live
Mediapart Live

Offre exceptionnelle disponible jusqu'à dimanche minuit !

6 mois d'abonnement à Mediapart pour 20€ seulement, au lieu de 54€. N'attendez pas ! En cadeau, l'Ebook Le FN à l'oeuvre.

ABONNEZ-VOUS

Mediapart
Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Fukushima: les académiciens autopsient la catastrophe

|  Par Michel de Pracontal

Un rapport de l'Académie des sciences qui vient d'être publié met en lumière les enjeux de la catastrophe de Fukushima, à la fois sur le plan de ses conséquences pour le Japon et pour l'avenir de l'énergie nucléaire.

Partage

«De même qu'il y a eu un “avant” et un “après” Tchernobyl, il y aura un “avant” et un “après” Fukushima» : présentant le rapport du groupe de travail «Solidarité Japon» de l'Académie des sciences, publié mercredi 29 juin, Alain Carpentier, président de l'académie, a souligné l'importance exceptionnelle de l'événement survenu le 11 mars 2011, une «catastrophe double», d'abord sismique, ensuite nucléaire.

Ce groupe de travail a été formé au sein de l'Académie des sciences à la suite d'une rencontre entre les académiciens et une délégation japonaise, dans le cadre de la réunion du G8-G20 qui a eu lieu peu après la catastrophe du 11 mars. Les académiciens se sont répartis en trois sous-groupes, le premier consacré à une réflexion sur les «mégaséismes et mégatsunamis», un deuxième à l'accident nucléaire et un troisième aux conséquences médicales. Seuls les rapports des deux premiers sous-groupes ont été rédigés ; le volet médical et sanitaire, qui demande de plus amples recherches car les informations sont encore insuffisantes, sera publié après l'été.

Selon le physicien Edouard Brézin, responsable du volet nucléaire, «l'accident nucléaire majeur de Fukushima Daiichi, classé au niveau 7 de l'échelle INES, a provoqué la fusion du cœur et le percement de la cuve de trois réacteurs, deux explosions d'hydrogène, a rendu 500 kilomètres carrés inhabitables pour une durée encore inconnue, a produit 100.000 tonnes d'eau contaminée qu'il faut retraiter, et a tué trois employés de la centrale». Pour Brézin, «il est évident que cet événement va changer le point de vue sur l'industrie nucléaire, sa sûreté et peut-être la façon de la conduire».

Si le rapport dirigé par Edouard Brézin ne contient pas de révélations spectaculaires, il met l'accent sur plusieurs points très importants dont on n'a pas toujours pris la mesure. En ce qui concerne l'ampleur de l'accident, les académiciens reprennent l'estimation de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) qui évalue le total des rejets de Fukushima à 10% de ceux de Tchernobyl. «Mais cette émission à beaucoup moins haute altitude a conduit à proximité de la centrale dans une région très peuplée, à des dépôts radioactifs comparables à ceux de Tchernobyl.» Faut-il alors s'attendre à des conséquences sanitaires très lourdes ? «Il n'y a pas encore d'estimation précise des doses et débits de dose auxquels les habitants ont été soumis», affirme le rapport.

Quant au déroulement de l'accident, le rapport de l'académie souligne que les principales conséquences découlent du tsunami, qui a stoppé les systèmes de refroidissement de secours des trois réacteurs en fonctionnement, plus que du séisme lui-même. Il reste cependant difficile de savoir exactement quelles ont été les conséquences initiales du séisme, avant le déferlement de la vague.

Les académiciens soulignent aussi l'extrême difficulté que les opérateurs de la centrale ont eu à maîtriser la situation de la piscine du réacteur n°4, où avait été entreposé le contenu de quatre cœurs de réacteurs, et qui n'avait pas d'enceinte de protection. Le « dénoyage » d'une grande partie de ce combustible usagé n'avait pas été envisagé et aurait pu entraîner un scénario encore plus dramatique que celui qui s'est produit.

Partage