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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Le scandale du «Qatargate» pèse sur le congrès de la Fifa

|  Par Jérôme Hourdeaux

À la veille du Mondial, le 64e congrès de la fédération internationale de football s'est ouvert mardi alors que la presse britannique vient de publier de multiples révélations sur les accusations de corruption lors de l'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar.

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À la veille du coup d’envoi de la 20e Coupe du monde de football au Brésil, la Fifa a ouvert, mardi 10 juin à Sao Paulo, son 64e congrès dans une ambiance délétère marquée par les accusations de corruption et les luttes de pouvoir en vue de la succession du président de la puissante fédération internationale, Joseph Blatter.

Cela fait maintenant trois ans et demi que le monde du football est gangréné par les soupçons sur les conditions d’attribution, fin 2010, des coupes du monde 2018 à la Russie et 2022 au Qatar. Le 1er juin, le Sunday Times a publié de nouvelles révélations dans un article dénonçant un « complot pour acheter la Coupe du monde ». Le quotidien britannique s’est procuré plusieurs milliers de documents internes, mails, lettres, virements bancaires, montrant comment l’ex-patron de la Confédération asiatique de football et ancien vice-président de la Fédération internationale, le Qatarien Mohamed Ben Hammam, aurait versé plus de 5 millions de dollars (3,7 millions d'euros) de pots-de-vin à des membres de la Fifa.

Deux jours plus tard, le Daily Telegraph accusait la France d’être « mêlée au scandale de la Coupe du monde au Qatar ». Le président français de l’UEFA, et probable candidat à la présidence de la Fifa, Michel Platini, aurait rencontré, à Zurich, au mois de novembre 2010 soit un mois avant le vote, le sulfureux Mohamed Ben Hammam. Selon un de ses proches, interrogé par Le Monde, l’ex-international français n’aurait pas évoqué la candidature du Qatar lors de cette rencontre. Ben Hammam souhaitait seulement discuter des futures élections à la tête de la Fifa, et annoncer à Michel Platini son intention de se présenter.

« Ben Hammam a demandé à Michel de se présenter contre Blatter à la tête de la FIFA. Il a refusé et Ben Hamman lui alors dit qu'il se présenterait lui-même. Blatter le sait. » Le Qatari se portera bien candidat quelques semaines plus tard, mais il sera suspendu pour avoir offert 40 000 dollars à des représentants caribéens en échange de leur soutien. Il a finalement été radié à vie en décembre 2012 pour corruption.

Les suspicions remontent jusqu'au jour du vote, le 2 décembre 2010, lorsque, à la surprise générale, la Fifa avait accordé l’organisation de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Dès ce moment, certains se sont interrogés sur l’attribution de l’événement le plus important du football mondial à un pays où ce sport est relativement peu développé et où les conditions climatiques extrêmes vont peut-être conduire les organisateurs à décaler l'événement de plusieurs mois. Pour faire face au mécontentement, la Fifa avait nommé, le 12 juillet 2012, à la tête d’une commission d’éthique chargée de faire la lumière sur les accusations sur l’attribution des mondials, un ancien procureur fédéral américain spécialiste de la criminalité financière et ancien vice-président pour l’Amérique d’Interpol de 2003 à 2006 : Michael Garcia.

Michael GarciaMichael Garcia © Reuters

Après quelque deux années de travail, l’enquêteur vient de boucler ses investigations le lundi 9 mai. Invité à « faire le point » sur les activités du comité d’éthique indépendant lors du congrès de la Fifa, Michael Garcia ne devrait cependant pas évoquer les conclusions de l’enquête. Il tient en effet à se donner six semaines pour finaliser son rapport définitif et le remettre à la chambre de jugement du comité d’éthique indépendant de la Fifa. Celle-ci devra ensuite rendre ses propres conclusions d’ici les mois de septembre ou octobre prochains.

Les révélations du Sunday Times et du Telegraph ne font également que confirmer celles publiées le 29 janvier 2013 par France Football dans une enquête de 16 pages sur le « Qatargate » et sur la Fifa, une « instance pourrie de l’intérieur par des années de tripatouillages ». L’hebdomadaire citait notamment un mail interne de la Fifa dans lequel son secrétaire général, Jérôme Valcke, affirmait : « Ils ont acheté le Mondial 2022. »

Selon l’hebdomadaire, le Qatar aurait bénéficié des soutiens de Mohamed Ben Hammam, de Julio Grondona, président de la Fédération argentine et vice-président de la Fifa, et de Ricardo Texeira, ex-président de la Fédération brésilienne (CBF) contraint à la démission de la CBF et du comité de la Fifa en mars 2012 après avoir été mis en cause dans une affaire de corruption et dont on retrouve le nom dans la liste des clients de la sulfureuse banque Pasche Monaco (cliquer ici pour lire notre enquête).

France Football révélait également l’organisation, le 23 novembre 2010, soit quelques jours après la rencontre entre Michel Platini et Mohamed Ben Hammam révélée par le Telegraph, d’une « réunion secrète » à l’Élysée en présence du patron français de l’UEFA. Parmi les invités, figuraient l’émir et le premier ministre du Qatar ainsi que Sébastien Bazin, le représentant de Colony Capital alors propriétaire du Paris Saint-Germain et en quête d'un repreneur. Six mois plus tard, le club parisien était racheté par le fonds d’investissement qatari QSI.

En janvier 2012, Laurent Platini, fils du Michel, a rejoint la direction juridique de QSI, soulignait France Football. L’hebdomadaire affirmait que, lors de cette réunion du 23 novembre, le président aurait demandé à Michel Platini de voter pour le Qatar en échange du rachat du PSG et de la création d’une chaîne sportive, Bein sport, destinée à concurrencer Canal + que le président voulait fragiliser.

L’ex-joueur international avait reconnu avoir participé à ce dîner mais avait nié toute tentative d’intervention de Nicolas Sarkozy. « J'ai reçu un coup de téléphone du président de la République française, qui est mon pays comme tout le monde le sait. En arrivant, j'ai rencontré l'émir du Qatar et le premier ministre de l'émirat. Personne ne m'avait informé de leur présence », affirmait-il en décembre 2013. « Nous avons tous dîné ensemble, mais je le répète, tout comme personne ne m'avait dit qu'ils seraient là, jamais le président Sarkozy ne m'a demandé que le Qatar soit le pays hôte du Mondial 2022. »

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