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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

La presse algérienne alterne ironie et amertume

|  Par Tewfik HAKEM

Journalistes et éditorialistes algériens contemplent avec scepticisme cette visite d'État de François Hollande.

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Comme d’habitude Alger a été repeinte en blanc et des bus ont été affrétés pour ramener des foules d’on ne sait où. Enfin, si, cette fois on sait. Le quotidien algérien El Watan précise que les foules sont constituées « de lycéens, d’écoliers, de sportifs, mais aussi d’employés des entreprises et administrations publiques mobilisés pour accueillir le président François Hollande ». Belle « mobilisation » effectivement, avec un air de déjà-vu. Comme au bon vieux temps des colonies ? Non, rassurez-vous, comme cela se fait encore de nos jours dans les dernières dictatures en place. 

Dessin dans El Watan.Dessin dans El Watan.

Aussi caricaturale soit-elle, cette mise en scène – qui n’implique que l’État algérien, pas le peuple qui a appris à s’en moquer – ne semble pas avoir gêné plus que ça la délégation présidentielle française. Quand Hollande va à Alger il fait comme ses prédécesseurs. Au programme, les échanges économiques et le passé colonial. « J’aborderai devant les représentants du peuple algérien la question de la mémoire avec lucidité et responsabilité. Nous le devons aux victimes, à toutes les victimes et au peuple algérien. Nous le devons à la France. Nous le devons à l’Algérie », a déclaré le président français à la presse algérienne.

Pour s’adresser aux Algériens, François Hollande a fait le choix des deux quotidiens de référence, l’arabophone Al Khabar et le francophone El Watan, tous les deux privés. C’est une première. Mais l’interview publiée ce jeudi 20 décembre par les deux quotidiens montre surtout que François Hollande peut s’exprimer dans la langue si chère à ses hôtes, la langue de bois. François Hollande annonce qu’il va signer avec le président Abdelaziz Bouteflika une déclaration qui fixe quatre priorités :

« Le dialogue politique, qui passera par la création d’un comité intergouvernemental de haut niveau, présidé par les premiers ministres et dont la première réunion sera organisée au cours de l’année 2013. Les échanges humains, ensuite : nous aurons à cœur de favoriser le plus largement possible la mobilité entre nos deux pays. Le troisième enjeu est celui de la culture et de l’éducation, qui fera l’objet d’un document-cadre pour les cinq années à venir. Enfin, les relations économiques avec l’adoption d’un partenariat industriel et technologique, pour favoriser l’investissement, la création d’emplois, et les transferts de technologies » (à lire ici).

Comment les Algériens décryptent-ils la première visite du président Hollande à Alger ? Tour d'horizon.

L'incendie hier dans le centre d'Alger.L'incendie hier dans le centre d'Alger.
« Il y a toujours un signe pour ceux qui veulent voir », écrit le quotidien El Watan du 20 décembre. Les façades de la ville décrépie ont été repeintes en blanc mais c’est un nuage noir qui flottait dans le ciel d’Alger à l’arrivée du président  Hollande. En plein cœur de la ville, à la Grande Poste, lieu du passage du cortège présidentiel, un incendie se déclare... Et sur la toile tout le monde se régale : « C’est l’Algérie dans sa noirceur réelle qui crame leur décor en carton-pâte », poste Youcef B. « Non, c’est Valérie Trierweiler qui envoie ses tweets avec les moyens de communications locaux », répond un de ses amis. L’incendie dans le centre téléphonique de la Grande Poste a ensuite privé une bonne partie des Algérois d’internet.

Dans la presse, l’ironie cède parfois la place à l’amertume. Le « partenariat d'égal à égal » que Hollande vient vendre à Alger ? Pour le chroniqueur Chawki Amari d’El Watan, aucune des deux parties n’y croit, comme dans « un vieux couple qui a raté tout autant son mariage que son divorce ». De son côté Iman Hadjer, la billettiste du quotidien arabophone El Djazaïr news, rappelle que lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Constantine, un étudiant algérien « qui a eu le courage de traiter de raciste le président français » a été arrêté, emprisonné, et a vu « son avenir brisé »

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