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Mediapart
Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition du matin

Espionnage: de nouveaux mails accablent Ikea, des policiers soupçonnés

|  Par Fabrice Arfi et Michaël Hajdenberg et Mathilde Mathieu

En 2003, Ikea s'est lancé dans une vaste entreprise de surveillance de salariés et de clients. Après les révélations du Canard enchaîné, Mediapart publie une série de nouveaux mails accablants pour la multinationale. Objet des recherches : les comptes bancaires, le train de vie, le passé de proches des salariés. Des liens tissés avec des policiers auraient aussi permis à l'entreprise de recueillir des informations secrètes sur une enquête judiciaire en cours.

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L’affaire Ikea prend de l’ampleur. Dans le cadre d’une vaste entreprise d’espionnage de ses salariés et de ses clients, la filiale française du géant mondial du meuble n’a pas seulement eu accès aux fichiers confidentiels « Stic », des immatriculations ou des permis de conduire, comme l’a rapporté mercredi Le Canard enchaîné. La multinationale a aussi recueilli des informations protégées sur les comptes bancaires personnels de certaines de ses « cibles », selon des documents internes au groupe, récupérés par Mediapart.

Ikea a également profité de fuites d’informations normalement couvertes par le secret de l'enquête, en marge d’une investigation judiciaire concernant son site de Paris Nord 2, selon un autre document en notre possession.

Ces récupérations de données confidentielles, dont l’utilisation est strictement encadrée par la loi, ont manifestement été rendues possibles grâce aux compromissions de plusieurs fonctionnaires, de police ou de gendarmerie. C’est ce qui ressort de plusieurs mails internes à Ikea, dont l’essentiel a été rédigé, entre 2003 et 2009, par Jean-François Paris, directeur de la «gestion du risque» à Ikea France – toujours en poste aujourd’hui.

Un échange de mails, déjà rapporté par Le Canard enchaîné, fait ainsi apparaître qu'Ikea a passé un accord, en décembre 2003, avec le représentant d’une officine de renseignements privés, Sûreté international, pour avoir accès au fichier Stic, réservé aux policiers, moyennant 80 euros par « consultation ». Cet accès privilégié au Stic, parfaitement illégal, aurait ainsi servi à mener d’innombrables enquêtes de "moralité" sur les salariés d'Ikea ou les responsables d’entreprises prestataires, ordonnées à un rythme quasi industriel.

Mais des mails inédits, réunis cette fois par Mediapart, montrent qu'Ikea a aussi fait travailler une officine dirigée par le détective privé Jean-Pierre Fourès dans la perspective d’autres missions, tout aussi délicates… et illégales. Ainsi, un mail du 3 juin 2003, envoyé à M. Fourès par le patron de la sécurité d’Ikea, démontre que l’entreprise s’intéressait également aux données bancaires des personnels espionnés.

Dans ce mail, Ikea passe commande auprès de ses prestataires en barbouzeries pour une enquête visant l’un des salariés du site de Vitrolles, Gérald G. La demande formulée est claire : «J’ai besoin de connaître l’état de son casier et surtout son train de vie. En effet, notre ami roule en BMW décapotable “neuve” et ce jeune homme aurait un train de vie bien supérieur à ses revenus (habit, sortie, etc.)», écrit Jean-François Paris. Qui n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien.

Un mail du 19 août 2003 semble attester que l’enquête a commencé à porter ses fruits, y compris d’un point de vue bancaire… «Concernant Gérald G., écrit M. Paris au détective privé, vous deviez me communiquer les infos concernant son autre compte bancaire. A ce jour, vous m’avez remis les infos CCP (compte courant postal - NDLR), mais vous aviez découvert l’existence d’un second compte.».

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