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Balkans Express 1: la Croatie danse sur le cadavre de la Yougoslavie

| Par Thomas Cantaloube

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De notre envoyé spécial à Zagreb.

 

« Ne dites pas aux Croates qu'ils habitent les Balkans, ils vont mal le prendre ! » avertit, charitable, un expatrié français en poste à Zagreb. De fait, sur Trg Jelacica, la place centrale de la capitale croate, on trouve une grande carte stylisée de la ville avec ses principales artères, les montagnes environnantes, les villages adjacents et, dans le coin supérieur gauche, la République slovène (voir la carte de la région sous l'onglet Prolonger).

Zagreb - scènes 20.jpg© Thomas Cantaloube/Mediapart
Sur les bords de l'affiche, figurent également les principales destinations et leur distance : les cités proches, mais aussi Ljubljana (80 km), Budapest (360 km) et Vienne (350 km). Par contre, aucune mention de Belgrade (358 km), ni de Sarajevo (288 km). Les anciennes villes-sœurs de l'ex-Yougoslavie, les deux autres branches du « trident » de la Fédération yougoslave sont ignorées. Plus que cela, méprisées. Comme si leur seule évocation menaçait de tirer Zagreb de son songe européen pour la replonger dans le souvenir d'un demi-siècle d'« unité et fraternité » titiste ou, pire encore, dans le cauchemar d'une des dernières guerres du Vieux Continent, celle de 1991-95. Quatre années – comme 1914-18 – qui ont meurtri la région et secoué l'Europe.

 

Lorsque la Yougoslavie a entamé son lent processus de désagrégation en 1990 – toujours pas achevé et encore moins digéré aujourd'hui – la Slovénie, l'État le plus prospère de l'ancienne fédération, a rapidement mis les voiles : quelques accrochages armés, l'indépendance en 1991, puis l'accession à l'OTAN et à l'UE en 2004. La Croatie, deuxième État le plus riche, a voulu suivre la même voie. Mais plusieurs conflagrations, entre 1991 à 1995, au cours desquelles le pays fut à la fois agressé et agresseur, victime et "perpétrateur" de crimes de guerre, et la poigne de fer du président nationaliste Franjo Tudjman, ont singulièrement retardé l'objectif croate. Ce n'est qu'à la mort de ce dernier, fin 1999, que le pays s'est définitivement débarrassé de ses oripeaux nationaux-communistes pour se projeter dans sa nouvelle utopie européenne.

 

ZagrebZagreb© Thomas Cantaloube/Mediapart

 

Les Croates ont indéniablement investi dans leurs postes frontières. Sous les haubans métalliques de péages (auto)routiers flambant neufs, les douaniers sont zélés et le contrôle des passeports est pointilleux. Pas question de laisser passer un Serbe ou un Bosniaque sans s'assurer de la validité de son titre d'identité et de déplacement. « Il y a vingt ans, les bus étaient moins rapides et on partageait les routes avec les charrettes, mais personne ne me demandait mes papiers », maugrée Vuk, la cinquantaine, un fonctionnaire Serbe qui effectue le trajet de Belgrade à Zagreb pour des raisons familiales. « Ce pays qui était le nôtre ne nous appartient plus », lâche-t-il en allumant sa cigarette. Bien sûr. La Croatie n'est plus son pays.

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Mediapart a choisi d'aller faire un tour dans les Balkans occidentaux, c'est-à-dire en ex-Yougoslavie pour employer un terme moins poétique, afin d'examiner comment cette région européenne, qui a passé les années 1990 sous les feux des bombes et de l'actualité, évolue aujourd'hui. L'objectif n'est pas un panorama complet de chacun des pays, mais un parcours, forcement subjectif, au sein de quatre d'entre eux, afin d'y décrire l'humeur locale.

 

Cette série de reportages a été réalisée début mai, en bus, sans traducteur ni fixeur, par un journaliste qui se souvient d'une traversée un peu similaire, il y a 21 ans, dans une Yougoslavie qui appartenait encore, malgré ses différences, au "bloc de l'Est".

 

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