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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Le site de Carla Bruni-Sarkozy n'en finit pas de faire jaser

|  Par lorraine kihl

Alors que l'ex-“première dame” menace de poursuites, une pétition demandant à Carla Bruni-Sarkozy de rembourser les 410 000 euros qu'a coûté au contribuable son site internet a déjà recueilli plus de 90 000 signatures. Retour sur l'histoire d'un très coûteux et très douteux Wordpress.

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Le site à 410 000 euros de l’ancienne “première dame” n’en finit pas de faire parler. Une pétition demandant à Carla Bruni-Sarkozy de « rendre cet argent aux Français » a déjà recueilli, jeudi 1er août, plus de 90 000 signatures. L’ancienne mannequin/musicienne/“femme de” a peu goûté la chose et fait savoir par la voix de son avocat, Me Richard Malka, qu’elle se réservait « de poursuivre tout propos qui porterait atteinte à son honneur, dès lors qu’il serait imputé à la fondation qui porte son nom, d’avoir bénéficié de financements qui n’ont jamais existé ».

C’est une parenthèse tirée d’un bilan de la Cour des comptes sur la gestion des services de la Présidence de la République qui a interpellé le site politique.net. Le texte signale une diminution importante des dépenses de communication, en particulier sur la « cellule internet » sous le mandat de François Hollande. « Ainsi, du 1er janvier au 15 mai 2012, l'Élysée a dépensé 373 809 euros pour sa cellule internet. Dans les six mois suivants, sous François Hollande, la dépense a été fortement réduite et ramenée à 180 000 euros. Parmi les économies réalisées, la suppression du site web de la première dame », reprend politique.net.

 

410 000 euros ont ainsi été dépensés en moins de dix-huit mois pour promouvoir l’image de Carla Bruni-Sarkozy sur internet.

Olivier Laurelli, du site Reflets.info, se plonge dans le site www.carlabrunisarkozy.org, à la recherche du trésor caché par ce coûteux objet. « À ce prix-là, on s’attend naturellement à une véritable merveille, d’une qualité de code irréprochable, d’un design somptueux, d’une horde de hackers chinois qui met à jour le site toutes les heures… Bref, quelque chose de bling-bling et bien vivant », publie-t-il sur son blog. Il trouve un niveau de protection médiocre, un CMS Wordpress rudimentaire, un graphisme simple. Verdict : « Le contribuable s’est fait escroquer. »

Contactée par Le Figaro, la Fondation Carla Bruni-Sarkozy a affirmé qu’il y avait eu confusion, le site carlabrunisarkozy.org renvoyant à l’époque « vers trois entités : la Fondation de Carla Bruni-Sarkozy, les informations autour de ses actions de première dame et son engagement humanitaire contre le sida ». Les deux dernières n’existent plus. La fondation tente d'enfoncer le clou en publiant un « rectificatif » sur son site : « Ces amalgames insultent la rigueur et le sérieux du travail effectué par notre Fondation (…) Tous les contenus visibles sur ce site ont été intégralement financés par la Fondation. Ils n’ont été en aucune façon financés par l’État ou quelque autre entité extérieure à la Fondation, et ceci depuis la création du site. »

Ainsi, selon ce démenti, les 410 000 euros évoqués par la Cour des comptes n’auraient même pas été dépensés pour la création du maigre site mais uniquement pour la gestion de contenu de la rubrique consacrée à l'activité de l'épouse de l'ancien chef de l'État. Un blogueur est donc allé chercher les pages supprimées sur web.archive.org. Et là surprise ! Pour 2012, il recense sept articles créés et quelques images hébergées. En fait « d’article de fond », comme le souligne Olivier Laurelli, ces textes de quelques centaines de caractères relèvent surtout de « l’agenda tweetable ». Si l’on se réfère au rapport de la Cour des comptes, ce maigre contenu aurait coûté 80 000 euros.

Capture d'écran d'une des pages supprimées de carlabrunisarkozy.orgCapture d'écran d'une des pages supprimées de carlabrunisarkozy.org © GeekMan

Comme le rappelle politique.net dans son article, Matignon avait déjà laissé savoir en mai 2013 que deux prestataires externes assuraient la gestion des contenus du site de Carla Bruni-Sarkozy. Pour la modique somme de 25 714 euros par mois (qui, sur quinze mois, constitue peu ou prou les 410 000 euros de financement public). L’information vient donc confirmer le démenti de la fondation mais ne rassure pas. Certes, le contribuable ne s’est pas fait escroquer en payant une fortune pour un site qui valait 100 fois moins, il a simplement financé des quasi-tweets à hauteur de 10 000 euros. Contactés, ni Matignon, ni l'Élysée n'étaient en mesure de communiquer les noms des deux heureux prestataires.

 

Capture d'écran d'un des pages supprimées de carlabrunisarkozy.orgCapture d'écran d'un des pages supprimées de carlabrunisarkozy.org © GeekMan

Carla Bruni-Sarkozy est en tout cas remarquable de générosité vis-à-vis des prestataires dans le besoin. Surtout lorsqu’il ne s’agit pas de son propre argent. En janvier 2012, Mediapart avait révélé (à la suite de l’enquête de Marianne sur le « Carla Gate ») que le Fonds de lutte contre le sida avait financé à hauteur de 132 756 euros la partie « lutte contre le sida » du site de la Fondation Carla Bruni-Sarkozy (qui lutte, elle, contre l’illettrisme) – la fameuse troisième « entité » évoquée par le rectificatif de la fondation. Là encore, le coût paraît considérable au vu de la production finale. La société prestataire qui a reçu cette coquette somme, La Fabrique du Net, était tenue par un proche d’un trouble conseiller de Carla Bruni-Sarkozy, Julien Civange. Comme le relevait Numerama, La Fabrique du Net, n’avait alors pas même de site internet propre. Ce qui peut sembler intrigant pour une société de conseil en communication sur internet. Un joli site vitrine a depuis été créé. Il ne contient qu’une page d’accueil, sans mentions légales. Le numéro où joindre la société n’est quant à lui malheureusement plus attribué.

Amusé, le site de data du Guardian s’est interrogé sur ce que l’État aurait pu financer avec 410 000 euros : 577 tours de macarons La Durée, le salaire de deux présidents de la République, un exemplaire du CD de Carla Bruni-Sarkozy pour chaque professeur du secondaire… Dans le texte de sa pétition, Nicolas Bousquet invite la chanteuse à financer des associations caritatives. D’autres associations caritatives.

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