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Mediapart
Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Une catastrophe écologique embarrasse Hugo Chávez

|  Par La rédaction de Mediapart

Depuis la rupture d'un oléoduc dans l'est du pays, le Venezuela est confronté à ce qui pourrait être la plus grande pollution de cours d'eau jamais connue. Des milliers de paysans sont embauchés pour nettoyer les berges. Comme le pétrole est la ressource numéro 1 du pays, le gouvernement en minimise les conséquences, faisant de cette catastrophe une affaire politique explosive. Un reportage de Jean-Baptiste Mouttet.

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Un reportage de Jean-Baptiste Mouttet

« Ma voisine dans le bus m'a dit que l'on pouvait boire l'eau du Guarapiche. Je lui ai répondu qu'elle vienne chez moi voir les poissons morts que nous avons ramassés », raconte Carolina Rodriguez, l'épouse d'un ouvrier agricole à l'est du Venezuela, à San Vicente. Le 4 février, un oléoduc s'est rompu à quelques kilomètres de là, à Jusepin, déversant dans la rivière Guarapiche «environ 80.000 barils de pétrole», soit 12 millions de litres, selon le biologiste Antonio Machado, spécialiste de l’écologie tropicale à l’Université centrale du Venezuela (UCV).

Ce serait la plus grande catastrophe mondiale en eau douce, selon le Réseau des sociétés scientifiques vénézuéliennes, l'accident le plus important depuis la marée noire du golfe du Mexique.

« C'est exagérer de manière perverse des accidents », jugeait quant à lui Hugo Chávez, le 4 mars, lors de la retransmission d'une réunion de ministres à La Havane où il se rétablit d'une opération de « lésions » cancéreuses. A huit mois de l'élection présidentielle, où l'homme de la révolution bolivarienne veut décrocher un troisième mandat, cette marée noire ne sert pas sa campagne, qui s’avère plus difficile à gagner que prévu. Toujours donné victorieux par les sondages, il est toutefois de plus en plus menacé par l'opposition, dont les primaires en février ont réuni plus de 3 millions de personnes.

Sur le Colorado, les plantes sont souillées par le pétrole.Sur le Colorado, les plantes sont souillées par le pétrole. © Jean-Baptiste Mouttet

Ni la société nationale de pétrole (PDVSA) ni le gouvernement n'ont jamais communiqué sur l'ampleur exacte de la fuite. Rafael Ramirez, à la fois le ministre du pétrole et président de PDVSA, niait dès le lendemain de l'accident toute catastrophe écologique. Dès le 19 février, la compagnie pétrolière assurait que « 95 % de l’hydrocarbure » avait été récolté. Éléments de langage répétés plusieurs fois jusqu'à maintenant.

« Le fleuve était complètement noir », témoigne de son côté Carolina Rodriguez. A une cinquantaine de kilomètres plus au nord, à Caripito, Leomar Marcan, agriculteur et pêcheur, accepte de nous emmener en barque le long de la rivière Colorado où se jette le Guarapiche. PDVSA avait bien mis en garde les villageois : «Il ne faut pas amener les journalistes», avait dit la compagnie. «Il faut bien montrer à tout le monde l'ampleur du désastre !» s’exclame Leomar, en faisant démarrer le moteur de l'embarcation. Conscience écologique ? Pas tellement : «Si PDVSA et le gouvernement se rendent compte dans quel état est le fleuve, ils embaucheront plus de monde pour le nettoyer», explique notre guide.

Les habitants de Caripito ne peuvent plus pêcher depuis que le pétrole a gagné leurs rives. Chaque jour, des hommes et des femmes attendent que la compagnie les emploie pour la journée. Ils gagnent 79 bolivars (14 euros, ce qui correspond au salaire minimum) par jour, repas en plus. Tout en ne voulant pas évoquer de « catastrophe », PDVSA assure que 2 400 ou 3 000 personnes travaillent pour le nettoyage des cours d'eau touchés.

Plus d'un mois après l'incident, les traces de pétrole subsistent.Plus d'un mois après l'incident, les traces de pétrole subsistent. © Jean-Baptiste Mouttet

Après une heure de lancha, comme sont nommées ces barques fines, les berges des mangroves découvrent leurs racines noires de pétrole. Selon la luminosité, le fleuve prend des colorations arc-en-ciel comme une grande étendue d'essence, des filets marron glissent sur l'eau. Sur leurs barques, sous le soleil puissant, des habitants de Caripito remplissent des sacs de branchages infectés. Ils sont peu protégés, leurs gants ne font guère illusion, leurs combinaisons blanches sont complètement perméables. « Nous devons ramasser tout ce qui flotte et qui est contaminé », explique Elie Hernandez, 52 ans, qui travaille sur le fleuve Colorado depuis 15 jours. «Au début, nous ramassions des sacs entiers de poissons», raconte-t-il tandis que ses compagnons acquiescent. Pourtant, le 20 février, un député de la majorité socialiste affirmait droit dans ses bottes «qu'aucun poisson mort n'a été retrouvé».

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Sur place, beaucoup de personnes craignaient de nous parler, souvent un de leur parent travaillant à PDVSA. Des militaires gardaient certaines entrées du Guarapiche. Appareils photo et caméras ont été confisqués à des journalistes.