De Villiers-le-Bel à Tarnac nouvelles d'un front...
Souvenez-vous Villiers-le-Bel, la mort des deux adolescents fauchés par une voiture de police, deux jours d'émeutes d'une rare intensité et le déploiement d'une véritable force militaire et de toutes les dernières technologies de la contre insurrection (hélicoptères, drones...). C'était fin novembre 2007.
Février 2008, tout le monde s'en souvient, nous sommes bombardés d'images d'une opération massive d'encerclement du quartier et de perquisitions en série menées par un dispositif policier complètement surdimensionné avec journalistes "embarqués". Arrestations en série, interrogatoires, garde à vues, relaxe pour la plupart, rien, aucun éléments trouvés. Alors on monte encore d'un cran, appels à la délation contre rémunération, et protection spéciale du statut de "témoin sous x". Nouvelles arrestations, cinq personnes sont mises en examen, sur cette seule base, la délation rémunérée.
Qu'en est il aujourd'hui, qui se préoccupe de leur sort sinon leurs amis et les habitants du quartier?
Ils ont tous fait un an de ''prison préventive'', ponctué d'auditions d'un juge d'instruction, mais rien, de l'avis de tous et principalement de la défense, le dossier est entièrement vide. Mais quand il faut des coupables, surtout quand en partie civile on a une soixantaine d'agents des forces de l'ordre, mises à mal, ces forces là, sur le terrain autant que dans le procès pour la mort des jeunes qui piétinne toujours, on ne s'attarde pas sur ce genre de détails.
Fin février de cette année, comme c'est prévu par la loi qui régit la détention préventive, ces cinq personnes ont été représentées devant un juge des libertés pour juger de l'éventualité de leur mise en liberté ou de la prolongation de la détention. Par ce qui semble être un pur hasard ou un dérapage conscient du juge, la première des personnes présentées est libérée... puis par un étrange phénomène qu'on pourra supposer "de couloir", les quatre autres qui ne présentaient rien de plus "à charge" dans leur dossier, voient leur mandat de dépôt prolongé pour six nouveaux mois. Sans perspective de procès. En silence. Personne n'en parle, jamais.
Alors on pourra comprendre que certains s'étonnent de la pourtant déjà minime agitation autour du maintien en détention de Julien Coupat.Qui est finalement loin d'être une exception, un cas isolé...
Il faudrait pouvoir ne pas toujours prendre les choses par le petit bout de la lorgnette, ne pas "réagir" à chaque fois comme si c'était la première fois, ne pas faire mine de découvrir toujours, les rouages de la raison d'état, les comportements politiques dictés par la rente électorale, le journalisme toujours plus ramené à un simple rôle d'échos des dépêches du parti de l'ordre, pas tant du fait d'une quelconque tutelle officieuse sinon du fait d'une incompétence chronique, d'un défaut de sens historique, d'une amnésie crasse, d'un manque d'exigence patent. Les exceptions à cette règle sont beaucoup trop rares pour prétendre sauver la profession, désolé pour eux.
A leur décharge toutefois, c'est vrai qu'on imagine mal comment il pourraient porter à eux seuls la tâche qui devrait revenir à chacun. Nous sommes jusqu'au cou dans une époque ou dire et "parler de" ne suffit plus depuis longtemps, et contribue même peut-être à renforcer le sentiment d'impuissance généralisé. Alors comment faire?
Comment ne plus juste "parler de", mais répondre, pied à pied, chacun à sa manière, à la guerre qui nous est faite.







Je crois que "cristalliser" notre protestation sur le "cas" de Julien Coupat,
dont nous devons la projection dans l'opinion publique grâce à la réaction de ses proches un peu "éduqués" de la classe moyenne supérieure,
pourra(it) permettre en réussissant à obtenir un meilleur fonctionnement de la justice, à créer un précédent susceptible de faire jurisprudence en la matière, et permettre par voie de conséquence la résolution de tous les autres cas similaires, médiatisés ou non.
C'est en tout cas également dans ce sens que je me tiens informée, autant que possible, de "l'affaire" Julien Coupat.
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Oui, c'est une question qui nous concerne tous. Une question ouverte, comme une plaie qui va en s'infectant ! Qui plus est , avec la surveillance de l'internet mise en place, l'acceptation d'un état d'ordre de nos concitoyens, une presse dédiée à la propagande, des politiciens plus intéressés par leur maintien en place, les prochaines élections, leurs émoluments que par la justice, des ministres qui ne sont que des représentants de commerce de $@rko et de ses soutiens cachés dans l'ombre de l'Elysée,... notre parole, nos écrits, nos réponses donc, ne peuvent être de l'incitation à la résistance active ; d'où une impression, pour le moins frustrante d'impuissance. Les syndicats, pour le peu de représentativités qu'ils ont, ne sont pas, à mon sens, très actifs ; peut-être un manque de radicalité ?
Pourquoi, par exemple avoir attendu deux mois pour qu'une nouvelle manifestation générale soit organisée ??? pour que le gouvernement ait le temps d'enfumer, de diviser, de satisfaire telle ou telle organisation, corporation ? Pour moi cet "immobilisme" est inquiétant. Devrons-nous nous inspirer des Dom-Tom ? le pouvons-nous d'abord ? car bien que nous ayons nos "béké" en métropole aussi, la solidarité n'est pas vraiment visible. Une quarantaine de soutiens pour le précédent jugement de Julien Coupat, quelques dizaines de manifestants devant l'assemblée nationale contre la loi Hadopi... ça recrute dur chez les crs !
Les syndicats, en effet, ne sont pas trés actifs sur le sujet. S'il est vrai qu'ils sont un peu occupés en ce moment par "lepouvoirdachat", il y aussi, et depuis un certain temps, un trés net manque de radicalité. Examinez de prés l'effet qu'ont eu sur eux les lois Auroux. Pour les subventions aprés élections, les syndicat listent. Seul SUD et le mouvement "Solidaires!" bougent sur le sujet: et pour cause, ils sont visés eux aussi (voir les "petites remarques" du Sarkosme au moment des gréves à Montparnasse) Pour leur défense, on peut dire qu'ils sont peut-être aussi un peu trop souvent attaqués par des ... "individualistes de gauche".
Les syndicats (...) ne sont pas très actifs. C'est un doux euphémisme Pierre. Je les vois plutôt comme le bras social du gouvernement servant à tempérer les ardeurs citoyennes. Un levier de plus pour canaliser les masses.
A l'image des cheminots pendant les grèves de 1985, l'idéal serait de se passer des syndicats et de mettre sur une pied une coordination nationale. Que les gens se fédèrent, se solidarisent et rentrent en auto-gestion. Si cela arrivait, je pense que les dirigeants auraient beaucoup plus la pétoche: "Merde on ne contrôle plus rien?!!!"
Convaincu que le véritable changement viendra d'en bas.
Comment ne plus juste "parler de", mais répondre, pied à pied, chacun à sa manière, à la guerre qui nous est faite.
Ben oui, c'est ça le truc.
Et j'ai beau chercher, c'est bien le problème.
On ne peut rien tout seul, à part parler, ce qui n'est pas rien mais n'est pas non plus grand chose.(Si tu as d'autres idées, Benjamin, je suis preneur).
Alors ? Une manif tous les deux mois ? Qu'est-ce qu'ils vont avoir peur, l'Etat-Sarko et la finance ! Manquerait plus que Martine Aubry et ses cohortes Ancrées-à-Gauche leur fassent les gros yeux, ça serait carrément la panique…
Bon, le 19 mars on y sera. Et on verra.
Amitiés
C'est encore une fois la preuve que sans journalisme combatif la démocratie recule. Mais que pouvons nous faire pour que ce pouvoir-là existe ?
L'article de Benjamin se termine par une variante de la question: "comment résister?".
Sur la question des libertés, il y a un certain remue-ménage créé par l'Appel des appels. Pas de "rente électorale"en ce cas. Et pourtant la méthode n'est pas très productive, il me semble, au-delà d'un succès d'estime.
Comment résister? Mais sommes nous d'accord sur l'analyse de la situation économique, sur l'analyse de la récession? Sommes nous d'accord avec le texte proposé par Velveth à ce sujet, ce jour sur son blog, en particulier? Si nous ne sommes pas d'accord sur ce point, nous ne serons pas d'accord sur la place à donner au développement actuel de l'appareil répressif et militaire. Et les conceptions du mot résistance" varieront. Ce qui n'empêchera pas de résister, chacun à sa façon.
Bien sûr, les résistances ont commencé depuis longtemps. "Pied à pied". Mais pour parvenir à quelques victoires, il faut plus d'analyse, de débats. Et là, ce ne sont pas les médias qui nous empêchent de penser, plus et mieux, collectivement.
Cher M. Epicier-Terroriste,
Merci pour cette mise au point ajustée…
Il nous faut en effet répondre.
Vite, même.
Ni réagir, ni s’offusquer, bien dit.
Le conflit est là, maintenant. L’heure n’est plus aux compromis individuels.
Ce matin j’ai appris, en première page de mon journal local, qu’un activiste américain avait été éborgné par la police israélienne pendant des manifestations à Naalin… il est hospitalisé dans un état critique, risque de ne pas survivre. Dans ce même article, il était fait mention des quatre Palestiniens tués depuis le début des manifestations dans cette ville… qui n’ont jamais eu les honneurs de la couverture de Haaretz.
C’est toujours la première fois, je crois…
et il faut la garder intacte, la surprise…
la nausée du début
préserver ce dégoût originel que provoque la première bouffée d’injustice.
Ne jamais s’habituer.
Ne jamais mollir.
Penser collectivement, rassembler nos outils.
Courage, donc
Militer, témoigner, méditer, cesser de regarder la télé, consacrer son temps à manifester, faire savoir les cris du cœur, les âmes vivantes, les corps debout, les poings levés, ami, entends-tu ? Distribuer des tracts, coller des affiches, rechercher la solidarité vive, l'union, s'engager, servir pas se servir, tenir des réunions publiques, cesser de faire rêver aux lendemains qui déchantent, de compter son audimat et de parier sur son impact médiatique, ceci est une révolution, pas un papelard sur le grand soir, participer au comité de soutien des mal-logés, des expulsés, des sans-papiers, des exploités, des révoltés, des seuls dans un coin, des embastillés sur ordre d'en haut ou d'en bas et qui essaient de survivre en enfer, héberger, aider, signer les pétitions, aller à Strasbourg le 4 avril, parler avec les gens avec qui on ne parle jamais mais dont on parle souvent dans le brouillard des lacrymogènes, le bruit des bottes et les crocs des chiens, nourrir, s'élever en se mettant au même plan que tous, parler dans le micro sur le trottoir, aller dans les rues le 19 mars, envoyer des sous au bled, se former, lire Mediapart, dormir un peu, travailler, recommencer, voter, ne jamais s'abstenir, s'abstenir c'est mourir, renoncer c'est mourir.
@Pierre Fayollat :
Oui, une liste à cocher chaque jour !
Convaincre ses voisins ; tenter de solidariser ceux que l'on qualifie de "majorité silencieuse", aller au carton chez l'"ennemi" (par exemple tenter de mettre des commentaires sur le site de l'ump,...), écrire aux députés, pas seulement le sien (autre forme de pétition)... se bouger le cul, quoi !
Oui, c'est tout cela en effet qu'il faut faire, et en premier lieu prendre la parole, contribuer à extirper nos analyses du carcan culturel. C'est un peu ce à quoi nous participons tous sur Médiapart et c'est bien, certes insuffisant mais tellement nécessaire.
Òïl efectivament .... Òc totparier. Yes and so ?
Je n'ai pas oublié les trois ou quatre bretons qui croupirent en prison pendant plus de quatre années, sans une ligne dans la presse parisienne.
Je n'oublie pas les commentaires résents de sos racisme et Valls contre Élie Demoto .... comme si la Guadeloupe était une paisible île française et que le national-parisianisme n'y porterait pas SA justice à bout de bras...
Je n'oublie pas l'absence de commentaire depuis qu'Yvan Colonna refuse de sortir parader (pour le bien de SA justice et de SA presse) pour une justice d'exception, pas nouvelle car l'État se sent en danger ...
C'est oublier qu'entre 1789 et 1793, les peuples de France ont perdu le pouvoir et que peu importe les régimes, Paris créera seulement une dictature, la plutocratie, la partidocratie, le bonapartisme, los pouvoirs d'exception au profit d'un ou d'une élite ; c'est ontologique.
1209 les français rentraient en Occitània pour une conquête genocidaire, c'était la première inquisition qui débutait avec les armes parisiennes et la bénédiction vaticanesque...
Vous en voulez d'autres, les Occitans et les Occitanes ont 800 années d'histoire de ce type à vous compter, pardon à vous conter... on est très KULTUREL, vous savez!
"Les peuples ont perdu le pouvoir en France en 1789"? Non c'était déjà en 1209? Etrange propos. Maurras mal digéré?
Monsieur Elie Domota n'est pas occitan, mais son nom et l'orthographe de son nom méritent le respect. "Demoto"!
Le message projeté en filigrane par l'ensemble des élites dirigeantes de la majorité des pays me semble être qu'il existe dans le monde un "ennemi", multiforme et insidieux, externe et interne, dont le combat nécessite un pouvoir de type totalitaire plus ou moins soft, et la mise au placard des libertés individuelles (là ou elles existaient) pour une meilleure "sécurité" globale et locale.
Cet ennemi se conjugue partout à la sauce des paranoïas locales: les immigrés voleurs de travail, les terroristes islamiques, les anarcho-autonomes, les séparatistes, les jeunes, les fumeurs d'herbes, bref toute opinion ou revendication non formatée par l'establishment est érigée en dérive dangereuse à abattre, et justifie le contrôle de plus en plus poussé de la population.
Cette machine de guerre totalitaire au profit d'une petite minorité (en gros: les politiques, le big business, les patrons des grands médias, les magistrats, les technocrates et autres hauts fonctionnaires, les flics et les militaires, les scientifiques à œillères, les moralisateurs et les experts inféodés en général) génère les faits repris ici par Benjamin. Résister sur chaque front est bien sur nécessaire mais symbolique: l'incurie judiciaire perpétrée par exemple contre un Julien Coupat, même si on arrive un jour à le faire sortir, est un fait qui peut se reproduire contre n'importe qui n'importe quand, et c'est bien là le but premier de la manœuvre: l'intimidation, tuer dans l'œuf toute velléité de résistance.
Pour résister, vraiment et non pas juste symboliquement, je ne vois pas grand chose d'autre que la désobéissance de masse. Ce qui n'est pas synonyme de grève ou de casse à grande échelle. La désobéissance de masse qui conduirait à l'anarchie (dans le sens négatif, usuel du terme) se terminerait sans doute de manière assez cauchemardesque. Il faudrait une désobéissance structurée, par exemple la tenue de jury populaires en parallèle avec les tribunaux officiels sur des affaires qui sortent du cadre du simple fait avéré: la démonstration de l'injustice flagrante de la version officielle (Outrau, Colonna, Coupat, etc...) mènerait alors au refus, soutenu massivement (tout est là!), d'obtempérer aux injonctions officielles.
Autre exemple: refus massif de déploiement de "forces de l'ordre" lors des déplacements de NS: opérations ville close, barrages (si tout le monde gare sa voiture au milieu de la rue, plus rien ne passe), etc...
La question évidente, fondamentale: comment organiser ce type d'actions? Le pouvoir sait que là est la plus grande difficulté, et c'est là ou il met le paquet en terme de renseignement, d'intimidation, de violence policière et judiciaire.
Bonjour, Vincent,
Au cas où cela vous aurait échappé, Médiapart et quelques abonnés ont publié sur le site des analyses de Naomi Klein, qui semble assez lucide sur l'état de la gouvernance à l'échelle globale, mondiale ; je vous rappelle ci-dessous quelques liens (en aucun cas limitatifs, of course :o)
http://www.mediapart.fr/journal/international/040508/naomi-k...
http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/120308/naomi-k...
http://www.france.attac.org/spip.php?article8964 (Le temps est venu de résister à la Doctrine du Choc de Wall Street, par Naomi Klein).
Ces documents datent de l'année dernière, il faudrait que je prenne le temps de chercher s'il y en a de nouveaux (exemple, son éclairage personnel sur les débuts de la présidence d'Obama, la continuation du hold up financier international, etc.), ou si quelqu'un qui me lirait en connaîtrait...
Bonjour Corinne,
Merci pour ce rappel. J'avais lu les articles, mais pas le livre lui-même (comme tant d'autres bouquins qu'il faudrait lire..). Si j'ai bien compris le thème concerne avant tout les réponses possibles à la logique économique qui nous a mené à la crise. Mais la question ici est plus large me semble t-il, elle se poserait avec ou sans la crise, qui n'est finalement qu'un épiphénomène d'une mouvance d'un pouvoir "mondial" basé sur l'entretien de la peur et, son corollaire sécuritaire.
Un jury populaire ? Sur quelle base du droit ? Celui qui enferme à Villiers-le-bel et Tarnac ou bien un autre ? Et si c'est un autre, établit par qui ? Et avec quel moyen d'action ? Est-ce vraiment le sujet que de rendre des verdicts et prononcer des sentences ?
Par ailleurs, si désobéissance ne saurait être synonyme de grève et de casse, ce serait trop exclusif assurément, ne passe-t-elle pas quand même aussi par le refus de travailler et le vandalisme ? Garer sa voiture au milieu de la chaussée pour que plus personne ne passe, n'est-ce pas tout simplement dresser une barricade ? Mais en même temps vous suggérez qu'une telle chose "se terminerait sans doute de manière assez cauchemardesque".
Peut-être n'échaperons nous pas au cauchemard :
"Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire après le dépôt d’une plainte par Nadine Morano contre Dailymotion, auquel elle reproche d’avoir publié des commentaires d’internautes qu’elle juge injurieux à son égard, a-t-on appris jeudi de source judiciaire.
Cette enquête pour «injure publique», confiée aux policiers de la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP), a été ouverte le 13 février, trois jours après le dépôt d’une plainte par la secrétaire d’Etat à la Famille contre Dailymotion, a précisé cette source, confirmant une information de 20 minutes.
Mme Morano reproche au site de partage et d’échanges de vidéos de ne pas avoir retiré des commentaires d’internautes, jugés pour certains injurieux, postés sous les vidéos qui la concernent.
Une partie de cette enquête préliminaire consiste à obtenir de Dailymotion les identifiants des ordinateurs à partir desquels les commentaires ont été envoyés. AFP
@Floreal Meneto
Dans mon exemple de jury populaire, l'idée n'est pas qu'il rende la justice, l'idée est qu'il conteste les jugements immoraux, injustifiables, dans le but d'obliger la justice officielle à appliquer... la justice. Vous posez plus globalement le problème du droit: faut-il s'assujettir à un droit qui est créé au le bénéfice d'intérêts particuliers? Je vous invite à lire un excellent billet de Georges de Furfande à ce sujet, http://www.mediapart.fr/club/blog/georges-de-furfande/150209... dont je me permet de citer ici un extrait:
L’exercice par une victime de ses droits se constituant partie civile est considérée comme ce que le Parquet en particulier aime appeler une « instrumentalisation de la justice » parce que la France n’est pas un Etat de Droit, où les lois créent des droits qui sont la contrepartie des devoirs, elle est un Etat de Lois qui sont uniquement un instrument de pouvoir. Le droit est imposé, il ne peut être discuté. Avec cette loi du 5 mars 2007 la France a fait un gigantesque pas en arrière dans une progression vers un état de droit. La victime qui déjà était réduit à un simple rôle de déclenchement de l’action publique, à laquelle elle n’était pas associée, a perdu l’essentiel de la possibilité d’initiative, elle est soumise au bon vouloir du Parquet.
Pour arriver à sortir de l'impasse totalitaire dans laquelle nous mène le système actuel, qui crée les lois qui l'arrange, il faudra bien accepter l'idée de sortir du cadre légal.
Chantons la CARMAGNIOLE!
Je ne crois vraiment pas que la médiatisation de l'affaire de Tarnac soit due au fait que les personnes impliquées pouvaient, pour certaines d'entre elles, appartenir au "beau linge" ; et qu'en regard l'affaire de Villiers le Bel soit tombée dans l'oubli simplement parce qu'il s'agit de jeunes de banlieue.
Le cas Tarnac contient tous les ingrédients qui le rendent exemplaire sur les plans de l'atteinte aux libertés publiques, avec l'extension de la notion de terrorisme, la mise en oeuvre des nouveaux outils de surveillance des individus (DCRI, méthodes), l'inféodation de la justice, des médias. Exemplaire aussi quand à la mise en coupe réglée de la présomption d'innocence, devenue une franche présomption de culpabilité, et ce en dépit du drame d'Outreau.
Exemplaire enfin car c'est une affaire politique au sens étroit du terme : les " présumés terroristes" représentent idéalement, par leur mode de vie et leur expression, ce spectre de mai 68 que Sarkozy croit pouvoir conjurer ; les "attentats" ont été perpétrés dans un environnement de grèves dures, suscitant un faux-débat public sur les méthodes des syndicats tels Sud Rail (rappelons que la suspicion s'était portée à l'origine sur des cheminots).
Voilà ce qui fait la force du cas Tarnac et qui doit conduire à une lutte, non pas seulement pour libérer Julien Coupat et exiger une justice réelle, mais pour porter un coup puissant contre l'esprit du temps, marqué par les idéologies d'extrême-droite. Une victoire sur le terrain du droit, dans cette affaire, ne sera pas mince
Est-ce à dire qu'il faille se désintéresser de l'affaire de Villiers le Bel ? Je pense qu'il est effectivement temps pour chacun de nous d'agir là aussi - et chacun à son échelle - comme le suggère l'auteur du billet. Les cas sont distincts, mais ils sont liés.
Voici les paroles de la carmagnole
Madam' Veto avait promis (bis)
De faire égorger tout Paris (Bis)
Mais son coup a manqué
Grâce à nos canonniers
Dansons la carmagnole
Vive le son, vive le son
Dansons la carmagnole
Vive le son du canon !
Monsieur Veto avait promis
D'être fidèle à son pays
Mais il y a manqué
Ne faisons plus quartier
Amis restons toujours unis
Ne craignons pas nos ennemis
S'ils vienn'nt nous attaquer
Nous les ferons sauter.
Antoinette avait résolu
De nous faire tomber sur le cul
Mais son coup a manqué
Elle a le nez cassé
Son mari se croyant vainqueur
Connaissait peu notre valeur
Va, Louis, gros paour
Du temple dans la tour
Les Suisses avaient promis
Qu'ils feraient feu sur nos amis
Mais comme ils ont sauté
Comme ils ont tous dansé !
Quand Antoinette vit la tour
Ell' voulut faire demi-tour
Elle avait mal au coeur
De se voir sans honneur.
Lorsque Louis vit fossoyer
A ceux qu'il voyait travailler
Il disait que pour peu
Il était dans ce lieu.
Le patriote a pour amis
Tous les bonnes gens du pays
Mais ils se soutiendront
Tous au son du canon.
L'aristocrate a pour amis
Tous les royalist's de Paris
Ils vous le soutiendront
Tout comm' de vrais poltrons !
La gendarm'rie avait promis
Qu'elle soutiendrait la patrie.
Mais ils n'ont pas manqué
Au son du canonnier
Oui je suis sans-culotte, moi
En dépit des amis du roi
Vivent les Marseillois
Les bretons et nos lois !
Oui nous nous souviendrons toujours
Des sans-culottes des faubourgs
A leur santé buvons
Vive ces francs lurons !
Dans une tribune publiée par Le Monde (http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/03/16/tarnac-fac...), 8 des «9 de Tarnac» annoncent: «Nous décidons qu'à partir de ce jour, dans l'héroïque tradition d'un Bartleby, "nous préférerons ne pas". En gros, nous ne vous dirons plus rien et cela jusqu'à ce que vous le libériez, jusqu'à ce que vous abandonniez la qualification de chef pour lui et de terrorisme pour nous tous. En résumé, jusqu'à ce que vous abandonniez les poursuites. (...) Il n'y a pas neuf personnes à sauver mais un ordre à faire tomber.»
Merci Vincent Truffy pour ce lien, qui tombe à pic dans le contexte de cette discussion!
Je me permet d'en citer un autre passage, qui va dans le sens de mon argument d'hier sur l'inévitabilité de sortie du cadre légal:
C'est précisément parce que cette affaire n'a jamais été juridique qu'il faut transporter le conflit sur le terrain du politique. Ce que la multiplication des attaques d'un pouvoir toujours plus absurde appelle de notre part, ce n'est rien d'autre que la généralisation de pratiques collectives d'autodéfense partout où cela devient nécessaire.
Etant entendu que je ne vois pas comment on peut envisager l'autodéfense dans un cadre légal, vu qu'il suffit au pouvoir de faire voter toute loi interdisant les systèmes d'autodéfense qui pourraient être mis en place, s'ils ne sont pas déjà hors-la-loi.
A titre d'information supplémentaire, un des rares articles parus récemment sur la situation des incarcérés de Villiers-le-Bel, relayé sur le site du Jura Libertaire.
http://juralibertaire.over-blog.com/article-28577180.html
Et les articles paru sur Mediapart au moment des évènements...
Villiers le Bel:
http://www.mediapart.fr/journal/france/110908/souriez-vous-e...
http://www.mediapart.fr/journal/france/180308/emeutes-a-vill...
http://www.mediapart.fr/journal/france/180308/violences-urba...
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/03/18/bandes-orga...
un article du monde en réaction à l'intervention de NS sur les bandes dans les quartiers et son idée de créer un délit d'appartenance "en connaissance de cause" à une bande. Une nouvelle campagne commence.
Oui de bien "belles" perspectives. Au fait, une bande, c'est bien à partir de 2, non ?
Et le couvre-feu c'est pour quand ?
Merci pour tous les liens, et le texte publié à la fois dans le Monde et sur le site de soutien "inculpés 11 novembre". Texte à lire, vraiment.
Voilà, je m'étais engagée à rendre compte, d'une part de la réunion vendredi dernier quai de Charente à Paris, d'autre part de celle, hier, dans le onzième.
La question de Benjamin, comment résister, y était accompagnée d'autres questions dont celles-ci,
comment ne pas s'épuiser à résister, y mettre toute énergie, au détriment des propositions, de la mise en pratique d'autre chose. Talent de la répression: occuper.
Mais finalement je ne fais aucun billet de compte-rendu: les réunions, on le sait, hein, sont des fois exaltantes, des fois très très ennuyeuses. Par contre, un rappel. J'ai pu noter - et pas seulement à propos de Tarnac - que l'effervescence internet ne correspond pas forcément au réel. Mille commentaires, quinze présents sur le terrain.
Dix mille signatures sur un clic, quarante dans le vie réelle.( je me compte parmi les cliqueurs sans suite). Merveille de la communication instantanée, désastre de la bonne conscience sur clavier.
Simplement, à un moment, il devient nécessaire d'y aller, de faire un peu plus que commenter, de soutenir dans le grand monde virtuel. Pas de recette, mais qu'on y pense tous.
C'est navrant ! internet comme un bruit de fond sans conséquences réelles ?
Encore que... j'ai trouvé que même ici, il y avait peu de réactions, jusqu'à il y a 2/3 semaines !
Je me suis demandé si il ne s'agissait pas de peur, comme si le fait de parler de Julien Coupat, des inculpés du onze novembre faisait courir un risque ?!
Allons-nous croire que la liberté d'expression s'use si l'on s'en sert, alors qu'elle ne fait que s'amenuiser ? Pwofitons-en !