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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Dernière édition

A la frontière nord-coréenne, la Chine décide de faire peur

|  Par Jordan Pouille

Goulag à ciel ouvert aux ambitions de puissance nucléaire, la Corée du Nord est devenue un voisin encombrant pour les Chinois du Yanbian. Lesquels, assoiffés de croissance, succombent aux charmes de la Corée du Sud et bouclent la frontière avec les voisins du Nord. Reportage.

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Frontière sino-coréenne, envoyé spécial

« La nuit, toutes les lumières sont éteintes, on ne voit que les étoiles ! » Aux visiteurs de passage, madame Piao sert de la soupe de choux, des raviolis de porc et de céleri, arrosés d’une bière américaine. Dans sa pièce baignée de soleil, deux tables sont dressées sur une estrade de lino jaune, chauffée par le dessous. Le téléviseur est branché sur une chaîne chinoise d’informations en continu. Au-dessus du comptoir, la patronne a disposé des bouteilles d’alcool de riz, des cartouches de cigarettes Hongtashan et une statue du général Yu Fei, combattant glorieux sous la dynastie des Song, devenu un symbole de loyauté pour tous les Chinois.

Comme chaque midi, par la fenêtre de son petit restaurant qui borde le fleuve-frontière Tumen, madame Piao observe Sambonggok, une ville de Corée du Nord où les horloges ont une heure d’avance. Guère besoin de jumelles pour assister à la patrouille de soldats nord-coréens, fusil d'assaut en bandoulière, au pied d’une montagne sans arbres, rasée de près. Aujourd’hui, ils ruminent contre deux employés de China Telecom. De l’autre côté des barbelés, ces techniciens fluets installent quatre antennes relais pour le réseau 3G.

Soldats nord-coréens à la frontière avec la Chine Soldats nord-coréens à la frontière avec la Chine © Jordan Pouille

Aucune voiture sur le bitume de Sambonggok. Les gens se déplacent à pied, le long de la voix ferrée, ou à bicyclette. Derrière des ateliers abandonnés, des gamins se bagarrent autour d’une luge rafistolée. Chaque allée de maisons mène vers un étroit tunnel, peut-être un abri antiaérien, creusé dans la roche. Puis une locomotive diesel d’une autre époque pénètre dans une gare ornée du portrait de Kim Il Sung, le fondateur de la Corée du Nord. Le train ramène deux wagons chargés de sacs, peut-être des céréales. Ou du ciment. Deux écriteaux rouges et blancs rendent hommage au nouveau chef suprême, installé à la mort de son père Kim Jong Il, le 17 décembre 2011 : « Longue vie au grand leader Kim Jong Eun ! », « Nous remercions le grand général Kim Jong Eun ! »

Une gare en Corée du Nord, à la frontière avec la ChineUne gare en Corée du Nord, à la frontière avec la Chine © Jordan Pouille

« Vous voyez : de loin, ils ne sont pas plus tristes que chez nous », plaisante madame Piao. Il y a encore dix ans, une usine à papier – construite par les Japonais pendant l’occupation de la Mandchourie entre 1931 et 1945 – faisait vivre Kaishan, une petite ville chinoise, quelques kilomètres plus bas. En 1984, une société danoise a offert un système de traitement des rejets toxiques. Déversé dans la rivière, le chlore servant à blanchir la cellulose était devenu un objet de discorde avec les Nord-Coréens, qui leur livraient leurs billots de bois via un pont relié directement à l’usine. Quand les arbres ont disparu, l’usine a été plongée dans l’agonie. De 6 000 employés, ils ne sont plus que 400 à travailler dans cette unité de Chenming Group, le géant du papier en Chine.

Poste-frontière de Tumen Poste-frontière de Tumen © Jordan Pouille

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Les noms des différentes personnes rencontrées pour ce reportage ont été modifiés.
Le reportage a été réalisé entre le 23 et 28 décembre 2012.