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Dim.29 mars 201529/03/2015 Dernière édition

Les migrants, acteurs de la transformation du monde

|  Par Carine Fouteau

En réponse aux unes du Point et de L'Express sur l'islam et les immigrés, Mediapart met en avant les apports de l'immigration, en défendant le livre du grand reporter Doug Saunders, Du village à la ville – Comment les migrants changent le monde, publié au Seuil. Un coup de balai salutaire sur la vision franco-franchouillarde de l'intégration.

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Un coup de balai salutaire sur la vision franco-franchouillarde de l’intégration : tel est l’effet produit par le livre du grand reporter anglo-canadien Doug Saunders, Du village à la ville – Comment les migrants changent le monde, qui vient de paraître aux éditions du Seuil. À un moment où des hebdomadaires comme Le Point et L’Express titrent sur « Cet islam sans gêne » ou « Le vrai coût de l’immigration » et où l’islamophobie marque la campagne pour la présidence de l’UMP au travers d’anecdotes sur les pains au chocolat, Mediapart a choisi de proposer un extrait de cet ouvrage qui défend une vision ouverte et non moins réaliste des mouvements de population (lire sous l’onglet Prolonger les enquêtes de Mediapart développant cette analyse). 

Récurrents, les débats hexagonaux sur les faiblesses de son “modèle” et sur la “panne de l’ascenseur social” sont devenus mortifères tant les polémiques tournent en boucle depuis une vingtaine d’années. Les politiques publiques ne suivent pas non plus. Dans ce pays fondé sur les principes d’égalité et de laïcité, le constat de discriminations démultipliées en fonction des origines ethnico-raciales (éducation, travail, logement, etc.) débouche sur des mesures impuissantes à changer la donne.

L’incessant report du droit de vote des étrangers, les allers-retours sur l’accès à la nationalité ou la référence répétée à l’assimilation signalent une incapacité des pouvoirs publics à réinventer un dispositif dépassé par les évolutions de la société.

Dans ce livre, la France retrouve la place qui est la sienne de petit bout de terre à l’extrémité ouest du continent européen. La vie dans la cité des Pyramides à Évry y est décrite de manière percutante aux côtés des expériences migratoires et d’intégration de toutes les plus grandes villes de la planète. À Los Angeles, Londres, Amsterdam, Istanbul, Lagos, Téhéran ou Mumbai, il est question d’appropriation de l’espace et de survie, de droit à la propriété et d’esprit d’entreprise, d’accès aux biens communs et de transferts d’argent.

Les migrants n’y sont pas vus comme de potentielles menaces en raison de leur religion supposée ni comme des assistés en puissance, mais comme des acteurs aux avant-postes des transformations économiques et sociales.

Récentes unes de deux hebdomadaires français.Récentes unes de deux hebdomadaires français.

Doug Saunders mélange les genres, du reportage à l’essai en passant par l’auto-analyse. Il recourt à la démographie, à la sociologie, à l’urbanisme, à chaque fois que ces matières sont utiles à sa réflexion. Sans s’ériger en expert, il se sert de sa pratique journalistique d’enquêteur au Globe and Mail pour comprendre le monde qui l’entoure et les discours qui l’accompagnent. Assumant un certain libéralisme, il propose un nouveau récit du phénomène qui, selon lui, révolutionnera le XXIe siècle, « l’ultime migration des populations rurales vers les villes ».

« À la fin du siècle, écrit-il, l’espèce humaine se sera intégralement urbanisée. Ce mouvement déplacera une masse d’individus sans précédent – 2 ou 3 milliards, soit à peu près le tiers de l’humanité – et presque tous leurs semblables en ressentiront les effets. »

Si le modèle d’intégration à la française est périmé, l’auteur est de son côté fatigué des débats stériles sur le multiculturalisme et la mondialisation qui colonisent les médias anglo-saxons. Derrière les batailles théoriques, il raconte, telle une épopée, cet exode moderne et ses conséquences politiques, économiques et sociales pour les pays d’accueil. Il tort le cou à l’hypothèse d’une invasion du Nord par le Sud en rappelant que les déplacements de population ne concernent que marginalement les États occidentaux.

D’ailleurs, pour lui, migrer signifie aussi bien traverser des frontières pour s’installer à l’étranger que quitter son village pour habiter en ville. « C’est, affirme-t-il, comme le montre l’expérience de chaque famille, un rassemblement de personnes qui veulent par-dessus tout trouver leur place. » Ces migrants ne sont ni fous, ni miséreux, ni pitoyables, ils sont comme tout un chacun. « Ces familles, poursuit-il, prennent des risques calculés, pariant sur la propriété foncière, l’éducation et la générosité des amis et des étrangers. »

Surtout, cette « grande migration », insiste-t-il, ne représente pas un danger. Elle est au contraire porteuse d’énergie, de créativité et de développement pour peu qu’on y prenne garde et qu’on refuse toute forme d’instrumentalisation.

Entre le village et la ville, ces personnes atterrissent dans des villes-tremplins (arrival cities). Doug Saunders n’écrit pas le énième livre sur les banlieues. Ce qui l’intéresse, dans les marges des mégalopoles, c’est leur fonction de sas vers les centres-villes plutôt que leur aspect fermé et replié. Ces lieux, insiste-t-il, sont moins des foyers de conflit et de violence que « des quartiers où s’opère la transition qui éloigne la pauvreté, où se forge la future classe moyenne, où se déploient les rêves, les mouvements et les gouvernements de la prochaine génération ». Les histoires et les situations qu’il relaie ne sont pas pour autant mièvres ou idylliques. Chacune révèle la complexité des enjeux.  

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