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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Rémunérations: l'embarrassante votation suisse

|  Par martine orange

Les électeurs suisses ont voté à 67,9 % une proposition d’initiative populaire visant à limiter les rémunérations des grands dirigeants d’entreprise. Ce référendum gêne tout le monde des affaires. Il rappelle aussi que ce type de référendum avait été prévu dans la modification de la Constitution en 2008. Mais les textes pour le rendre applicable n’ont jamais été votés.

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L’embarras dans le monde patronal est manifeste, au lendemain de la votation sur la limitation des salaires des dirigeants. Car l’initiative suisse pourrait faire des émules. Les électeurs ont approuvé à 67,9 % le texte d’initiative populaire proposé par le conseiller aux États Thomas Minder, visant à plafonner les rémunérations des dirigeants. Signe encore plus inquiétant pour le monde des affaires : la proposition a obtenu une majorité dans tous les cantons. Transcendant les appartenances politiques habituelles, les électeurs suisses se sont retrouvés pour condamner ensemble les pratiques des dirigeants d’entreprise. C’est plus qu’un avertissement dans un pays censé ne pas avoir de problème avec l’argent et les riches.

© Reuters

Lancé il y a quelques mois, le texte résume bien l’exaspération montante dans toute l’Europe au vu des comportements de plus en plus outranciers de grands patrons, surtout en cette période de crise. L’affaire de Novartis ces dernières semaines a fini de rallier les derniers hésitants. Après avoir dirigé pendant plus de douze ans le groupe pharmaceutique suisse en touchant une rémunération annuelle de quelque 12 millions de francs suisses (12,7 millions d’euros), le président de Novartis, Daniel Vassela, s’est vu accorder une prime de non-concurrence de 72 millions de francs suisses – six années de salaire – en remerciement de ses loyaux services. À peine connue, cette proposition a fait scandale dans toute la Suisse. Face à la colère des actionnaires, le conseil d’administration de Novartis a dû reculer et annuler toutes les primes et bonus accordés à l’ancien dirigeant. Mais ce nouvel épisode a persuadé les électeurs suisses que, décidément, l’auto-discipline prônée par les dirigeants n’était qu’un vain mot. Si la loi n’intervenait pas, rien ne s’opposerait à la cupidité des grands patrons.

Très embarrassés, les partis politiques ont essayé de défendre encore l’auto-régulation. Seuls, les partis socialiste et vert ont soutenu ce référendum d’initiative populaire. Le monde des affaires a donné de la voix, assurant que la Suisse courrait à sa perte, n’attirerait plus aucun investisseur, si elle adoptait un tel projet.

« La révision de la Constitution ne concerne qu'à peu près 260 sociétés anonymes cotées en bourse en Suisse, dont seulement une minorité admet des rétributions abusives ; l'Initiative constitutionnelle ne comporte aucune conséquence pour les centaines de milliers d'autres entreprises en Suisse », ont rétorqué une dizaine de professeurs d’économie signataires d’une pétition en faveur de la votation. « Il est temps d’en finir avec cette menace de départ des traders ou des dirigeants. S’ils veulent partir, qu’ils partent. Une entreprise ne se résume pas à quelques responsables qui n’ont pour but que leur enrichissement personnel. L’intérêt social d’une entreprise, c’est celui de ses salariés, de ses actionnaires, de ses fournisseurs, de tous ceux qui participent à son développement et son avenir », dit Marc Chesney, professeur d’économie financière à l’université de Zurich.

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