Une complémentarité public/privé
Que disent les premières conclusions de ces travaux novateurs, à mi-chemin entre économie du développement et sociologie de l'immigration ? Après un master d'économie à Sciences-Po Paris, Mathilde Dupré et Weijing Shi sont parties près de trois mois au Mali, fin 2007, à la rencontre d'entrepreneurs chinois. Elles ont fait les comptes : 1.200 Chinois présents (contre 5.000 Français), très majoritairement des hommes, 161 entreprises chinoises, principalement dans l'hôtellerie, le commerce et la construction. «Si les Chinois sont encore faiblement implantés au Mali, ils travaillent dans des secteurs très visibles à Bamako, comme les bars et hôtels, notent-elles. Ils ont également réalisé la construction du palais présidentiel.»
D'après elles, la montée en puissance de la Chine en Afrique est «un phénomène moins centralisé, beaucoup plus spontané qu'on voudrait le laisser penser». Au passage, elles insistent sur le rôle des entrepreneurs privés de tout poil, venus seuls en Afrique, attirés par ces nouveaux marchés et les profits à la clé.
Confirmation de ces propos dans La Chinafrique, qui souligne la «complémentarité» des efforts publics et privés des Chinois en Afrique : «Les aventuriers avancent et investissent. Pendant ce temps, l'Etat chinois signe d'énormes contrats d'infrastructures et d'exploitations de matières premières. Il peut s'appuyer sur une diaspora chinoise de plus en plus nombreuse et organisée, laquelle en contrepartie est encouragée par le volontarisme de Pékin.»
Autre conclusion, plus polémique, à laquelle Mathilde Dupré et Weijing Shi sont parvenues : les abus de certaines entreprises chinoises observés sur place (par exemple, le non-respect de normes sociales ou environnementales) révèlent avant tout les failles administratives et juridiques de nombreux Etats africains. Dans lesquelles s'engouffrent les Chinois, mais également beaucoup d'autres entrepreneurs. Explication en 53 secondes, avec l'exemple des impôts au Mali, que les Chinois sont accusés de ne pas payer.
Bref, c'est un mouvement protéiforme que nous allons essayer de décrire au plus près cette semaine sur Mediapart. Demain mardi, au tour des Indiens d'Afrique.

