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Jeu.18 décembre 201418/12/2014 Dernière édition

Italie: les finances publiques menacées, Mario Draghi soupçonné

|  Par martine orange

Un rapport secret du Trésor italien révèle que l’Italie risque de perdre 8 milliards d’euros sur des contrats dérivés. Ceux-ci sont l’héritage des pratiques du gouvernement italien pour habiller ses comptes publics avant l’adhésion à l’euro. Actuel président de la BCE, Mario Draghi était alors directeur général du Trésor. Monsieur Teflon, selon son surnom, va devoir s’expliquer.

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D’un coup, Mario Draghi se retrouve rattrapé par son passé. Après la révélation d’un rapport secret du Trésor italien, publié à la fois par la Reppublica et le Financial Times le 26 juin, le président de la Banque centrale européenne (BCE) se retrouve embarqué dans un scandale de comptes truqués, comme en Grèce, au moment de l’accession de l’Italie dans la zone euro et qui menace aujourd’hui les finances publiques. À cette époque, Mario Draghi était directeur du Trésor et a difficilement pu ignorer ce qui se tramait.  

L’affaire a commencé par un rapport secret du Trésor italien. Celui-ci s’y alarme d’une perte potentielle de 8 milliards d’euros pour les finances publiques italiennes, à la suite d’une renégociation de huit contrats de dérivés d’un montant notionnel de 31,7 milliards d’euros. Même pour un État, l’engagement est gigantesque.

Les auditeurs s’attardent longuement sur cette renégociation avec plusieurs grandes banques, réalisée début 2012, à un moment où l’Italie est très menacée par la hausse des taux sur sa dette obligataire. Le gouvernement italien cherchait alors à étaler dans le temps le paiement des emprunts. Mais, très affaibli, il a été obligé d’accepter des conditions très défavorables, qui risquent de se traduire par de lourdes pertes dans les finances publiques italiennes.

Comment en est-on arrivé là ?, n’ont pas manqué de s’interroger les rapporteurs. S’ils n’ont pas réussi à connaître le nom des grandes banques impliquées dans ces opérations, ils sont parvenus, en revanche, à retrouver l’origine de ces engagements par le Trésor italien : tout remonte à la fin des années 1990, au moment où l’Italie cherchait à rendre ses comptes présentables pour pouvoir adhérer à l’euro.

En 1995, rappelle le Financial Times, l’Italie affiche un déficit budgétaire de 7,7 % du PIB, très au-delà de tous les critères demandés par l’Europe. Aucun gouvernement européen, et encore moins la Commission européenne, n’imaginent la création de la monnaie unique sans l’Italie. Tout le monde est donc d’accord pour fermer les yeux sur ce que peut entreprendre Rome pour afficher les bons critères.

© Reuters

 

Dès 1996,  le gouvernement italien dirigé par Romano Prodi, qui deviendra par la suite président de la Commission européenne, a eu recours à de savants habillages (voir Europe : les hommes de Goldman Sachs). Mario Draghi est alors directeur du Trésor italien. Avec l’aide de la banque américaine JP Morgan, les autorités italiennes mettent en place un prêt reposant sur une opération d’échange (swaps) de devises à un taux favorable. Miracle : grâce à cet apport d'argent, le budget italien est en ligne. Comme il s'agit officiellement d'une opération de change, rien n'est inscrit dans les comptes publics. Le mécanisme plaît tellement qu’il sera réutilisé par Goldman Sachs en 2001 pour maquiller les comptes grecs.

Mais, manifestement, d’autres opérations ont été menées avec d’autres banques, afin de permettre à l’État italien de faire du hors bilan. Des emprunts sont réalisés, des dettes sont cachées dans des établissements bancaires. Résultat : le déficit italien tombe à 2,7 % du PIB en 1998, juste avant le lancement de la monnaie unique. La chute du déficit italien est spectaculaire. Aucun gouvernement occidental n’a réussi à rétablir aussi rapidement ses comptes. Pourtant, les impôts n’ont pas augmenté, la lutte contre l’évasion fiscale est toujours aussi inexistante et les dépenses n’ont pas ralenti. Mais personne ne se pose de question. Les autres pays européens ont décidé de fermer les yeux.

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