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Jeu.31 juillet 201431/07/2014 Édition de la mi-journée

Egypte: l'armée tire et provoque un bain de sang

|  Par La rédaction de Mediapart

L'épreuve de force entre l'armée et les partisans de l'ancien président déchu, Mohamed Morsi, s'est traduite par des affrontements sanglants. Les responsables des Frères musulmans parlent de 120 morts. Le ministère de la santé évoque de son côté le chiffre de 21 morts au Caire. Les diplomaties occidentales appellent à la fin des violences.

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La nuit du 26 au 27 juillet 2013 a été la plus dramatique depuis le début de la révolution en Égypte, en janvier 2011. Les chiffres diffèrent selon les sources. Au moins 120 personnes ont été tuées lors des affrontements entre les partisans de l’ancien président déchu, Mohamed Morsi, et les forces de l’armée qui ont eu lieu à l’aube samedi dans la banlieue du Caire, selon les Frères musulmans. De son côté, le ministère égyptien de la santé ne dénombre que 20 morts.

Les agences de presse présentes sur place font état de dizaines de morts et de centaines de blessés dans les hôpitaux dépendant de zones sous contrôle des Frères musulmans (voir reportage photos ici – certaines photos sont très brutales). Le vice-président El-Baradei, une figure de l'opposition au président déchu Mohamed Morsi, a condamné la mort de dizaines de manifestants islamistes lors de heurts avec la police au Caire.

© Al Jazeeera

Un des porte-parole des Frères musulmans, Gehad El-Haddad, a déclaré que la police avait commencé à tirer des gaz lacrymogènes à partir de 3 heures du matin sur les manifestants rassemblés autour du quartier de Rabaa (mosquée au Caire où se sont regroupés tous les contestataires  depuis la destitution de Mohamed Morsi début juillet, ndlr). « À travers les fumées des gaz, les balles ont commencé à voler », a-t-il raconté. « Des forces spéciales en uniformes noirs » ont tiré tout autour. « Il y avait des tireurs sur les toits de l’université, d’autres sur les immeubles avoisinants, d’autres sur le pont », a-t-il déclaré.

Dans la matinée, le ministère de l'intérieur a démenti l'usage de balles réelles et imputé la responsabilité des violences aux islamistes. L’agence égyptienne Mena, citant anonymement un responsable égyptien, rapporte que les forces de l’ordre n’ont utilisé que des gaz lacrymogènes. 

Un responsable des Frères musulmans, Saad el-Hosseini, cité par l’agence Reuters, explique que, selon lui, les forces de l’ordre cherchaient à nettoyer le quartier de Rabaa. Le ministère égyptien de l’intérieur avait déclaré quelques jours auparavant la volonté du gouvernement de reprendre possession du quartier « par les moyens légaux ».

« J’ai tenté d’obtenir le retrait des jeunes pendant cinq heures. Je n’y suis pas parvenu. Ils m’ont dit qu’ils étaient prêts à payer de leur sang leur maintien dans les lieux et qu’ils ne se retireraient pas », a-t-il expliqué à Reuters. Les partisans des Frères musulmans ont réitéré leur refus de se retirer du quartier de Rabaa et ont mis en garde les autorités sur les risques d’un bain de sang plus important encore si les forces de l’ordre ne se repliaient pas. « Nous resterons ici. Nous sommes prêts à mourir un par un. Nous avons en mémoire les exemples de l’Algérie et de la Syrie. Nous ne voulons que cela devienne une guerre civile. Mais si nous prenons les armes, cela pourrait le devenir. C’est notre devoir religieux », a expliqué un manifestant présent sur place à Reuters.

[[lire_aussi]]Cette violence fait suite à une montée des tensions depuis plusieurs jours en Égypte. Mercredi, le général Abdel Fattah Al-Sissi,  homme fort de l’armée qui a mené l'opération de destitution du président Mohamed Morsi, avait exhorté « tous les Égyptiens honnêtes » à manifester pour lui « donner mandat pour en finir avec la violence et le terrorisme ». Cette exhortation avait été interprétée comme un appel ouvert à une confrontation directe de la rue avec les Frères musulmans.

Les affrontements attendus entre partisans et opposants à Morsi ont éclaté vendredi dans plusieurs villes d'Égypte. Sept personnes ont été tuées et 72 autres blessées à Alexandrie. Plus tôt, le ministère de la santé a signalé que vingt-quatre personnes avaient alors été blessées, au Caire et à Damiette, un port situé à 200 kilomètres au nord de la capitale.

Le ministère de l’intérieur a indiqué que l’ancien président Mohamed Morsi, jusque-là détenu au secret, allait être transféré dans la même prison que celle où est incarcéré l’ancien président Hosni Moubarak. Les représentants de l’armée semblent déterminer à faire juger Mohamed Morsi, estimant que si leur ancien chef, Hosni Moubarak, avait été condamné, il n’y avait pas de raison que le représentant des Frères musulmans ne le soit pas, selon les confidences recueillies par Reuters. Un tribunal du Caire a déjà annoncé des poursuites contre Mohamed Morsi, lequel se voit accusé d’avoir entretenu des liens avec le Hamas, qui l’aurait aidé à s’évader de prison en 2011.

À la suite de ces violences, les chancelleries internationales ont vivement réagi. Le chef de la diplomatie britannique, William Hague, a « condamné l'usage de la force contre les manifestants » et appelé « les deux camps à mettre fin aux violences ». William Hague s'est dit « très préoccupé par la tournure des événements ». La représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères a « vivement déploré » les morts survenues lors des manifestations. Catherine Ashton a appelé tous les acteurs « à respecter les principes du droit à manifester pacifiquement et de la non-violence ».

Le gouvernement américain n’a pour l’instant pas réagi. Dans la semaine, il a toutefois annoncé la suspension des livraisons des avions F-16 attendus par l’armée égyptienne.

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