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Sam.28 mars 201528/03/2015 Édition de la mi-journée

Mali: après la prise de Kidal, les difficultés commencent

|  Par Thomas Cantaloube

L'arrivée des soldats français à Kidal grâce à la collaboration de certains rebelles touaregs signifie que le politique devrait désormais reprendre le pas sur le militaire.

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L’arrivée de l’armée française à Kidal, au nord-est du Mali, marque une étape importante de l’intervention de Paris. Non parce que les soldats hexagonaux auraient « pris le bastion des islamistes », comme on a pu le lire ces derniers jours, bien au contraire, mais parce que, pour la première fois depuis trois semaines d’opérations armées, le politique devrait reprendre le pas sur le militaire. Tout d’abord, Kidal n’est pas « le bastion des islamistes », mais le berceau des révoltes touarègues. C’est la chute de Kidal, en mars 2012, concomitante du coup d’État militaire à Bamako, qui marque le début de la capture du Nord-Mali par l’alliance des rebelles touaregs et des islamistes. Or, si ces derniers s’épanouissent dans la région, ce ne sont pas eux qui la contrôlent historiquement.

Ensuite, les militaires français n’ont pas « pris » Kidal. Ils y ont plutôt été « invités », comme l’expliquent plusieurs sources qui connaissent bien les dynamiques politiques de la région. Jusqu’à la mi-janvier, Kidal était sous le contrôle d’Ansar Dine, un groupe dirigé par le chef militaire touareg historique et originaire de la ville, Iyad Ag-Ghali, qui a fait alliance avec Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Mais, voyant la tournure prise par l’intervention militaire française, un certain nombre de notables de Kidal, dont le fils du chef spirituel des Touaregs, ont décidé de faire scission d’Ansar Dine en créant le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA). Comme un joueur de foot qui changerait de maillot en cours de match, le MIA a proclamé sa condamnation du terrorisme et du fondamentalisme et s’est déclaré ouvert à des négociations. Dans la foulée, il a laissé le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), le groupe d’autonomistes touaregs à l’origine de la révolte de janvier 2012, revenir à Kidal.

 

Un combattant du MNLA célébrant le début de la rébellion de janvier 2012.Un combattant du MNLA célébrant le début de la rébellion de janvier 2012.

 

Le MNLA, qui a ses entrées au Quai d’Orsay et dont plusieurs leaders résident en France, s’est toujours posé en rébellion laïque. Ils avaient commis le faux pas de s’allier avec les islamistes pour conquérir le Nord-Mali l’an passé, avant d’être défaits et chassés par leurs ex-partenaires. Depuis six mois, ils tentaient de négocier leur retour sur la scène politique (en assouplissant leurs revendications indépendantistes) et militaire (en proposant leur assistance aux forces d’intervention). C’est aujourd’hui chose faite. En revenant à Kidal par la grâce du MIA, le MLNA a, à son tour, « laissé les Français venir », comme le suppose Andy Morgan, un écrivain britannique qui connaît remarquablement bien les forces touarègues en présence. « Il est quasiment certain que le MLNA et le MIA ont passé un accord avec les militaires français en les autorisant à atterrir sur l’aéroport. De cette manière, en arrivant en avion plutôt que par la route, les Français sont venus sans l’armée malienne, ce qui arrange tout le monde : les Touaregs de Kidal, qui ne veulent pas de l’armée malienne qu’ils détestent, l’armée malienne elle-même, qui a été régulièrement défaite dans la région et les Français, qui récupèrent sans combattre la dernière grande ville du pays. »

Si tous ces acronymes et ces différents groupes armés imbriqués les uns dans les autres ressemblent à un écheveau difficile à démêler, c’est justement parce que cela l’est. « La politique du Sud-Sahel est la chose la plus compliquée à laquelle j’aie été jamais confronté », racontait un diplomate français spécialiste de l’Afrique, il y a quelques semaines. Et la situation actuelle illustre à merveille un vieux dicton bédouin : « Moi contre mon frère, mon frère et moi contre mes cousins, et toute la famille contre les autres. » Bon gré mal gré, la France fait désormais partie de la famille. Jusqu’à quand ?

Mercredi 30 janvier, le MIA a publié un communiqué pour expliquer : « Le MIA comme le MNLA ont donné les preuves de leurs engagements à coopérer avec la France, puisque les forces françaises sont entrées à Kidal sans qu'aucun coup de feu ne soit tiré, c'est la preuve que Kidal n'est pas un sanctuaire pour terroristes. » Le ministre de la défense Jean-Yves Le Drian avait d’ailleurs bien compris le message puisque, depuis plusieurs jours, il répète la même chose dans tous les médias : « Je le dis pour aujourd'hui, mais je le dis aussi pour demain. Les Touaregs, sauf ceux qui se sont laissé embrigader par des groupes terroristes que nous condamnons totalement, (…) sont nos amis. »

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