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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Non, l'Europe n'a pas tout à perdre avec des référendums

|  Par Ludovic Lamant

Le pari hasardeux de David Cameron d'organiser un référendum sur l'appartenance des Britanniques à l'Union pose tout de même une question de fond : les référendums peuvent-ils servir à légitimer une Europe de plus en plus critiquée par ses citoyens ?

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La promesse de David Cameron d'organiser « d'ici 2017 » un référendum en Grande-Bretagne sur l'appartenance à l'Union a crispé les dirigeants européens. « Tragicomique », a taclé Hannes Swoboda, à la tête du groupe Socialistes et démocrates (S&D) au parlement européen. « Égoïste », a réagi son homologue du Parti populaire européen (PPE, droite), Joseph Daul.

Du côté des capitales, la réception s'est aussi révélée glaciale. Guido Westerwelle, le ministre des affaires étrangères allemand, a mis en garde contre une renégociation des traités : « Nous ne devons pas mettre en danger les bases que nous avons construites à travers plus d'un demi-siècle de coopération européenne. » Plus surprenant, Viktor Orban, le chef de l'exécutif hongrois, a lui aussi pris ses distances : « C'est une requête légitime, évidemment. Je n'ai rien contre. Mais je veux souligner qu'il s'agit aussi du scénario le plus dangereux que je puisse imaginer. »

Même mise en garde du premier ministre lituanien : « Nous allons entrer dans un processus complexe de renégociation, alors qu'il nous faut au contraire renforcer le marché intérieur et notre compétitivité. » Valdis Dombrovskis s'exprimait depuis le forum de Davos, où l'annonce de Cameron, même si elle avait été largement anticipée, a jeté un froid chez les dirigeants économiques. Il n'y a guère que Angela Merkel, la toute-puissante chancelière allemande, à s'être dite « prête à discuter » avec son homologue britannique.


Tous s'inquiètent des risques d'un « détricotage » de l'Union, ou encore du retour des « incertitudes » sur l'avenir de l'Europe, que redoutent tant les marchés financiers. « Il est logique d'observer de telles crispations lorsque l'on parle de référendum en Europe », commente Amandine Crespy, une spécialiste des questions européennes à l'Université libre de Bruxelles. « C'est un outil qui a un impact clair et immédiat sur les dynamiques d'intégration. Exactement comme la règle du vote à l'unanimité, qui prévaut encore dans certains domaines, un pays peut, avec un référendum, bloquer l'ensemble de la machine. ».

On se souvient des « non » français et néerlandais au projet de traité constitutionnel, en 2005, qui avaient paralysé l'Union. On se souvient de leur variante grecque, encore plus contre-productive, à l'automne 2011 : anticipant un « non » des Grecs, qui aurait remis en cause l'ensemble de la gestion de la crise de la zone euro, le couple franco-allemand a fait pression sur le premier ministre Georges Papandréou, pour qu'il retire son projet de référendum sur les mesures proposées par la « Troïka »…

Au-delà de la manœuvre politicienne à haut risque orchestrée par David Cameron (lire notre article), le pari du premier ministre britannique pose, une fois encore, une question de fond à l'Union : les référendums peuvent-ils servir à légitimer une Europe de plus en plus critiquée par ses citoyens ? L'inconfort qu'ils suscitent, et qui irrite au plus haut point les dirigeants européens, n'est-il pas propre à tout processus démocratique, par essence imprévisible ?

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