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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Édition de la mi-journée

Fin de la prise d'otages en Algérie

|  Par Pierre Puchot

Sept otages étrangers sont morts et onze ravisseurs ont été tués dans l'assaut final entamé samedi matin par les forces spéciales algériennes sur le site gazier du Sahara algérien.

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Quatre jours après le début de la prise d’otages du site gazier d’In Amenas, l’ultime assaut a eu lieu, rapporte le journal algérien El Watan ce samedi après-midi. La Grande-Bretagne et la Norvège ont également confirmé la fin de la prise d'otages. Sept otages auraient été exécutés par les ravisseurs. Les forces spéciales algériennes auraient éliminé 11 terroristes. Les circonstances de la mort des otages n’apparaissaient pas claires dans l'immédiat, mais la télévision d'État algérienne a affirmé qu'ils ont été «exécutés» par leurs ravisseurs en représailles à l'assaut final lancé par les forces spéciales. Plusieurs témoins et journalistes basés en Algérie faisaient état de corps retrouvés calcinés sur les lieux de l’assaut.

Au final, ce sont 25 à 27 otages qui ont péri depuis la prise en otages de centaines d'employés mercredi sur le site gazier. François Hollande a déploré samedi à Tulle que des otages aient été «lâchement assassinés» en Algérie lors de la prise d'otage sur un site gazier du Sahara. «Ce que je sais, c'est que des otages sont morts, qu'ils ont été lâchement assassinés, et que là encore, s'il y avait besoin de justifier l'action que nous engageons contre le terrorisme, nous aurions là un argument supplémentaire», a déclaré le chef de l'Etat lors de ses voeux aux Corréziens.

«Nous n'avons pas encore tous les éléments mais, quand il y a une prise d'otages avec autant de personnes concernées et des terroristes aussi froidement déterminés, prêts à assassiner, ce qu'ils ont fait, leurs otages, un pays comme l'Algérie a les réponses qui me paraissent à mes yeux les plus adaptées car il ne pouvait y avoir de négociation», a déclaré le chef de l'Etat devant des journalistes à Tulle.

Plus de 72 heures après l'attaque et la prise en otages de centaines d'employés du complexe gazier, les ravisseurs, cernés par les forces spéciales, détenaient encore samedi matin une dizaine d'otages – algériens et étrangers –, selon une source de sécurité algérienne. Un porte-parole des « Signataires par le sang », groupe djihadiste dirigé par l'Algérien Mokhtar Belmokhtar qui a revendiqué l'attaque de mercredi, a confirmé samedi à l'Agence mauritanienne Nouakchott Information (ANI) la « présence de sept otages » étrangers dans l'usine de gaz.

Plus tôt dans la matinée, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, avait affirmé qu'il n'y avait plus d'otages français, à la connaissance des autorités françaises. Vendredi soir, le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, avait annoncé la mort d'un otage français originaire du Pays basque lors de « l'opération de libération » lancée par l'armée algérienne, mais indiqué que trois autres Français avaient la vie sauve. La victime, Yann Desjeux, 52 ans, avait auparavant été interrogée par le quotidien Sud-Ouest. Selon le quotidien, Yann Desjeux était un ancien militaire du premier régiment de parachutistes d'infanterie de marine de Bayonne (son portrait ici). « Il est mort dans des conditions dignes en protégeant ses employés », indique pour sa part Jean Espilondo, le maire PS d'Anglet.

Vendredi, une source de la sécurité, citée par l'agence algérienne APS, a dressé dans la soirée un bilan provisoire de l’assaut des forces spéciales algériennes : 12 otages et 18 ravisseurs ont été tués, et près d'une centaine d'otages – sur les 132 étrangers enlevés – libérés, ainsi que 573 employés algériens. Cité par l'agence de presse mauritanienne ANI, un porte-parole du groupe armé avait parlé jeudi de 34 otages étrangers tués dans l'assaut.

Quel que soit le bilan final, l’assaut des forces algériennes aura marqué les esprits. En Algérie, plusieurs déclarations et critiques se sont fait jour dans les médias. Selon un ancien responsable du Front des forces socialistes, Samir Bouakouir, « l'attaque spectaculaire menée par un groupe armée contre un site gazier à In Amenas signe l'échec du pouvoir politique algérien. Au-delà de la condamnation de cet acte terroriste, c'est la faillite politique des dirigeants du pays qui interpelle ». Sur Al Jazira, c’est Abassi Madani, ancien numéro un du Front islamique du salut aujourd’hui dissous, qui a dénoncé l’attaque contre des sites industriels algériens et les menaces contre les civils algériens et étrangers. Abassi Madani juge également que le régime algérien a perdu « toute légitimité ».

Le site d'In AmenasLe site d'In Amenas

Samedi midi, les États‑Unis affirmaient de leur côté vouloir prendre toutes les « mesures nécessaires pour se protéger contre Aqmi », a annoncé le secrétaire américain à la défense, Leon Panetta. « Est‑ce que cela implique d'assister les autres avec des opérations militaires ? Est‑ce que cela implique de mener des opérations en coopération là‑bas ? Ce sont des sujets qui, je pense, doivent être encore tranchés », a-t-il affirmé à l’antenne de la chaîne britannique BBC. Mécontents de la manière dont l’Algérie a géré la crise, les États-Unis ont multiplié ces dernières heures les déclarations allant dans le sens d’une plus large implication dans la région.  

Des preneurs d’otages très au fait des activités du complexe, fraternisant avec les Algériens, leurs « frères musulmans » mais soucieux de retenir en otages les étrangers présents dans la base, c’est le récit que font par ailleurs deux des travailleurs algériens du complexe libérés sur le site Tout sur l’Algérie. « Nous étions sur le point de faire une grève. Ils le savaient », explique notamment Moussa, un travailleur originaire d’Oran. Les terroristes leur ont également assuré être venus pour les aider. « Ils nous disaient : on sait que vous êtes “mahgourine” (opprimés), on est venus pour vous aider, pour que vous puissiez avoir vos droits », témoigne l’otage sur le site Tout sur l’Algérie.

Le récit des précédentes journées de la prise d'otages, à lire ici dans notre live.

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