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Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition de la mi-journée

Egypte: « Rien n’indique que les militaires soient prêts à lâcher Morsi »

|  Par Pierre Puchot

À dix jours du second anniversaire de la révolution égyptienne, le président Morsi est plus que jamais en difficulté. Comment les Frères musulmans tentent-ils de construire leur projet politique ? Quelle est la réalité de leur implantation dans la société égyptienne ? Résisteront-ils aux pressions conjointes des salafistes, de la rue, de l'opposition et de l'armée ? Entretien avec Marie Vannetzel, chercheuse spécialiste des « Frères ».

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Mohamed Morsi ne rencontrera donc pas François Hollande à Paris comme prévu. Entre la crise interne en Égypte et la guerre au Mali, les deux présidents se sont mis d’accord pour remettre la visite officielle du président égyptien, plus que jamais contesté chez lui, six mois après son élection. Des milliers de personnes défilaient encore ce vendredi 1er février au Caire pour protester contre ses coups de force successifs, qui ont abouti au référendum constitutionnel à la fin de l’année 2012.

À dix jours du second anniversaire de la révolution égyptienne, le président Morsi est plus que jamais en difficulté. Comment les Frères musulmans tentent-ils de construire leur projet politique ? Quelle est la réalité de leur implantation dans la société égyptienne ? Résisteront-ils aux pressions conjointes des salafistes, de la rue, de l'opposition et de l'armée ? Entretien avec Marie Vannetzel, chercheuse spécialise des « Frères ».

L'armée, qui a multiplié les déclarations ces dernières semaines, est-elle de nouveau une menace pour le maintien des Frères au pouvoir ? 

Il semble d’après les sources de la presse égyptienne que l’armée n’a pour l’instant pas remis en cause l’alliance tacite refondée avec les Frères depuis l’été 2012. Elle s’est contentée d’une simple mise en garde. Mais rien n’indique pour le moment que les militaires sont prêts à lâcher Morsi, car il faut aussi considérer l’autre versant de l’alliance qui implique les États-Unis : or l’ambassadeur états-unien du Caire semble minimiser l’importance des révoltes en cours et continuer à soutenir Morsi en ne le désignant pas comme responsable des violences. Néanmoins, la fluidité de la situation est telle qu’un changement à ce niveau n’est pas à exclure.

Le parcours de Morsi (ses moments de gloire puis sa chute brutale dans l'opinion) vous surprend-il, lui qui était considéré comme un second couteau jusqu'à l'élection présidentielle de juin 2012 ?

Son parcours est assez intéressant à restituer. Morsi a commencé à monter dans l’appareil hiérarchique de l’organisation frériste après son élection comme député à l’Assemblée du Peuple en 2000, dans la circonscription de Zagazig (gouvernorat de Sharqiyya). Il devint alors le représentant du bloc parlementaire des 17 élus Frères, qui candidataient à l’époque comme « candidats indépendants ». Suite à cela, après 2002, il intègre le bureau de la Guidance, l’organe exécutif supérieur de l’organisation frériste. En 2005, lors des élections législatives qui avaient fait date parce qu’elles avaient été placées sous le contrôle des juges, il perdra en revanche son siège de député, battu au second tour face à un candidat « indépendant » du PND.

Morsi n’était donc pas un haut dirigeant de la trempe de Khayrat al-Shatir, qui avait été le premier choix de l’organisation frériste pour candidater à l'élection présidentielle de mai 2012. Suite à l’interdiction de sa candidature par la commission électorale, c’est sur Morsi, qui présidait le PLJ, que les Frères se reportèrent. Pourquoi lui en particulier, et non une figure plus médiatique et plus « acceptée » par une partie des jeunes dissidents, telle que ‘Isam al-‘Iryan ou Muhammad al-Beltagi (ancien député également) ? Morsi s’était en effet illustré en interne pour son attitude fermée vis-à-vis des demandes critiques de la base.

C’est une question qui demande à être documentée, mais on peut faire quelques hypothèses. Morsi combinait une position dirigeante dans l’appareil frériste (contrairement à Beltagi) tout en restant plus malléable qu’al-‘Iryan (dont les déclarations médiatiques sont parfois incontrôlées). De plus, il faisait partie de la délégation partie négocier avec le gouvernement transitoire pendant le soulèvement de janvier 2011.

Ses moments de gloire doivent être relativisés. Même au moment de son élection, Morsi n’a pas suscité un enthousiasme sans borne dans l’électorat – bon nombre de votes pouvant être interprétés comme des votes anti-Shafiq, on ne doit pas l’oublier – ou auprès des jeunes Frères. Son intervention contre le pouvoir politique direct des militaires à l’été 2012 doit être également vue moins comme une prouesse ayant mis fin à l’emprise de l’armée sur le système politique que comme la renégociation d’une alliance dans laquelle l’armée se mettait en retrait mais pour retrouver la place qu’elle occupait sous Moubarak : pouvoir indirect en politique et pouvoir économique privilégié, nombre d’officiers étant très impliqués dans les milieux affairistes.

C’est surtout son intervention en faveur de la trêve entre Israël et Gaza, en novembre 2012, qui valut à Morsi son heure de gloire au plan international, au point d’avoir été élu 4e personne de l’année par Time Magazine. Cependant, tout de suite après, il tenta d’utiliser cette légitimité pour faire passer en force le décret qui lui attribuait quasiment les pleins pouvoirs et le projet très controversé de Constitution. Les protestations se sont alors amplifiées et radicalisées, jusqu’à la situation qu’on connaît actuellement.

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