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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Accueil de réfugiés syriens: la France à la traîne

|  Par Carine Fouteau

Le seuil des deux millions de Syriens fuyant leur pays vient d'être franchi. Alors que l'Allemagne accueille des milliers de ces réfugiés, la France en a accepté un peu moins de 700 au premier semestre 2013. Un squat hébergeant des ressortissants syriens a été expulsé à Calais.

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Sur fond de divisions des pays membres du G20 réunis à Saint-Pétersbourg, le seuil des deux millions de Syriens fuyant leur pays a été franchi, selon le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Avec les 4,25 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, selon les données du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, le nombre d’habitants contraints de partir de chez eux en raison de la guerre atteint une proportion dramatique : 30 % des 21,4 millions de résidents.

« Ce tragique afflux ne semble pas près de s’arrêter», indique le HCR qui prévient que davantage de personnes sont en route vers l’exil. Au jour le jour, environ 5 000 Syriens cherchent refuge à l’étranger. Cette tendance représente une « hausse spectaculaire » de près de 1,8 million de personnes en douze mois, soit une forte accélération au cours des dernières semaines, insiste le HCR, qui souligne que beaucoup des exilés traversent les frontières avec pratiquement pour seul bagage leurs vêtements du jour. L’Unicef vient d’annoncer que plus de la moitié des deux millions de réfugiés ont moins de 18 ans, évoquant la « pire crise humanitaire depuis le génocide rwandais ».

Depuis le début du conflit, les pays limitrophes sont les plus hospitaliers. À la fin du mois d’août, 720 000 personnes ont trouvé refuge au Liban, 520 000 en Jordanie, 464 000 en Turquie, 200 000 en Irak et 111 000 en Égypte. Les capacités d’accueil de ces pays ayant atteint leurs limites, une réunion de crise s’est tenue à Genève le 4 septembre avec le HCR et des représentants des gouvernements concernés. Dans un communiqué commun, ces hauts responsables dénoncent l’« escalade » liée à l’utilisation d’armes chimiques et exhortent les pays du G20 à « surmonter » leurs différends. Chargé de coordonner l'action humanitaire, le HCR se plaint de n'avoir reçu que 47 % des contributions financières indispensables pour répondre aux besoins de première urgence.

Le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie, le 18 juillet 2013. © ReutersLe camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie, le 18 juillet 2013. © Reuters

Dès cet été, le haut-commissaire de l'agence, Antonio Guterres, a tiré la sonnette d’alarme, appelant l’Europe à se montrer plus accueillante. À Vilnius, en Lituanie, le 18 juillet, il a fait part de sa « préoccupation » à propos de « graves insuffisances ». Car si les pays de l’Union européenne (UE) ont demandé à la Turquie, au début de la guerre, de garder ses frontières ouvertes pour laisser passer les réfugiés, ils n’en ont pas moins maintenu fermées les leurs.

Frontex, l’agence européenne chargée des contrôles aux limites extérieures, n’a pas desserré la pression, si bien que les réfugiés arrivant par leurs propres moyens en Europe risquent d'être refoulés ou de se retrouver dans un centre de rétention en Grèce, où le taux d’acceptation des demandes d’asile est proche de zéro. Pour échapper à la surveillance, les réfugiés mettent leur vie en danger. Au milieu du mois d'août, une centaine de Syriens et d'Égyptiens ont navigué sur une embarcation de pêche de 16 mètres de long. Celle-ci s'est ensablée à 20 mètres des côtes siciliennes, entraînant le décès de six passagers, dont les corps ont échoué non loin de la ville de Catane.

Dans l'UE, deux pays sortent du lot : l’Allemagne et la Suède, qui hébergent à eux seuls près des deux tiers des 40 000 Syriens ayant déposé une demande d’asile en Europe depuis le début de la crise.

Dans le cadre d’un programme de protection temporaire, 5 000 autres sont attendus outre-Rhin. Identifiés par le HCR au Liban, un premier groupe d’une centaine d'exilés doit rallier Beyrouth à Hanovre par avion à la mi-septembre. L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) intervient actuellement pour dispenser des examens médicaux et des cours de langue et d’« orientation culturelle ». Une fois arrivés à destination, ils devraient être logés dans un centre d’accueil à Friedland pendant six semaines, avant d’être répartis dans différentes régions. Ces personnes sont admises pour motifs humanitaires, jusqu’à ce qu’elles soient en mesure de rentrer chez elles ou de trouver d’autres solutions durables. La Suisse et l'Autriche viennent respectivement de donner le feu vert à 500 réfugiés. Quelques autres pays ont proposé leurs services, comme la Suède, la Norvège et les Pays-Bas.

La France quant à elle reste mutique, malgré le soutien actif de François Hollande à une intervention militaire. À quelques exceptions près, seuls les demandeurs d'asile arrivant jusqu'en France sont autorisés à déposer un dossier en se présentant eux-mêmes en préfecture. Ce qui suppose d'avoir obtenu un visa en Syrie ou d'avoir franchi sans autorisation de nombreuses frontières internationales. Ce qui suppose, autrement dit, d'avoir surmonté énormément d'obstacles.

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