Elles seraient recevables si elles n'étaient pas aproximatives et non constructives.
... Pour se débarrasser de notre cher (très cher) président : Je proposerai aux FARC un échange de prisonnier... Sarkonabab 1er contre la libération d'Ingrid ! Voilà un courage politique qui aurait de la gueule...