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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition du matin

Jean-Yves Le Drian, un ministre qui marche au pas

|  Par Lénaïg Bredoux

Jusqu'ici peu connu, le ministre de la défense est un très proche du président de la République qu'il suit depuis trente ans. Loué pour son « sérieux », il revendique une conception consensuelle de son poste. Et avec lui, l'armée est toujours l'armée.

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Il a fallu une guerre pour qu’il attire les caméras. Jean-Yves Le Drian menait jusqu'ici la carrière classique d’un notable socialiste, régnant sur son fief, dans l’ombre de son ami de trente ans, François Hollande. L’ancien maire de Lorient, devenu ministre de la défense, est un social-démocrate discret qui pense, en gros, ce que pense le président. Y compris en matière de défense où il revendique une approche « consensuelle », défend mordicus la dissuasion nucléaire et prétend faire la « guerre contre le terrorisme ».

François Hollande et Jean-Yves Le Drian, le 21 décembreFrançois Hollande et Jean-Yves Le Drian, le 21 décembre © Reuters.

Par conviction et par tradition, Le Drian, 65 ans, incarne un centre gauche policé. Dans les années 1980, il était, déjà avec François Hollande, des “Transcourants” du parti socialiste, qui juraient que, « pour être de gauche », il fallait être « démocrate ». Une posture qui allait bien à sa région, la Bretagne, longtemps ancrée à droite, mais côté démocrate-chrétien, que Le Drian a contribué à faire durablement basculer à gauche. « Il a toujours la volonté que son action politique soit la plus partagée possible. C’est aussi sa culture bretonne », dit un autre Breton, François André, député d’Ille-et-Vilaine.

En trente ans, il n’a pas varié. Toujours dans le sillage de son ami de Corrèze, à part un bref passage au ministère de la mer au début des années 1990, il est monté dans le parti quand Hollande en était le premier secrétaire, et a soutenu Ségolène Royal en 2007, dont il était le conseiller défense. Avant d’accueillir dans sa ville, Lorient, le premier rassemblement pré-présidentiel des “hollandais” en 2009. Ils n’étaient alors qu’une poignée. Le Drian était au premier rang.

Patricia AdamPatricia Adam © DR

Dès la primaire, il se consacre de nouveau aux questions de défense, dont il s’est fait une spécialité à force d’écumer la commission de la défense de l’Assemblée nationale. Il fut aussi rapporteur du budget de la défense sous Lionel Jospin. Nicolas Sarkozy lui a proposé le poste de ministre de la défense à deux reprises. En vain. « Le Drian est un fidèle », dit la députée de Brest, Patricia Adam.

Gwendal RouillardGwendal Rouillard © DR

La défense, il s’y est d’abord intéressé pour sa ville, Lorient, dont il fut longtemps maire, avant de devenir président de la région Bretagne en 2006. « Lorient, c’est la DCNS et 2 200 salariés, la base aéronavale de Lann Bihoué et, là aussi, 2 200 salariés, et les commandos et fusiliers marins basés à Lanester – avec, là encore, 2 200 personnes ! Sans compter les PME, on est plus que jamais au cœur de la stratégie de défense », explique un de ses anciens collaborateurs, Gwendal Rouillard, jeune député du Morbihan.

François AndréFrançois André © DR

À l’Assemblée et au gouvernement, le ministre de la défense Le Drian est réputé « travailleur », « crédible », « maîtrisant ses dossiers ». Il multiplie les déplacements auprès des troupes et s'est déjà rendu quatre fois en Afghanistan. « Pendant toutes ces années à Lorient et à la commission de la défense, il a noué des réseaux et il se sent comme un poisson dans l’eau parmi les personnels civils et militaires de son ministère », dit le député breton François André. Un de ses amis raconte même : « Quand je l'ai retrouvé dans son bureau après sa nomination, j'ai voulu allumer une cigarette, il m'a dit tout de suite : “Fais gaffe, on n'a pas le droit, le bureau est classé.” Je me suis dit intérieurement : “Toi, t'es en train de te mettre dans la main des militaires”… »

« Il est très pointilleux, bosseur et ne paie pas de mine. Il est discret et sa discrétion est appréciée… Bref, il est très défenso-compatible », dit un spécialiste du secteur. « Le personnage correspond bien au portefeuille, avec son caractère rentré, rigoureux et parfois raide… Pour le coup, c’est sans doute une bonne chose », dit son adversaire écolo en Bretagne, Guy Hascoët, peu suspect de bienveillance. Son appartenance à la franc-maçonnerie est perçue comme un plus. Lors de sa première audition à la commission de la défense, cet été, Le Drian a été « testé » par les députés. « Cela a duré deux heures et demie. Il avait presque réponse à tout. Il est vraiment bon », dit Patricia Adam, sa camarade de Brest, première femme à présider cette commission.

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Toutes les personnes citées ont été interrogées ces deux dernières semaines.

Contacté à plusieurs reprises, le cabinet de Jean-Yves Le Drian n'a pas donné suite à notre appel.