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Jeu.03 septembre 201503/09/2015 Édition de la mi-journée

Pourquoi la France refuse-t-elle d'aider à la fermeture de Guantanamo ?

|  Par Thomas Cantaloube

Tout en critiquant l'existence du camp, François Hollande refuse de recevoir en France Nabil Hadjarab (photo), un Algérien qui a grandi en France, emprisonné depuis 11 ans à Guantanamo, mais jugé libérable par les Américains.

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La prison de Guantanamo est le cauchemar qui jamais n’en finit. Et il faut bien l’avouer, qui n’intéresse plus beaucoup, en particulier les gouvernants de par le monde. Barack Obama, qui avait pourtant promis, lors de son intronisation en janvier 2009, qu’il fermerait le camp de prisonniers dans un délai d’un an, a tout simplement abandonné son engagement. L’émissaire spécial qui était chargé de « vider » le camp situé sur l’île de Cuba en trouvant des pays d’accueil pour les prisonniers « libérables », a été muté début janvier et son bureau fermé. Autrement dit, la seconde administration Obama enterre en douceur toute perspective de fermer une bonne fois pour toutes ce bagne extrajudiciaire et extraterritorial.

Quant aux dirigeants européens, qui ont souvent été les premiers à dénoncer les politiques de l’administration Bush dans sa « guerre à la terreur », ils sont aujourd’hui bien silencieux, alors qu’ils pourraient contribuer à résoudre le problème. Il reste en effet 166 prisonniers sur la base militaire cubaine dont une centaine sont considérés comme « transférables » par les États-Unis eux-mêmes, qui ne désirent ni les garder (parce qu’ils seraient considérés coupables d’actes terroristes) ni les traduire en justice (parce qu’il n’y a pas de preuves solides contre eux). Le problème, c'est que ces détenus ne disposent pas de pays d’accueil, soit parce que ceux-ci sont des passoires où les États-Unis ne veulent pas les relâcher (le Yémen par exemple), soit parce qu’ils risquent leur vie en rentrant dans leur pays d’origine (la Chine ou la Syrie par exemple).

Nabil Hadjarab fait partie de cette centaine de prisonniers qui croupissent depuis des années dans ce no man’s land : libérables, mais sans point de chute. Né en Algérie il y a trente-deux ans, il s’est fait capturer dans un hôpital de Jalalabad, en Afghanistan, fin 2001, après la chute des Talibans. Si ses proches et ses avocats voient en lui un jeune homme égaré, alors que le Pentagone estime qu’il s’agit d’un membre d’Al-Qaïda qui a combattu les Américains, tous s’accordent pour penser qu’il représente, au pire, un menu fretin ne présentant guère de danger et n’étant pas une source de renseignements intéressante. C’est la raison pour laquelle le département de la défense des États-Unis a donné, par deux fois, un avis favorable à sa libération vers un pays tiers : une première fois sous Bush, une seconde fois sous Obama. (L’intégralité de son dossier, révélé par Wikileaks, est consultable ici.)

Mais voilà, Nabil Hadjarab ne souhaite aucunement retourner en Algérie – il n’est même pas sûr que les États-Unis approuveraient un tel transfert, car ils hésitent à y relâcher d’anciens détenus. Nabil Hadjarab a en effet vécu onze ans de sa vie en France, entre son père, une famille d’accueil et son oncle français. Il a sept demi-frères et sœurs, tous Français. Son père et son grand-père ont tous deux servi et combattu dans l’armée française, de même qu’un de ses demi-frères, décoré de l’Ordre national du mérite. « Nabil a bientôt 33 ans : il a vécu onze ans en France, onze ans un peu partout, et onze ans à Guantanamo », explique son avocat français, Me Joseph Breham. « Son seul point d’attache, c’est la France ! » « Il est la plus française des personnes qui restent à Guantanamo », renchérit Cori Crider, son avocate américaine et la directrice légale de l’ONG Reprieve.

Depuis 2007, ses avocats et son oncle, qui réside à Mulhouse et se dit prêt à l’accueillir, ont envoyé seize courriers aux présidents de la République, ministres des affaires étrangères et de l’intérieur successifs. Sans réponse. La semaine dernière, ils ont effectué un recours administratif auprès de Manuel Valls, afin d’autoriser le transfert de Nabil vers la France. Ils ont également lancé une pétition en ligne, puisque ce genre de pression a permis le retour au Canada d’un autre détenu, Omar Khadr, en septembre dernier. La décision est donc clairement, aujourd’hui, entre les mains de l’exécutif français, des ministres concernés (Manuel Valls et Laurent Fabius), de Jean-Marc Ayrault, et surtout de l’Élysée. 

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