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Où va Paris? Y a-t-il aujourd’hui une vision à l’échelle de la métropole? Ne serait-ce qu’une réflexion sur le devenir de la ville et de la région? Certes, comme Mediapart l’a exposé ces deux derniers jours, la capitale compte deux projets phares: l’aménagement des abords du périphérique et la construction de tours.
Mais est-ce bien suffisant? Ces développements sont-ils à la hauteur des enjeux de la capitale et de la métropole? Un certain nombre d’économistes, d’essayistes ou encore d’urbanistes en doutent.
«A la différence de New York, Londres et Tokyo, Paris ne s’inscrit pas dans la globalisation, affirme d’emblée Christian Lefèvre, professeur à l’institut français d’urbanisme et auteur de multiples études comparatives entre les grandes métropoles mondiales. Paris se pense d’abord comme capitale de la France. Paris ne se sent pas vulnérable en raison de son histoire et du rôle de l’Etat. Paris se sent fort et puissant. Mais c’est une erreur.»
Pour Christian Lefèvre, ce sentiment d’invincibilité serait dû à l’absence de crise: New York a eu la sienne avec la grande faillite de 1975. Londres à la fin des années 80. Tokyo dans les années 90. «Ces métropoles savent donc qu’elles sont vulnérables, se sentent en compétition et travaillent leurs atouts.»
Pendant ce temps, Paris se reposerait sur ses lauriers. «Il y a un problème central d’image, analyse Olivier Mongin, directeur de la revue Esprit. Attention: l’image, ce n’est pas la com’. L’image, c’est essentiel dans le dynamisme. Paris, à l’étranger et dans l’imaginaire, c’est toujours Haussmann, la mode, le passé. Les expositions à l’Hôtel de Ville confortent ce sentiment. On expose Willy Ronnis, Cartier Bresson, ce qui va dans le sens de cette image patrimoniale alors que Paris devrait porter des projets: réinvestir les enclaves, réparer les erreurs de l’après-guerre (front de Seine, voies sur berge, etc.), réinvestir les faubourgs, avoir une réflexion sur les mobilités et le périurbain pour recoudre Paris centre à la première couronne.»
Le mauvais exemple pointé du doigt, et dont Paris se rapprocherait, est toujours le même: Prague. Qui «s’enfonce», «s’enferme dans son patrimoine», «se repose sur les seuls touristes». A l’inverse des locomotives Londres et Berlin, «où vont les jeunes dès qu’ils ont cinq minutes», constate Olivir Mongin. Pour l’essayiste, «le territoire c’est du mental. Il faut sortir de cette ville fatiguée et sans énergie».

