A l'Assemblée nationale, alors que les Verts organisaient mardi 25 mars une conférence de presse pour dénoncer les conditions d'exploitation des mines d'uranium au Niger par l'entreprise Areva ("spoliation des terres", "contamination de l'air et des ressources en eau", etc.), le président du groupe d'amitié parlementaire France-Niger, le député centriste Marc Vampa, a offert une tribune au spécialiste hexagonal du nucléaire.
Pour contrer l'opération concoctée par l'écologiste Noël Mamère, Marc Vampa avait réservé un bureau mitoyen. Ordre du jour, d'après l'agenda officiel: "l'audition des dirigeants du groupe Areva". En fait, il a d'emblée offert le micro au porte-parole de la société, qualifiée de "partenaire durable du Niger". A ses côtés, deux députés seulement, sur une trentaine de membres inscrits au groupe : Michel Terrot (UMP), "avocat soucieux du principe du contradictoire", ayant toujours "préféré qu'Areva fasse des affaires là-bas plutôt que ses concurrents indiens ou chinois" ; et Françoise Banget (UMP), attrapée quelques secondes plus tôt dans les couloirs, muette...
"L'audition" a duré une heure, sans une question de la part des élus. L'entreprise a pu dérouler son argumentaire, déployer les chiffres de ses investissements humanitaires (écoles pour enfants nomades, hôpitaux, etc.). De l'autre côté du mur, des représentants d'ONG internationales et des rebelles touaregs (le Mouvement des Nigériens pour la justice) demandaient un moratoire et lançaient une pétition intitulée: "Areva ne fera pas la loi au Niger"...
Quelques minutes avant la fin, Noël Mamère a fait irruption, côté parlementaires: "Areva se comporte en vautour; le nouveau contrat d'exploitation, tout juste signé avec le gouvernement nigérien, ne prévoit pas de véritables contreparties sociales ni garanties environnementales. Je m'étonne par ailleurs de n'avoir pas reçu d'invitation à cette audition, alors que je suis membre du groupe!".
A la sortie, Michel Terrot s'indignait: "Ce qui est choquant, c'est qu'un député puisse inviter, dans l'enceinte même de la représentation nationale, des porte-voix d'un groupe rebelle armé". Et d'accuser son collègue Mamère de "complicité"...
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