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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Dernière édition

Malgré le réchauffement, la banquise de l'Antarctique s'étend

|  Par Michel de Pracontal

Effet paradoxal du réchauffement climatique : la banquise de l’Antarctique est en expansion, faible mais significative, contrairement à celle du pôle Nord qui a fortement diminué depuis trente ans. Le principal facteur de cette augmentation est… la fonte des glaces.

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Glaces de l'AntarctiqueGlaces de l'Antarctique © Reuters

C’est un effet paradoxal du réchauffement climatique : la banquise de l’Antarctique est en expansion, faible mais significative, contrairement à celle du pôle Nord qui a fortement diminué depuis trente ans. Selon Richard Bintanja, climatologue à l’Institut royal de météorologie des Pays-Bas à Utrecht, le principal facteur de cette surprenante augmentation de la banquise antarctique est… la fonte des glaces qui, dans la région, disparaissent au rythme de 250 gigatonnes (milliards de tonnes) par an !

« Le paradoxe est que le réchauffement global entraîne plus de refroidissement et la formation de plus de glace de mer autour de l’Antarctique », explique Richard Bintanja, interrogé dans Nature (son étude est publiée dans Nature Geoscience).

Les scientifiques savent depuis des années que l’eau issue de la fonte des glaces forme à la surface de l’océan une couche froide qui flotte au-dessus de masses d’eaux plus salées et plus denses. Bintanja et ses collègues estiment que cette couche froide forme un bouclier qui protège la banquise des eaux plus chaudes qui se trouvent en dessous et qui sont responsables de la fonte des glaces. C’est la présence de ce bouclier qui, d’après eux, permettrait à la glace de mer de se former en surface quand la température baisse en hiver.

Pour démontrer l’efficacité de ce mécanisme, les chercheurs ont utilisé un modèle qui permet de simuler comment l’océan est affecté par une couche froide à la surface de l’eau, formée par la fonte de 250 gigatonnes de glace par an. Ils ont comparé les résultats du modèle aux données réelles de température et de salinité des océans, recueillies par satellite et par des bouées, sur la période 1985-2010. Leur conclusion est que le bouclier d’eau froide est la cause la plus plausible de l’accroissement de la banquise, pendant l’automne et l’hiver australs.

Tous les scientifiques ne sont cependant pas convaincus du mécanisme décrit par Bintanja. Pour Paul Holland, spécialiste de modélisation au British Antarctic Survey (Cambridge, Royaume-Uni), le principal facteur en cause est l’atmosphère, et le régime des vents, qui refroidissent l’air.

Holland et son collègue Ron Kwok, climatologue à la Nasa, ont publié l’année dernière une étude qui tend à démontrer que les vents régionaux causent une grande partie de l’expansion de la banquise. Les vents déplacent la glace et modifient la température de la surface de l’eau, ce qui affecte l’étendue de la banquise. En s’appuyant sur des données satellites montrant les mouvements de la glace de mer entre 1992 et 2010, Holland et Kwok ont établi que dans certaines régions de l’Antarctique, comme la mer de Weddell, les changements de la glace de mer peuvent s’expliquer presque entièrement par l’action des vents. Dans d’autres régions, comme la mer du roi Haakon VII, les effets des vents se combinent à ceux de la température.

Richard Bintanja et ses collègues répliquent que les vents jouent localement un rôle, mais que la tendance globale de la banquise à s’étendre résulte surtout de la fonte des glaces. En réalité, les deux thèses ne sont pas exclusives l’une de l’autre, et l’augmentation de la banquise est sans doute liée à la fois aux effets de la fonte des glaces et à ceux des vents.

Un autre élément peut permettre de préciser l’importance respective de ces facteurs : selon Bintanja, la couche d’eau froide issue de la fonte des glaces fait diminuer les chutes de neige sur le continent, du fait que l’air froid absorbe moins d’humidité que l’air chaud. Si les chutes de neige diminuent, la quantité d’eau extraite des océans sera moindre et il en résultera une élévation plus rapide du niveau des océans. L’observation future de l’évolution du niveau des océans fournira une indication supplémentaire sur le mécanisme paradoxal qui provoque l’expansion de la banquise.

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