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Dim.29 mars 201529/03/2015 Édition du matin

L'Irak est à nouveau «au bord de la guerre civile»

|  Par Pierre Puchot

Autoritarisme du premier ministre, absence d'opposition, clientélisme, guerre en Syrie, prolifération de l'armement et fragmentation de l'État… L'Irak a connu son mois de ramadan le plus sanglant depuis 2008, avec plus de 800 personnes tuées. Tout concourt à plonger l'Irak dans un état de violence comme le pays n'en a plus connu depuis la fin de l'occupation américaine.

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Traditionnellement marqué par de multiples attaques et attentats, le mois de ramadan s'est achevé cette année à un niveau de violence que l’Irak n’avait plus connu depuis la fin de l'occupation américaine. Plus de 800 personnes ont été tuées, selon un bilan établi par l'AFP.

« Je ne dirai pas que nous sommes déjà dans une guerre civile, mais les chiffres ne sont pas bons », affirmait mi-juillet Francesco Motta, le responsable de la mission des Nations unies pour les droits de l'homme en Irak. Sur le site de la Brookings, un think tank américain, une rapide comparaison avec la baisse du nombre de victimes enregistrées depuis cinq ans renforce ce constat.

 

Evaluation du nombre de morts en Irak de mai 2003 à mai 2012Evaluation du nombre de morts en Irak de mai 2003 à mai 2012 © Brookings

 

En Irak, il ne se passe plus une semaine sans qu’une série d’attentats fassent plusieurs dizaines de morts. « Si le nombre de victimes continue à croître au rythme actuel il atteindra plus de 5 000 à la fin de l'année, ce qui nous rapprochera des chiffres de 2008 », estime Francesco Motta. En Irak, « plus il y a de morts, plus grandes sont les chances de représailles, et de voir la situation échapper à tout contrôle », précise-t-il.

Comment expliquer qu’en dépit du retrait américain et d’un premier ministre au pouvoir depuis 2006, l’Irak sombre à nouveau ? Engagé dans un processus de militarisation à grande échelle, le pays fait face à une fragmentation politique, confessionnelle et géographique qui mine les fondements de l’État.

Nous n’en sommes pas encore au bilan de 2007, lorsque 30 000 personnes avaient péri de mort violente en Irak selon les statistiques de l'Onu, sensiblement supérieures à celles de la Bookings. Quatre années plus tard, l'arrivée massive de renforts américains et la mobilisation d’hommes en armes au sein des tribus sunnites pour combattre les groupes liés à Al-Qaïda avaient contribué à ramener le nombre de victimes à 2 771. 

Faudrait-il en déduire, comme l’explique également un officier militaire et consultant français, que l’Irak ne peut aujourd’hui être géré que par un pouvoir militaire fort et centralisé ? « Je ne comprends pas comment l’on peut produire ce genre d’argumentaire, dans la mesure où la violence avait atteint un pic sous occupation américaine, estime Loulouwa Al-Rachid consultante et spécialiste de l’Irak. Que les Américains déploient des troupes sur le sol irakien ou qu’ils les retirent, cela a aujourd’hui très peu d’influence sur la violence en Irak, qui a sa propre logique et ses dynamiques. Dire que seul un pouvoir fort centralisé pourrait rétablir la sécurité, c’est un pari illusoire. Il est impossible aujourd’hui de recentraliser le pouvoir irakien. Et la violence est enracinée dans le système politique. C’est devenu un mode de régulation, en parallèle du jeu institutionnel. »

Depuis décembre 2011 et le retrait de leurs troupes, les États-Unis maintiennent sur place une présence politique et militaire assez opaque. L'ambassade américaine à Bagdad dont la superficie dépasse celle du Vatican, emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes. Quantité de conseillers militaires et d’experts techniques continuent de travailler en Irak, aussi bien dans la formation des services de sécurité irakiens que dans la collecte de renseignements.

Dans le même temps, l’Irak se réarme : en 2012, le gouvernement irakien a passé commande pour plus de 14 milliards de dollars de fournitures militaires aux États-Unis. Au total, entre les forces de sécurité et les milices tribales, près de 800 000 Irakiens sont aujourd’hui en armes.

Contrairement aux militaires égyptiens, l’armée irakienne demeure divisée et très impopulaire car symbole de la répression depuis la création de l’État. En 2013, l’Irak de Maliki est un État faible, incapable selon le premier ministre d’empêcher les avions iraniens de survoler son territoire pour se rendre en Syrie comme le lui demande le département d'État américain, doublé d'un pays en souffrance.

Autre élément déstabilisateur : la situation humanitaire. Un million d’Irakiens sont toujours réfugiés à l'étranger et plus d’un million d’Irakiens demeurent déplacés à l’intérieur de leur propre pays. Et contrairement au texte du premier ministre, publié dans le Washington Post en avril à l’occasion du dixième anniversaire de la chute de Saddam Hussein, « tous les indicateurs montrent qu’il y a eu une détérioration de la qualité de vie des Irakiens par rapport à ce qu'ils connaissaient il y a 25 ans »explique Khalid Khalid, qui mesure les progrès accomplis par l’Irak dans la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) auprès du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

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Cet article, initialement publié le 22 juillet 2013, a été réactualisé le 12 août.