France-Allemagne, la grande ignorance (4/7)

Apprendre le français: il manque une star pour remplacer les mythes fanés!

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    «Je m'appelle Johanna, je suis 13 ans (sic). J'aime le français, la tour Eiffel, les plages du Sud, le Louvre et Mona Lisa.» A l'école primaire, Johanna a appris «Les Champs-Elysées», la ballade de Joe Dassin. Un peu pour tout ça, Johanna la petite brune a fait du français comme première langue. Comme les trente autres élèves de cette classe du lycée Carl-von-Ossietzky, un établissement de la partie huppée de Pankow, un quartier du nord de Berlin. Johanna n'exclut pas d'étudier un jour en France, et peut-être de passer l'Abibac, ce bac franco-allemand obtenu chaque année par 1000 lycéens, de part et d'autre du Rhin.

     

    «Pourquoi avez-vous appris le français?», demande lentement Simone Lück-Hildebrandt, le professeur. Les réponses fusent, désordonnées et surprenantes. A cause d'Annie Girardot, «ma mère a tous les films», ose une élève au fond de la classe. «Moi je connais la chanson "Voyage Voyage" de Desirless», dit une autre. Ben, clone d'Harry Potter, lève le doigt. «Je veux vivre à Brest.» Brest? «J'ai vu un film sur les dolmens, j'aime les paysages. Ici, à Berlin, il n'y a pas la mer.»

     

    Les ados évoquent des références réjouissantes. La culture, le cinéma, les chansons. Des clichés, bien sûr. «Le français est une langue romantique.» «Je veux visiter Paris, c'est la ville de l'amour.» Dans la classe, ils sont une petite dizaine à avoir vu Französisch für Anfänger, une comédie sortie en 2006 sur les écrans allemands qui évoque une histoire d'amour entre deux adolescents au cours d'un échange scolaire en France : on y voit des champs inondés de soleil, des villages croquignolets, de drôles de Français qui claquent des bises sonores pour dire bonjour. Et des baisers échangés dans une 2 CV bleue au coucher de soleil :

     

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    «Vous avez vu, hein? La France les fascine, s'enthousiasme Simone Lück-Hildebrandt, à la fin du cours. Comme moi j'ai pu l'être enfant, quand mes parents me parlaient de cette ville qu'ils chérissaient.» Ils ont vécu à Paris pendant la Seconde Guerre mondiale, son père était soldat, sa mère secrétaire chez Siemens. Simone, 61 ans, connaît très bien Paris, elle a vu le métro bondé aux heures de pointe et des gens souvent «arrogants», mais elle est toujours aussi émue quand elle voit une photo de Doisneau. «Je sais que c'est très cliché, je n'y peux rien.»

     

    Quand elle est arrivée en avril dans sa nouvelle école, Isabelle Lechevalier, institutrice dans le quartier populaire de Wedding, a vécu une scène dont elle sourit encore avec ses collègues :«J'ai dit aux enfants que j'étais parisienne, certains sont tombés en pâmoison. J'ai même dû signer des autographes.»

     

  • Le français, langue de riches?

     

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    La France et sa langue auraient donc tellement la cote en Allemagne? A trop contempler le malaise de l'enseignement de l'allemand en France, serait-on passé à côté d'un engouement pour le français en Allemagne? Il se porte certes mieux que l'allemand dans l'Hexagone : 17% des petits Allemands l'apprennent, contre 13% de l'autre côté de la frontière.

     

    Dans presque tous les 16 Etats régionaux (les Länder, qui ont toute compétence sur l'éducation), le français est la deuxième langue vivante. Sauf à Hambourg, où il est supplanté par l'espagnol. Et dans la catholique Bavière, où il est dépassé... par le latin, langue des humanités encore indispensable si l'on veut entrer à la faculté de droit ou faire sa médecine, vocations qui ne sont pas rares dans le plus riche Etat de l'Allemagne.

     

    Reste qu'à Berlin comme ailleurs, et malgré l'intérêt des camarades de Johanna (photo), le français n'est pas vraiment à la mode. Le nombre d'enfants qui l'apprennent stagne. La langue est réputée difficile, à cause de son accentuation, de sa prononciation nasale si différente de la dureté de la langue allemande et de l'attention exagérée portée par les pédagogues à la grammaire plutôt qu'à la conversation. On lui préfère l'anglais, langue anglo-saxonne comme l'allemand et, de plus en plus, l'espagnol, si utile pour les vacances au soleil, aux Baléares ou aux Canaries. Dans les universités populaires, les cours d'espagnol sont pleins. «S'il y avait plus de professeurs d'espagnol, le français serait en position très délicate», estime Bernd Schöneberger, proviseur du lycée Ossietzky.

     

    Les élèves de ce lycée sont enthousiastes, mais ils représentent une minorité : celle des très bons. Ils ont réussi à intégrer un Gymnasium, l'équivalent de nos lycées. Le système scolaire allemand est encore plus sélectif que le nôtre : ces établissements où l'on entre dès l'âge de 11 ans sont réservés au meilleur tiers d'une génération. A Carl-Ossietzky, les élèves sont issus de familles aisées, très peu de l'immigration. «Le français comme première langue est un choix des familles les plus favorisées», confirme le proviseur Schöneberger.

     

    A l'ambassade de France à Berlin, Robert Valentin, attaché culturel chargé de promouvoir le français en Allemagne, ne masque pas l'ampleur du chantier. «Vu la concurrence de l'offre de langues, le français se maintient, c'est déjà bien. Mais les chiffres ne nous satisfont pas.» Selon cet agrégé d'allemand, le français, s'il a été choisi comme première ou deuxième langue, est trop souvent abandonné. «En Allemagne, l'élève construit son bac à la carte, en fonction de ses points forts. A la différence de la France, il existe un numerus clausus pour entrer à l'université : ceux qui craignent de perdre des points précieux arrêtent le français.»

     

    Les chiffres sont édifiants : 1.270.000 élèves apprennent le français au niveau collège, mais seulement 280.000 le poursuivent jusqu'au bac ou ses équivalents professionnels [voir sous l'onglet Prolonger pour des précisions sur le système éducatif, très différent du nôtre].

     

    Les spécificités du système éducatif allemand ne sont pas seules en cause, embraye Valentin, peu adepte de la langue de bois, peut-être parce qu'il n'est pas diplomate. «En 1963, quand la France et l'Allemagne ont acté la réconciliation avec le Traité de l'Elysée, les deux pays se sont engagés à promouvoir la langue de l'autre. Pendant quelques décennies, ça a fonctionné. Mais depuis les années 1990, cet élan issu de l'après-guerre s'est essoufflé.» De Gaulle et Adenauer, Mitterrand-Kohl main dans la main à Verdun : les vieux symboles ne suscitent plus l'envie.

     

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    «Le problème principal, c'est l'attractivité de la France», répond Rainer Seider, chargé au niveau interministériel de la promotion du français en Allemagne. «Après guerre, les Allemands ont été fascinés par la culture française, les peintres, les chanteurs, les philosophes. Où sont aujourd'hui les nouveaux Matisse, les nouveaux Camus? Il y a bien Le Clézio, mais qui le connaît? Nous sommes en panne de figures.»

     

    Dans les réunions officielles, le maire de Berlin Klaus Wowereit, qui endosse lors des sommets franco-allemands le rôle de ministre fédéral de la culture et de l'éducation – compétences des Länder le reste du temps –, ne cesse de répéter qu'il faudrait un équivalent musical français à Tokio Hotel (photo), ce groupe d'ados qui a réveillé chez certains collégiens français la curiosité pour l'allemand...

     

  • Difficile de contrer l'armada espagnole

     

    Faute de nouvelle star susceptible de faire se ruer les candidats sur le français, Robert Valentin se démène pour trouver des idées. «Inventer de nouveaux créneaux, faire de la com'», comme il dit. Pas vraiment le fort des services diplomatiques... Il observe avec envie l'offensive de séduction des instituts Cervantès. «Ils ont des moyens, car la volonté politique est forte du côté espagnol.» Lui est condamné à racler les fonds de tiroir.

     

    Pour promouvoir le français, il dispose d'un budget royal de 300.000 euros, de quatre plein-temps et de huit diplomates volants dont la mission est de faire du lobbying auprès des Länder. Les deux tiers de ses opérations – un prix des lycées, un concours de musique, des lecteurs itinérants qui touchent, d'après lui, deux millions d'élèves allemands par an – sont financées par des entreprises (Renault, etc.) ou des fondations. Restrictions budgétaires obligent, Valentin engloutit une partie de son temps à convaincre l'Etat français de ne pas diminuer son enveloppe...

     

    L'attaché linguistique montre une carte de l'Allemagne, accrochée au mur. Les instituts culturels français sont représentés avec des petites punaises à tête bleue. C'est joli, mais les épingles bleues sont de moins en moins nombreuses. «Il y a quinze ans, nous avions vingt instituts culturels français en Allemagne. Aujourd'hui, c'est moitié moins.»

     

    Quand on évoque ce désengagement de la France, Jeanne Nissen enrage. Française mariée avec un Allemand, cette professeur à la retraite vit à Rostock, dans l'ancienne RDA, au nord de l'Allemagne. Dans le Land de Mecklembourg-Poméranie, pourtant si loin de la France, il y avait une certaine tradition du français. C'est là, à Greifswald, que les professeurs de français de la RDA étaient formés. Au début des années 1990, Nissen a même supervisé la reconversion de certains profs de russes en enseignants de français, programme alors soutenu par les services de l'ambassade.

     

    «Pour beaucoup des habitants de l'Est, le français, c'était la liberté», raconte Nissen. Aujourd'hui, elle décrit un paysage plutôt sombre, résultat d'un «manque de volonté politique» : «A Rostock ne restent plus que trois établissements où on propose du français au primaire et le lycée où les élèves peuvent passer le bac franco-allemand.» L'institut culturel va déménager, ses murs vont être vendus : l'Etat français promet de continuer à verser une subvention.

     

    «A part Rostock, le Mecklembourg-Poméranie est devenu un désert français, regrette Rainer Seider, l'homme chargé côté allemand de la promotion du français en Allemagne. A long terme, cette politique risque d'être nuisible.» Pour autant, il ne verse pas dans le fatalisme. Certains Länder, dit-il, mènent une politique linguistique active qui profite mécaniquement au français. En 2007, le Baden-Wurtemberg (ouest) a tenté de l'imposer comme première langue au côté de l'anglais. La tentative a échoué, car le ministre-président du Land, francophile convaincu, a voulu passer en force et s'est heurté à l'opposition de certains parents. Depuis, la Rhénanie-du-Nord (ouest), la Thuringe et la Saxe-Anhalt (est) ont facilité l'apprentissage précoce d'une seconde langue, en plus de l'anglais.

     

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    Fait étonnant pour un Français habitué à la centralisation, il n'est pas rare que certains parents s'associent pour créer des écoles primaires européennes, où l'on enseigne dans deux langues dès le plus jeune âge. Berlin compte des dizaines d'écoles de la sorte, quatre franco-allemandes. «Nous sommes très demandés, nous devons refuser environ trente enfants par an», explique Norbert Weiser, coordinateur de la section franco-allemande de l'Ecole "Arc-en-ciel" de Neukölln (photo), quartier populaire de Berlin avec une forte concentration d'immigrés turcs et arabes.

     

    L'école est gratuite, il faut passer un mini-test de français pour y entrer. Les enfants qui la fréquentent ne sont pas tous fils et filles d'expatriés français. Beaucoup viennent de milieux défavorisés, dit Weiser. «Qu'ils soient allemands, français ou immigrés, les parents sont rassurés : ils savent que leurs enfants seront dans une bonne école, avec de petites classes. Pour ceux qui ne vivent pas à Neukölln, c'est aussi un bon moyen d'échapper à la carte scolaire.» Les charmes de la langue française n'y sont pas pour grand-chose.

     

    Texte et photo (sauf Tokio Hotel et école Arc-en-ciel ©DR) : Mathieu Magnaudeix, envoyé spécial à Berlin.

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Ce reportage a été effectué en deux parties, à Berlin, les 22, 29 et 30 mai. Presque toutes les personnes citées ont été rencontrées lors d'entretiens à Berlin, sauf Jeanne Nissen, la professeur à la retraite de Rostock, interrogée par téléphone. Simone Lück-Hildebrandt m'a permis d'assister à un de ses cours. Après un premier contact téléphonique, elle en a elle-même demandé l'autorisation au proviseur de son lycée (également interviewé) et a collecté auprès des parents les autorisations nécessaires pour que je puisse faire des photos. Je la remercie infiniment pour son concours.

 

BERLIN : 3,5 millions d'habitants, c'est la capitale de l'Allemagne unifiée depuis 1990.

 

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LE SYSTEME SCOLAIRE ALLEMAND :

 

Il est très différent du nôtre, organisé par Länder et pas par l'Etat comme en France. Il est aussi très sélectif. Après la Grunschule (école élémentaire, obligatoire à partir de 6 ans et qui dure jusqu'à 10 ans environ), les élèves sont orientés vers trois types d'écoles : les Hauptschulen (une filière courte de 5 ans) qui conduisent à l'apprentissage et à l'alternance; les Realschulen (6 ans) qui forment les techniciens qualifiés, qui peuvent ensuite intégrer une grande école professionnelle (Fachhochschulen); enfin, les meilleurs élèves intègrent le Gymnasium (8 ou 9 ans, l'équivalent du collège et du lycée de l'enseignement général). Ces élèves constituent le gros des troupes qui entrent à l'université, même si des élèves des Realschulen peuvent aussi y entrer après un cycle spécial d'adaptation. L'ambassade de France à Berlin détaille le système scolaire allemand sur son site et en propose un schéma simplifié :

 

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LE FRANÇAIS EN ALLEMAGNE :

 

Selon l'institut fédéral des statistiques (2005), 17% des élèves allemands apprennent le français au cours de leur scolarité. En France, seuls 13% des élèves apprennent l'allemand. Depuis, le chiffre aurait augmenté : selon des données du ministre plénipotentiaire pour les relations franco-allemandes, il était de 19,38% en 2007-2008.

 

Parmi ses 1.700.000 élèves, 138.000 le débutent dès l'école primaire. 1.270.000 l'apprennent au niveau de la Sekundarstufe I, sorte d'équivalent de nos collèges. Seuls 281.000 le poursuivent ensuite jusqu'au bac ou ses équivalents professionnels (Sekundarstufe II). Le français est surtout appris par les élèves de l'enseignement général, et peu dans l'enseignement professionnel.

 

Le français est dans tous les Länder la deuxième langue vivante loin derrière l'anglais. Sauf à Hambourg et en Bavière, où il est dépassé, respectivement, par l'espagnol et le latin.

 

Les quatre Länder les plus francophones : la Sarre (ouest, 62% des élèves y apprenaient le français en 2007/2008) le Baden-Wurtemberg (ouest, 28%), la Hesse (ouest, 24%), le Brandebourg (est, 21%).

 

Les quatre Länder les moins francophones : la Bavière (ouest, 12,5%), la Saxe (est, 13%), le Mecklembourg-Poméranie (13,5%) la Saxe-Anhalt (est, 14%).

 

 

Lire aussi les précédents volets de notre série:

 

Que les jeunes Allemands apprennent le castillan n'est pas mal non plus...

Très intéressant Mathieu. Ici, en Irlande, le français sert aussi à obtenir plus de points au Leaving Cert (Bac) pour pouvoir ensuite intégrer l'université. Pas plus. C'est dire s'il est peu appris car vu comme une langue difficile à apprendre.
Les écoles primaires fondées par un groupe de parents existent aussi ici : les Educate Together qui banissent l'enseignement religieux au profit d'autres matières (langues p.ex).
Enfin, pour le rayonnement du français dans le monde, il y a beaucoup à faire car si les parents expatriés ou natifs du pays ne comptent que sur les Lycées français à l'étranger, c'est mission impossible : trop rares et éloignés des besoins (centre-ville des capitales souvent) et surtout... hors de prix.

Une chose est sûre, si l'on cherche un promoteur du Français, et si possible du bon Français, ça ne sera pas Sarkozy.

Interessant article, j'ai failli faire mon stage ici a Berlin dans une petite association qui s'occupe justement de proposer activites a des enfants apprenant le francais issu ou non de parents francais, certains faisant partie de ces eleves de classes francoallemandes. L'association s'appelle Initiale (http://www.initiale.org/), mais j'ai choisi une autre structure car l'association etait trop petite, meme si elle fait un travail fabuleux: ils ont beaucoup de mal a reunir les fonds necessaires pour le salaire de l'unique salariee de l'association presque entierement payee par les cotisations des parents adherents. L'associarion est pleine de bonnes idees mais manque de moyens pour developper le reseau, tout comme ces messieurs des organisations plus officielles d'ailleurs.

Il est vrai que le francais fascine et que beaucoup ont appris la langue a l'ecole, mais comme le dit l'article, ils ont presque tous arrete pour des raisons qui tiennent au caractere prioritaire de l'anglais ou de matieres plus techniques. Mais l'engouement est reel, meme si nous n'avons pas de groupe comme Tokio pour attirer les jeunes, c'est sur la chanson a texte francaise de Tiersen ou Benabar, ca attire moins !

J'ai oublie de parler des volkshochschule... la on peut aussi apprendre le francais, et on l'apprend a tout age pour le coup. Ce systeme de cours du soir est tres prise et dans beaucoup de ce ecoles il y a des listes d'attentes pour les cours de.... francais, encore plus pour l'anglais et l'espagnol, c'est aussi vrai !http://www.berlin.de/vhs/

Très bon système que celui des Volkshochschulen qu'on retrouve partout même dans les petites villes
On peut y apprendre beaucoup et ce n'est pas cher..

Exact !
Presque tout et à tout âge.

L'article soulève un grave problème dans la relation franco-allemande et c'est un sujet brûlant pour ceux qui s'intéressent aux deux pays.
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Cet article est louable, mais il tombe dans le même travers que la TV, la "peopelisation". Ce n'est pas avec une "Star" que la chose se réglera. Tout cela est très superficiel.
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C'est avec une VOLONTE politique et avec les crédits qui vont avec. Un petit retour en arrière pour expliquer pourquoi...
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J'ai enseigné le français dans une université privée - Private Fachhochschule - dès 1975 après avoir passé un an à l'Institut français de Hambourg. J'ai quitté cette FH en 2000 en tant que directrice adjointe. Pendant des années, outre le recrutement des intervenants, l'emploi du temps pour les étudiants et enseignants, l'élaboration avec les équipes enseignantes des programmes, examens et le choix des manuels pour les cours, l'organisation des examens internationaux auprès des Chambres de Commerce LCCI (Londres), CCIP (Paris) et CICIM (Madrid), j'organisais également les stages en France, subventionnés par l'Office franco-allemand pour la jeunesse
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L'argent servait à payer le voyage aller-retour, et à donner une bourse pour la durée du stage en France. Les caisses étaient alimentées par les deux gouvernements. J'ai vu les crédits diminuer d'année en année, car les gouvernements français et allemand ont réduit leurs contributions. Tout au début, la subvention était de 750 DM, puis elle a baissé à 600, puis à 400. Je viens de retourner sur le site et constate qu'elle est aujourd'hui de 300 €.
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J'assurais également une activité de marketing auprès des lycées, nos étudiants étant très recherchés par les entreprises, car ils avaient un bonne formation en économie, langues étrangères - avec stage dans 2 pays - et informatique. Je venais donc présenter notre Ecole dans les lycées.
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Les écoles et lycées allemands organisent chaque année une semaine d'orientation - BOT "Berufsorientierungstage" - où les élèves de toute l'école ont la possibilité de rencontrer les parents d'élèves qui présentent leur métier, ainsi que d'autres intervenants. Y participent aussi l'Agence pour l'Emploi, les pompiers, la police, et toutes les PME du coin et les Ecoles post-bac. Le tout dans une grande salle, chaque intervenant derrière une table et 3 ou 4 chaises pour les élèves qui font une sorte de rallye et posent leurs questions. Le tout est retravaillé ensuite en cours de sociologie ou avec le prof principal. Pendant cette semaine, les classes supérieures peuvent aller à l'Université pour écouter des cours de leur choix, visiter des entreprises, etc. etc... Voici un exemple d'orientation lycéenne "pour la vie", avec stage social, stage en entreprise, etc...: http://www.albrecht-thaer-gymnasium.de/profil/lebensorientie...
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Je participais donc pendant une semaine à plusieurs BOT - Berufsorientierungstage - dans plusieurs lycées de la ville et ce chaque année.
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D'année en année, j'ai vu le nombre d'élèves qui apprenaient le français diminuer au profit de l'espagnol. C'était frappant.
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Dans un groupe de 30 élèves, la majorité avaient abandonné le français au profit de l'espagnol, il ne restait que 4 ou 5 élèves qui avaient encore des cours de français. Lorsque je leur demandais pourquoi. La réponse était toujours la même: l'espagnol était plus sympa et plus facile.
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Il faut dire que les manuels pour apprendre le français sont terriblement ringards et ennuyeux. Ceux pour apprendre l'espagnol - et même le latin - beaucoup plus modernes et gais. Ce n'est pas une question de "star", mais de la façon dont la France se présente dans ces manuels, comme on apprend les langues étrangères en France, sans joie... J'ai eu ces manuels entre les mains, je me serais ennuyée à mort...
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Et la politique culturelle de la France en Allemagne a brutalement décliné depuis le passage de N. Sarkozy au ministère du budget. Il a ordonné de fermer les Instituts français, de nombreux Consulats ont été fermés ou réduits à leur plus simple expression. A Hambourg, il ne reste plus que quelques fonctionnaires qui sont hébergés dans l'Institut français qui a dû leur céder des locaux. Le reste a été transféré à Berlin.
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Il en est de même à Sarrebruck, le Consulat a été regroupé à Francfort. Il n'y a plus qu'une petite permanence épisodique à Sarrebruck. Et partout en Allemagne, la même coupure budgétaire.
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Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous raconter avec quel doigté la culture française est parfois proposée aux habitants...
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Les Instituts français sont gérés par le Ministère des affaires étrangères et doivent faire du chiffre. Leur principale source de revenus sont les cours de français - à l'Institut et en entreprises.
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Leur directeur est envoyé par Paris, il y passe généralement 2 ans pour monter un échelon dans sa carrière - souvent de diplomate ou d'attaché culturel d'une ambassade. Il ne parle généralement pas bien - ou pas du tout - la langue du pays et n'a pas grand chose à faire des habitants de la ville dans laquelle il est envoyé.
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Un directeur - particulièrement intelligent - avait donc décidé d'encourager les Hambourgeois à apprendre le français et avait fait imprimer des "flyers" en allemand et en français. Le titre en était: "Sur les traces de Napoléon à Hambourg".
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Abreuvé à la gloire de l'Empereur par l'Ecole française, il n'avait pas appris que les soldats français campaient sur le Jungfernstieg, en bord de l'Alster, et que les filles, qui passaient dans les parages, y étaient souvent violées. C'est en tout cas ce qui reste dans la mémoire collective des habitants de la ville quand on leur parle de Napoléon. Ils n'en ont pas gardé le meilleur souvenir et je doute que sa publicité ait porté les fruits qu'il attendait. C'est un peu comme si le Goethe-Institut encourageait les Parisiens à apprendre l'allemand en imprimant une doc ayant pour titre "Sur les traces de Hitler à Paris"... A peu près le même effet... Mais le pauvre directeur, tout à sa fierté napoléonienne ne "sentait" pas ces choses...
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Voilà, les relations entre nos deux pays sont faites de plein d'évènements et de détails et je suis particulièrement satisfaite qu'enfin un livre d'Histoire franco-allemand ait vu le jour, rédigé par des historiens des deux pays. J'espère juste que l'Education nationale en fera usage...
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En tout cas, je confirme, le français perd énormément de place dans la vie de tous les jours, dans la vie culturelle, au profit de l'espagnol. Et il en est de même un peu partout dans le monde...
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PS: Le "sic" derrière la faute de français est très symptômatique de l'enseignement des langues en France, on corrige toujours les fautes des autres et des élèves de sorte qu'ils ne parlent plus du tout, comme l'a constaté le dernier rapport rendu à N. Sarkozy.
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Combien de Français disent "ich habe 20 Jahre"... quand ils arrivent à sortir une phrase... On les comprend sans se moquer... Je trouve votre (sic) superflu dans cet article.

Certains Länder, dit-il, mènent une politique linguistique active qui profite mécaniquement au français. En 2007, le Baden-Wurtemberg (ouest) a tenté de l'imposer comme première langue au côté de l'anglais. La tentative a échoué, car le ministre-président du Land, francophile convaincu, a voulu passer en force et s'est heurté à l'opposition de certains parents. Depuis, la Rhénanie-du-Nord (ouest), la Thuringe et la Saxe-Anhalt (est) ont facilité l'apprentissage précoce d'une seconde langue, en plus de l'anglais.
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Vous oubliez de mentionner la Sarre. Voici la page sur le français dans ce Land et l'Abibac:
http://www.fapf.de/html/lv/saarland/Sarre.htm

Une star peut suffire à améliorer la situation et le cas de Tokio Hotel pour nos élèves Français a éte un déclencheur,tout au moins en collège.
Combien de fois mes collègues ont vu des filles de classe de sixième ou de cinquième venir leur faire traduire des chansons et l'année d'après elles les retrouvaient en deuxième langue,il suffit de très peu.Beaucoup de collégiens choisissent eux-mêmes leur deuxième langue vivante et la moindre influence peut faire tout basculer.

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et oui, le "désir" joue un role fondamental dans l'apprentissage. Se pasionner pour une langue parce que l'on est séduit par une chanteuse n'est pas plus stupide qu'autre chose. Quand je pense que j'ai appris l'Allemand (enfin, pas vraiment appris grand chose d'ailleurs) en lisant du Brecht dans des bouquins en noirs et blancs tout tristes bourrés de règles de grammaire... un cauchemar...
Une allemande qui après avoir vécu 2 ans à Paris allait devoir retourner en Allemagne me disait que ce qui allait le plus lui manquer en Allemagne était le "charme" des francais et des francaises. Sur le coup, j'avoue ne pas avoir vraiment compris. Après 2 ans en Allemagne, je comprends! Les allemands sont très gentils, ils ont beaucoup de qualité, mais ils leur manque une certaine fantaisie, une facon de faire des efforts pour s'habiller, pour parler de cinéma, de littérature, un "je ne sais quoi" qui fait le charme des Francais. Charme qui peut donner envie d'apprendre la langue. Encore faut il l'entretenir par le cínéma, des bibliothèques, des écoles que sais-je... ce qui manque certainement de moyens aujourd'hui car pas suffisamment quantifiable.

Entierement d'accord avec vous Olivier. Le "je ne sais quoi" des Français (en français dans le texte) comme disent les Anglo-saxons, le "chic" de la Française, la culture, la gastronomie... tout cela est très recherché et pourrait servir à l'apprentissage du français - qui parait trop souvent très compliqué (la conjugaison, les temps et... les genres des noms)

Absolument d'accord avec vous, Olivier, mais au niveau d'un pays, cela ne suffit pas.
Il faut des crédits, et surtout une volonté politique.
C'est ce qui manque à grande échelle.
Les relations privées sont toutes plus ou moins motivées comme vous le décrivez, heureusement...

jlmo:
C'est vrai, mais cela ne suffit pas pour un mouvement de fond au niveau national. Vos observations sont au niveau de votre école ou de votre lycée partenaire.
Je les ai faites aussi, j'utilisais la guitare et les chansons françaises lorsque j'étais assistante dans un lycée de Hambourg pour fasciner les élèves qui venaient assez nombreux à ces heures facultatives... Mais cela ne suffit pas au niveau d'un pays...