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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Dernière édition

Guerre au Mali: comment l'Elysée a manœuvré

|  Par Lénaïg Bredoux

François Hollande s'est rendu au Mali samedi, où il estime que « le terrorisme a été chassé », mais « pas encore vaincu ». Retour sur trois semaines de guerre, pilotée depuis l'Élysée et le conseil restreint de défense.

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« Nous sommes en train de gagner cette bataille. » François Hollande en est persuadé et, pour le prouver, il s'est rendu samedi au Mali. Accompagné du président malien par intérim Dioncounda Traoré, il s'est rendu à Tombouctou, avant de rejoindre Bamako. Malgré l’enquête d’Amnesty International sur des exactions ou des tirs aveugles commis par l'armée française, l'armée malienne et par les groupes islamistes, et malgré l’incertitude sur la suite du processus politique.

Dans la capitale malienne, François Hollande a déclaré que « le terrorisme a été chassé », mais « pas encore vaincu ». « La France se devait de combattre le terrorisme », a-t-il ajouté, avant de rappeler que la France resterait au Mali « le temps qu'il faudra ». Le président français espère ainsi marquer d’une nouvelle pierre son image de “chef de guerre” (ou même de “chef de paix”), patiemment construite depuis trois semaines.

Tout commence vendredi 11 janvier. L’heure est aux petits fours dans la salle des fêtes de l’Élysée. À 11 heures, François Hollande a prévu de présenter ses vœux aux diplomates. La presse est là. Les conseillers sont fébriles. L’un d’eux prévient, en aparté : « Ça va chauffer. » Une première version du discours du président est distribuée : c’est presque une déclaration de guerre. Les mots choisis par François Hollande seront finalement plus prudents mais le message est passé. La France va intervenir militairement au Mali.

« Les moteurs des Rafale sont chauds », glisse discrètement un proche. Après le discours du président, la cellule diplomatique distille les éléments de langage. Les trois formations d’insurgés, le Mujao, Ansar Dine et Aqmi, se sont « regroupées » le long de la ligne de démarcation fictive entre le nord et le sud du Mali ; la ville de Konna est tombée. « Il y a une situation d’urgence imminente, c’est une agression caractérisée », martèle un diplomate en passant de groupe en groupe. « Le contexte différent oblige à changer de posture. » Quelques heures plus tard, Hollande annonce officiellement l'intervention militaire française.

Depuis son arrivée à l’Élysée, François Hollande a inlassablement répété son inquiétude quant à la déstabilisation du Mali. Elle était au cœur de son premier discours à l’Onu en septembre. « C’est une question majeure pour la sécurité du continent africain et de l’Europe », avait-il dit en octobre à Dakar. En coulisses, les diplomates français se sont démenés pour convaincre de la nécessité d’une intervention militaire. Côté français, chaque résolution votée par le conseil de sécurité a été présentée comme une victoire. « On n’entend personne dire que le dialogue avec Aqmi ou le Mujao est la solution. Cela nécessitera un traitement militaire », expliquait en décembre l’entourage du président.

Mais les conseillers de Hollande le rappelaient à chaque fois : pas question que la France intervienne seule. « Dans cette affaire, nous ne sommes pas les grands maniganceurs. Nous sommes des facilitateurs », expliquait avant Noël un proche du chef de l’État. Quelques semaines plus tôt, avant le voyage de François Hollande au Sénégal et en République démocratique du Congo, l’Élysée jurait que « l’armée malienne serait le noyau de l’intervention », pensée « dans une logique de subsidiarité » avec une chaîne allant des autorités maliennes à un « soutien logistique du nord », en passant par la Cédéao et l’Union africaine.

Quelques jours plus tard, le président français lançait aux côtés du président sénégalais Macky Sall : « Ce n’est pas la France qui va procéder à je ne sais quelle opération. Non, ce temps-là est terminé. » Avant d’ajouter : « Nous, la France, nous appuierons par des moyens logistiques, matériels, mais ce sont les Africains qui mettront en œuvre l’opération. »

Partage

Pour cet article, j’ai interrogé plusieurs conseillers et diplomates ces deux dernières semaines. Ceux qui ont accepté de parler ont, pour la plupart, voulu rester anonymes.

J’ai également exhumé mes carnets de notes des mois précédents pour retrouver les propos tenus par l’Élysée depuis la victoire de François Hollande.