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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

La nouvelle équipe d'Obama : plus de prudence que d'audace

|  Par Thomas Cantaloube

Le remplacement probable d'Hillary Clinton par John Kerry et l'arrivée d'autres figures modérées devraient signifier la poursuite du principe de réalisme et de désengagement des États-Unis.

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Barack Obama a beau rester, son cabinet, c’est-à-dire ses ministres, va changer. C’est une tradition américaine : à la veille d’entamer un second mandat, le président des États-Unis donne un coup de balai, ouvre les fenêtres, et fait rentrer de nouvelles têtes, afin de marquer un nouveau départ. Il ne faut pas pour autant confondre équipe renouvelée et changement de cap.

Le lieu commun, que l’on entend fréquemment à Washington comme dans les capitales européennes, selon lequel un président réélu va jouer l’audace plutôt que le conformisme, puisqu’il n’a plus la perspective d’une troisième élection à remporter, est rarement avéré. Dans les faits, les seconds mandats sont une prolongation des tendances observées à la fin des premiers, avec une correction de tir prenant en compte les erreurs commises.

C’est ainsi que Bill Clinton, qui avait démarré par une gestion chaotique et une politique étrangère très prudente (la non-intervention au Rwanda), est devenu un excellent manœuvrier du Congrès (même durant l’affaire Lewinsky) et un peu plus audacieux à l’extérieur (intervention en Bosnie et au Kosovo), mais ses fondamentaux n’ont guère bougé. Quant au va-t-en-guerre George W. Bush, il avait déjà compris avant sa réélection en 2004 que l’Irak se transformait en bourbier et que, même s’il maintenait une rhétorique de cow-boy, il devait faire davantage de place au dialogue avec le reste du monde. Son second mandat fut celui de la marginalisation de Dick Cheney et du départ de Donald Rumsfeld et Paul Wolfowitz.

 

Barack Obama reçoit John Kerry à son retour d'Afghanistan en octobre 2009.Barack Obama reçoit John Kerry à son retour d'Afghanistan en octobre 2009. © Pete Souza/Maison-Blanche

 

À cette aune, que peut-on déterminer des choix qui s’annoncent pour l’administration Obama 2 ? Examinons d’abord les principaux changements de personnel au sein du cabinet. Avec Hillary Clinton sur le départ, et les sorties annoncées de Leon Panetta et Timothy Geithner, les trois principaux « ministères » que sont le département d’État, le Pentagone et le Trésor vont être dotés de nouvelles têtes.

Susan Rice, l’ambassadrice aux Nations unies, très proche d’Obama et sa candidate préférée pour succéder à Hillary, s’est retirée de la course après la polémique un peu stupide entretenue par les républicains sur sa gestion de la mort de l’ambassadeur Chris Stevens en Libye. Mais si l’opposition s’est emparée de ce prétexte pour faire dérailler sa promotion, son style, jugé « abrasif » et « peu diplomatique » par ses collègues à l’ONU, représentait un risque pour la Maison Blanche. Selon toute probabilité, Barack Obama va donc se rabattre sur un choix plus consensuel : John Kerry, ancien candidat démocrate à la présidentielle de 2004, sénateur du Massachusetts depuis vingt-sept ans, président de la commission des affaires étrangères du Sénat.

À 69 ans, il avait déjà brigué ce poste il y a quatre ans, pour lequel il est amplement qualifié. Il parle au moins deux langues étrangères (dont le français) et si son style est souvent jugé pompeux dans le cadre politique domestique, il fait des merveilles en diplomatie. Kerry a notamment servi d’émissaire spécial à Barack Obama en Afghanistan et au Pakistan, où il est parvenu à dénouer des situations tendues avec des interlocuteurs peu commodes. Il a également servi de sparring-partner au président lors de sa préparation pour les débats télévises contre Mitt Romney. Enfin, s’il devient secrétaire d’État, il ne sera plus obligé de cacher son cousin Brice Lalonde et ses vacances françaises dans la propriété familiale de Saint-Briac (où il n’est pas venu depuis des années selon des sources locales), comme il le faisait lors de sa campagne présidentielle de 2004.

Pour succéder à Timothy Geithner aux finances du pays, il semble que Jacob (dit Jack) Lew tient la corde. Peu connu du grand public, ce juriste a servi à différents postes au Trésor et au département d’État dans les administrations Clinton et Obama. Il est depuis janvier 2012 le chef de cabinet de la Maison Blanche (l’équivalent du secrétaire général de l’Élysée en France). Ce n’est ni un politique, ni un banquier comme ses prédécesseurs et c’est sans doute pour cela qu’il fait figure de favori, Obama ayant été sévèrement critiqué sur sa gauche pour avoir fait la part belle aux anciens de Wall Street au début de son premier mandat. Jack Lew est avant tout un administrateur, dont la principale tâche devrait être de négocier des hausses d’impôts et des coupes budgétaires avec les élus républicains du Congrès.

Au Pentagone, le nom qui arrive en tête de liste ces derniers temps est celui de Chuck Hagel, un ancien sénateur républicain du Nebraska. S’il est nommé, il perpétuera la tradition un peu curieuse qu’ont les présidents démocrates de sélectionner un membre du parti opposé pour diriger le département de la défense (1). Hagel fait partie de cette espèce en voie de disparition que sont les conservateurs modérés, capables de penser par eux-mêmes sans céder aux pressions des divers lobbies. En tant que sénateur, il avait certes approuvé l’invasion de l’Irak en 2002, mais il s’était vite rendu compte de son erreur et avait fini par juger l’administration Bush comme « l’une des plus incompétentes et arrogantes de notre Histoire ».

 

(1) Obama avait choisi de garder Bob (Robert) Gates, le secrétaire à la défense de Bush, au début de son mandat. Bill Clinton avait sélectionné le républicain William Cohen, et John Kennedy puis Lyndon Johnson avaient opté pour le républicain Robert McNamara.

 

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