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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

En Italie, la «bulle Mario Monti» se dégonfle

|  Par Ludovic Lamant

Mario Monti a annoncé sa démission ce vendredi soir et pourrait dans la foulée annoncer son soutien à une coalition de partis centristes, en vue des élections législatives italiennes de février. Mais quel est le véritable bilan du professore, installé au pouvoir fin 2011 sur la pression de Sarkozy et Merkel et sans la légitimité des urnes ?

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La scène se déroule au palais d'Egmont, imposant bâtiment néoclassique en plein cœur de Bruxelles, à quelques heures de l'ouverture d'un Conseil européen. Ce jeudi 14 décembre, les dirigeants conservateurs de l'Union se retrouvent entre eux, comme c'est l'habitude avant ce genre de sommet, pour caler leurs positions, et échanger dans l'intimité. À la table du parti populaire européen (PPE) siège Jean-François Copé, qui effectue son premier déplacement à l'étranger en tant que président contesté de l'UMP.

Mais ce sont les deux Italiens présents à ses côtés qui monopolisent l'attention. L'un, Silvio Berlusconi, 76 ans, vient de faire savoir qu'il était candidat aux législatives, qui se dérouleront sans doute en février prochain, précipitant une nouvelle crise médiatico-politique dans la péninsule. L'autre, Mario Monti, l'actuel président du Conseil, 69 ans, a été invité à la dernière minute. Il n'est pas membre du PPE, puisqu'il n'est officiellement affilié à aucun parti politique, et laisse planer depuis des semaines le mystère sur une éventuelle candidature, lui aussi, l'an prochain.

La réunion tournera à l'humiliation pour le vieux cavaliere : les dirigeants européens, à commencer par la chancelière Angela Merkel, vont couvrir d'éloges l'« expert » Mario Monti et l'exhortent à se présenter à la tête d'une liste de centre droit lors du scrutin à venir. « Ce n'est un secret pour personne : les chefs d'État et de gouvernement conservateurs soutiennent avec force (Mario Monti) », a confirmé Jyrki Katainen, le premier ministre finlandais, à la sortie du palais. Qu'il soit ou non membre du PPE importe peu, car l'enjeu semble dépasser tout réflexe partisan : il y va, avec Mario Monti, de l'avenir de la zone euro tout entier.

L'anecdote en dit long sur le pouvoir que continue d'exercer, plus d'un an après son entrée en fonction, le professore sur ses pairs européens. Il évolue à Bruxelles en terrain conquis. Ancien commissaire européen (nommé en 1994 par, déjà, Silvio Berlusconi), économiste respecté, passé par Goldman Sachs à partir de 2005, il séduit tout à la fois l'austère Angela Merkel et le socialiste pro-relance François Hollande. Dans la presse internationale, les éditoriaux, en majorité, l'encensent. À l'image du numéro marquant de l'hebdo américain Time qui se demandait si Monti a les épaules à lui tout seul pour « sauver l'Europe ».

En cette fin d'année, l'homme tente une manœuvre décisive. Il doit achever sa mue. Passer du costume sombre de l'expert non élu, travaillant au-delà de la mêlée des partis, à celui d'homme politique en campagne, qui doit convaincre de ses idées. Car le « gouvernement technique » de Mario Monti souffre d'un pêché originel : il dirige l'Italie, troisième économie de la zone euro, 60 millions d'habitants, sans aucune légitimité démocratique. Il a été propulsé à la tête du pays le 13 novembre 2011 par un coup de force. Le président communiste Giorgio Napolitano, qui ne savait plus comment faire face à la pression des marchés, l'a imposé.

Si l'on en croit la presse italienne (dont cet article de la Stampa), Mario Monti devrait en cette fin de semaine démissionner de son poste, et entrer de plein pied dans l'arène électorale. Ce vendredi soir, la première partie de la mue a commencé, Mario Monti ayant annoncé officiellement sa démission et celle de son gouvernement. Sénateur à vie, il ne peut pas, techniquement, se présenter comme candidat aux législatives. Mais il pourrait annoncer son soutien à une plateforme de trois partis centristes. Si cette coalition arrivait en tête dans les urnes (scénario peu probable aujourd'hui, à la vue des sondages), Mario Monti pourrait alors retrouver son poste de président du conseil.

En attendant l'ouverture de la campagne, quel est le bilan du professore ? Qu'a réussi, en un peu plus d'un an, l'économiste tant estimé ? « Mario Monti n'a pas tenu ses promesses. Ou, en tout cas, il n'a pas eu le temps de récolter les fruits de ce qu'il a semé », juge Guillaume Delacroix, ancien correspondant à Rome des Échos, qui vient de publier un livre enquête sur l'économiste italien. Pour Jacques Le Cacheux, économiste à l'OFCE, « du côté des résultats, c'est loin d'être convaincant, même s'il est difficile d'observer les effets à court terme de ce genre de réformes ». Il ajoute : « Ce qui joue massivement, pour l'instant, reste la politique d'austérité. »

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