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Balkans Express 3 - Sarajevo, enfermée dans les barbelés des nationalismes

| Par Thomas Cantaloube

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De notre envoyé spécial à Sarajevo et Mostar

 

Il est difficile de s'arracher à la contemplation des maisons criblées de balles. Ou alors de celles qui ont brûlé et dont il ne reste que les murs. Ou encore de celles qui sont abandonnées depuis des années.

 

Sur la route de Sarajevo, la campagne verdoyante de Bosnie-Herzégovine continue à afficher les traces du feu et de la fureur des années 1991-95 (voir carte dans l'onglet Prolonger). Pas facile pour un visiteur de passage de démêler ce qui s'est déroulé précisément dans ces villages : qui a chassé qui ? qui a tiré sur qui ? qui était visé et qui a péri ? Ce qui semble clair, c'est que les plaies ne sont pas cicatrisées : ces bâtisses en sont les stigmates dans le paysage.

 

On peut classer les constructions récentes que l'on observe dans les villages de Bosnie en deux catégories. D'une part, les maisons en briques rouges qui n'ont pas été crépies, le plus souvent bâties dans l'entité baptisée Republika Srpska, ou République serbe, par des Serbes déplacés.

 

D'autre part, des mosquées neuves, blanches avec un dôme noir, dont l'architecture indique qu'elles sont tout droit inspirées et financées par l'Arabie saoudite. Elles s'élèvent, bien entendu, dans les régions musulmanes de Bosnie.

 

Il est toujours hasardeux de vouloir décrypter l'histoire récente d'un pays dans ses édifices nouvellement érigés, mais il paraît difficile d'y échapper dans la région.

 

Mostar 19.jpg© Thomas Cantaloube/Mediapart

Croissants et croix se font concurrence

 

« Nous vivons une après-guerre qui dure depuis dix ans et qui épuise tout le monde », lâche Emir avec une amertume non déguisée. Diplômé, chômeur, barman occasionnel, à trente-deux ans il voudrait quitter Sarajevo, comme nombre de ses amis et la majeure partie de sa génération si l'on se fie à plusieurs sondages récents. « On croyait qu'une fois la paix revenue, on allait retrouver notre vie, mais on était naïfs... Il y a encore cinq ou six ans, j'avais espoir que la situation s'améliore, mais plus maintenant. Tout semble figé. »

 

Quand, en décembre 1995, les Etats-Unis et l'Europe, lassés autant par un conflit qui leur échappe que par le spectacle de leur propre lâcheté, contraignent les belligérants serbes, croates et bosniaques à parapher les accords de Dayton, tout le monde crie victoire. Mais, avec une douzaine d'années de recul, il est aujourd'hui patent que ce texte complexe, visant à satisfaire un maximum d'intérêts pour faire taire les armes, a rendu le pays ainsi créé ingouvernable.

 

En concevant deux entités politiques – la République serbe et la Fédération de Bosnie-Herzégovine – et en triplant les postes de responsabilité (un pour les Serbes, un pour les Croates, un pour les Bosniaques), les puissances occidentales ont en fait reconnu une partition du pays sur les lignes ethnico-religieuses qui avaient déclenché la guerre. Tout en demandant aux Bosniens de faire comme si de rien n'était et de continuer à vivre et gouverner ensemble.

 

À part les traités de paix résultant de la guerre 1914-18 (toujours elle, cette grande inspiratrice de la région !), difficile de trouver pire modèle pour inventer l'avenir.

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Mediapart a choisi d'aller faire un tour dans les Balkans occidentaux, c'est-à-dire en ex-Yougoslavie pour employer un terme moins poétique, afin d'examiner comment cette région, qui a passé les années 1990 sous les feux des bombes et de l'actualité, évolue aujourd'hui. L'objectif n'est pas un panorama complet de chacun des pays, mais un parcours, forcément subjectif, au sein de quatre d'entre eux, afin d'y décrire l'humeur locale.

 

Une précision concernant l'utilisation des termes bosniens et bosniaques: les Bosniens sont les habitants de l'Etat de Bosnie-Herzégovine (donc toutes nationalités confondues), alors que les Bosniaques sont les habitants de confession musulmane.

 

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