live
Mediapart Live

Jusqu'à minuit : 2 mois d'abonnement offerts

Mediapart à prix réduit : 3 mois d'abonnement pour 9€ seulement, soit 2 mois offerts. En cadeau, le livre Dire non dédicacé par Edwy Plenel pour les 20 premiers abonnés.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Lun.04 mai 201504/05/2015 Dernière édition

Ce qui alimente les guerres à l'Est du Congo-RDC

|  Par Lénaïg Bredoux

Séverine Autesserre est chercheuse à l'Université de Columbia, spécialiste de la République démocratique du Congo. Elle décrypte les causes des massacres perpétrés depuis des années dans l'Est du pays, alors que s'ouvre dans la capitale, Kinshasa, le sommet de la francophonie. François Hollande s'y rend samedi. 

Partage

De notre envoyée spéciale à Dakar et Kinshasa

Chaque jour, les mêmes scènes se reproduisent : massacres, viols, pillages... Elles ne font plus, depuis longtemps, la une de l'actualité mais elles menacent, à l'Est, l'intégrité du plus grand pays d'Afrique, la République démocratique du Congo. C'est pourtant à un millier de kilomètres de là, dans la capitale Kinshasa, que se réunit vendredi et samedi le sommet de la francophonie, auquel François Hollande a finalement décidé de se rendre après une étape à Dakar, au Sénégal.

Séverine Autesserre est chercheuse à l'Université de Columbia, spécialiste de la République démocratique du Congo (lire sa récente tribune dans le New York Times). Elle décrypte les causes des massacres quotidiens dans l'Est du pays : ingérence étrangère, notamment du Rwanda, chefs rebelles en mal de pouvoir, mais aussi les conflits locaux, autour de la terre ou des ressources minières. Par ailleurs, vous pouvez retrouver sous l'onglet “Prolonger” nos reportages au Congo RDC et nos enquêtes sur ce qu'on a appelé « la première guerre mondiale africaine ».

François Hollande a hésité avant de se rendre en République démocratique du Congo (RDC) pour le Sommet de la francophonie. Comprenez-vous ses réticences ?

Tout à fait. La dernière élection présidentielle dans ce pays, en novembre 2011, a été une parodie de démocratie et s'est accompagnée de nombreuses violations des droits de l’homme, de la liberté de la presse, de la liberté d’expression… Ces derniers mois, la RDC subit une recrudescence de violences et de violations des droits qui inquiètent les diplomaties étrangères, dont la France.

Séverine AutesserreSéverine Autesserre © DR
Mais, en décidant de se rendre à Kinshasa, François Hollande ne risque-t-il pas de légitimer davantage le régime de Joseph Kabila ?

La légitimité lui a déjà été donnée, à partir du moment où les chefs d’État étrangers ont continué à traiter Kabila comme le chef légitime de l’État congolais. Se rendre physiquement sur place, c’est faire un pas de plus. Mais c’est loin d’être le premier. Il s’agit de la poursuite de la politique de la France avec la RDC.

Certains spécialistes de la région jugent par ailleurs absurde le fait de tenir un discours sur la francophonie, ou même sur les droits de l’homme, à Kinshasa, alors que le pays est menacé d’éclatement, avec les massacres commis chaque jour dans l’Est du pays ?

Je ne suis pas certaine du risque d’éclatement. Il y a une guerre civile dans l’Est mais les risques de sécession restent minimes. Les Congolais, d’où qu’ils viennent, qu’ils soient membres de n’importe quel groupe armé, restent attachés à leur pays. Même dans les Kivus (le Nord et le Sud-Kivu à l’Est), les habitants disent qu’ils sont fiers d’être Congolais.

Mais, sans parler de « balkanisation », tenir un Sommet, l’air de rien, dans un pays en guerre, n’est-ce pas absurde ?

Kinshasa est à un bon millier de kilomètres des Kivus. Le vrai problème, c’est le choix fait par l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) de l’organiser dans un pays où les droits de l’homme et la liberté d’expression ne sont pas respectés. 

Pourtant la situation à l’Est du pays s’aggrave depuis le début d'année. Pourquoi ?

C'est difficile de le savoir. Nous disposons de peu d’informations fiables. Mais il y a des facteurs clairs de violences. Il y en a toujours eu depuis le milieu des années 1990. On parle beaucoup de l’implication des pays étrangers – l’Onu a déjà explicitement mentionné le rôle du Rwanda dans le soutien à certains groupes armés, notamment le M23. Mais il y a aussi les nombreux chefs rebelles congolais qui n’ont pas eu ce qu’ils voulaient lors des accords de paix et qui entretiennent la violence.

Il y a enfin, et c’est mon domaine de recherche, les conflits locaux autour de l’accès à la terre, aux ressources minières (l’Est de la RDC concentre de très importantes ressources minières), au pouvoir administratif local… Ces conflits locaux, dont on parle très peu, sont une source de violence depuis le début des années 1990. Avant même le génocide du Rwanda (en 1994, à l’origine d’une profonde et dramatique déstabilisation de la région des Grands Lacs).

Ils ont aussi contribué à maintenir une forme de violence, même après la fin de la guerre (officiellement en 2003). Je suis récemment retournée au Congo pour y passer un an entre 2010 et 2011 : tout le monde parlait alors de paix. Mais à l’Est, les conflits locaux étaient encore très présents et généraient beaucoup de violences et de violations des droits de l’homme, avec des combats entre des petits groupes armés. Ce sont eux qui ont continué à alimenter l’énorme regain de violence que l’on constate actuellement. 

Partage

L'entretien a eu lieu mercredi par téléphone. Il a été relu jeudi par mail, et très légèrement modifié.