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De notre envoyé spécial
Il existait, autrefois, une tradition journalistique qui s'est un peu perdue. Lorsqu'un reporter rentrait de voyage et qu'il rédigeait ses articles, il concluait sa série de reportages par un bilan, une analyse, voire, dans certains cas, une lettre ouverte aux hommes de pouvoir ayant les moyens de faire changer les choses, ou le prétendant.
Puisque Mediapart, par certains aspects, se réfère explicitement à cette tradition, comme l'indique le petit vendeur de journaux à la criée en haut à gauche de cette page, voici donc notre conclusion sur ce périple en cinq étapes dans les Balkans occidentaux.
Sur la route des Balkans
Trêve de romantisme
Là où il n'y avait, pendant un demi-siècle, qu'un seul pays, la Yougoslavie, le « pays des Slaves du Sud », il y en a désormais sept. Soit, d'ouest en est : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie, la Macédoine et, même si le débat sur sa pleine souveraineté n'est pas terminé, le Kosovo.
Sept pays, cinq monnaies différentes (trois utilisent l'euro), quatre ou sept langues selon qu'on accepte les revendications nationalistes selon lesquelles le serbe, le croate, le bosniaque et le monténégrin diffèrent en dépit de leur similarité, sept plaques d'immatriculations, huit drapeaux (les Bosniens en ont un pour chaque entité), à peu près autant de passeports, des dizaines d'enclaves où les minorités sont majoritaires (Krajina, Sandjak, Zubin Potok, etc.)...
Vous avez dit balkanisation ? Raccourci trop facile, fourre-tout, et dont le poids historique fait écran à la réalité du présent. Les peuples des Balkans ont souvent été accusés de produire plus d'histoire qu'ils ne peuvent en consommer, et de refiler le trop-plein à l'Europe, la grande, celle de Brest à Vladivostok.
Dans un bus de nuit entre Sarajevo et Pristina, un jeune Bosniaque répète avec conviction le fameux canard selon lequel le mot Balkans signifie « terre du sang et du miel ». Vieille rengaine. Le nom provient en fait d'une chaîne de montagnes en Bulgarie, et c'est peut-être le meilleur moyen d'aborder aujourd'hui la région : avec pragmatisme.
« Nous avons hérité de l'histoire de nos parents et grands-parents. Dans chaque famille, il y a des récits tragiques et sombres », admet Nérimane, dans un café de Pristina. « Mais aujourd'hui, il faut cesser d'être romantique, ce qui est trop souvent notre lot dans la région. Il faut en finir avec ces mythes : la Grande Serbie, la Grande Albanie, la Grande Macédoine... », propose-t-elle.
Affiche d'une pièce de théâtre à Novi Sad (Serbie)
Les habitants de l’ex-Yougoslavie ont-ils le choix ? Ils peuvent, bien entendu, continuer à se quereller et s’entre-tuer, mais le reste de l’Europe ne battra plus les cils pour eux. Nous ne sommes plus en juin 1914. Les Européens ont observé, de loin, les massacres en Bosnie pendant trois ans, et ils se sont contentés de lancer des missiles guidés en 1999, refusant de risquer la vie du moindre soldat sur le terrain.
Désormais, la stratégie de l’Europe et de l’Occident est de « congeler » la région. Faire en sorte que rien de menaçant ne bouge. Déverser un flot de glu diplomatico-financière pour empêtrer les aspirations nationalistes, ethniques ou religieuses. Et faire danser devant les yeux de tous la carotte bleue de l’intégration européenne pour calmer le jeu.


