Entre 2008 et 2010, à Brest, Miami, Bourg-en-Bresse..., Denis Darzacq a photographié des handicapés. Cette série Act (« pour dire à la fois action, acteur et activisme ») leur donne une image publique hors du monde médicalisé. Ici, très sensiblement, ils « prennent position » dans des musées, leur entreprise, chez eux ou à l'extérieur.

ACT N° 31. Maloyn Chatelin

ACT N° 05. Boubacar Konate

ACT N° 41. Jack Riley

ACT N° 38. Lila Derridj

ACT N° 29. Adrien Kempa

ACT N° 50. Groupe 01

ACT N° 58. Alex Scholefield

ACT N° 06. Emily Moorhouse et Amjad Saleem

ACT N° 10. Cédric Legal

ACT N° 55. Gladys Foggea

ACT N° 23. Adrien Kempa

ACT N° 25. Charline Barboutie et Vincent Languille

ACT N° 02. Amjad Daleem

ACT N° 57. Brian Wakeling
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Magnifique. Merci.
En tant que telles, ces photos sont émouvantes et fortes, mais quel regard apportent-elles sur "leur différence"? Peut-être trop de différence justement. Mélangeons-nous.
Je ne sens pas de surrabondance de différence dans le regard du photographe. Cette surrabondance n'est-elle pas dans votre regard ?
Des images magnifiques, en premier lieu par leur qualité picturale, et aussi le pouvoir d'empathie qu'elles provoquent. Et je divergerais quelque peu des deux commentaires qui précèdent. S'il est vrai que le "trop de différence" relevé par THOMASZ H. existe en premier lieu dans notre regard, il me semble cependant qu'il y a bien "surabondance de différence" dans les photos quoiqu'en pense LMARTELLI. Et c'est tant mieux. Car le sujet de ces photos est de saisir avec affection des silhouettes ou des visages qui souvent font s'esquiver notre regard. En soulignant la "différence", en la marquant même avec humour et tendresse, il s'agit donc de retenir ce regard fuyant, mais aussi de le retourner. La puissance et la séduction de ses photos se construisent sur une étrange et douce poésie de la différence. Ces photos veulent que notre regard attiré par l'inattendu s'ouvre (enfin) à lui avec bienveillance.
Jean-Michel Sivry "Ces photos veulent que notre regard attiré par l'inattendu s'ouvre (enfin) à lui avec bienveillance". Je suis assez d'accord. Beaucoup de tendresse même
La question que (me) pose lmartelli est à réfléchir.
J'approuve les messages positifs écrits dans ce fil au sujet de ces photos et du travail fondamentalement bienveillant de ce photographe, une chose résiste tout de même. Peut-être est-ce le commentaire du début qui présente le travail de l'auteur. " Denis Darzacq a photographié des handicapés. ". Peut-être ce commentaire aurait dû être mis à la fin. On regarde ces images au filtre de ce mot "d'handicapés" et c'est peut-être ça qui me choque. Ne peut-on regarder ces photos sans ce mot qui le précéde ? Peut-on regarder ces êtres, ces images sans référence à ce handicap "annoncé" ?
Une photo par exemple : Le couple allongé, tête-bêche. Si on ne m'avait pas dit qu'il s'agissait d'une série sur "les handicapés", j'aurais très certainement regardé cette photo autrement. Celle du jeune allongé à l'envers, avec la tête vers nous, idem, mais il y en a plein d'autres.
Autre question : Pourquoi mêler des images de jeunes avec leurs fauteuils roulants (aussi intéressantes, fortes visuellement, émotionnantes) et des êtres trisomiques ? Quel sens cela a-til ?
En écrivant ce commentaire, je pense à ce qui se passe parfois après une projection de film, lorsque le réalisateur est présent, il y a un échange avec le public. Si on avait été dans ce cas de figure-là, j'aurais bien aimé posé ces questions à ce (vrai) photographe.
Pour préciser, j'ai aimé dans ces photos comment la position des corps dit la souffrance, l'affection, le vécu....
@Tomasz H.
Commentaire constructif et questions intéressantes. J'y souscris en grande partie. Ce que vous dites sur deux clichés en particulier m'avait frappé dès la première photo de la série. Je ne vois absolument pas le "handicap" dans cette première photo... j'ai beau regarder et regarder encore, le portrait de Maloyn Chatelin ne révèle rien pour moi d'un état quelconque du jeune homme. J'y vois une très extraordinaire harmonie de couleurs et d'incarnats, ainsi que des poses allanguies qui interpellent le "sublime" des oeuvres classiques au mur et, par ce geste appuyé et élégant des bras qui pourrait être une chorégraphie "mimétique" (voulue par le photographe et par le sujet, ou par ce dernier seulement), renvoient à des archétypes contemporains très ancrés dans la cité, comme la gestuelle des groupes de rap. Où le contraignant modèle classique rejoint l'art libre des cités par un catapultage réjouissant ! Il y a d'ailleurs de la joie à regarder ces photos. En revanche, le fait de savoir qu'il y a un handicap n'a pas du tout brouillé ma lecture de cette photo, ni celle des autres que vous indiquez... ce qui ne semble pas être votre cas. Votre question est juste : aurai-je quand même regardé autrement, sachant ou ne sachant pas ?
J'y répondrais en relevant un autre point de votre commentaire, cher Tomasz H. Vous écrivez : "j'aurais bien aimé posé ces questions à ce (vrai) photographe". Encore une fois je suis d'accord avec la pertinence de cette attente devant l'oeuvre : approfondir, chercher à résoudre. En l'occurence, je pense que le photographe revendique la condition de ses sujets. Il y a deux ou trois indications sur le site de D. Darzacq (http://www.denis-darzacq.com/act.htm) et sur celui d'Actes-Sud (http://www.actes-sud.fr/catalogue/arts/act) qui pointent l'importance de considérer qu'il y a handicap pour, sinon apprécier, du moins mieux pénétrer les oeuvres. Je vous laisse les découvrir. On trouve sur le site de Darzacq la série "Act" plus complète avec 35 clichés. Tous sont de très fortes oeuvres. Il y a enfin un article critique qui approfondit les choses et qu'on peut lire ici : http://www.denis-darzacq.com/Darzacq%20Denis%20La%20Croix%2028juin2012.pdf. Dans ce dernier texte, l'artiste est beaucoup cité, il parle lui-même de sa démarche, ce qui répond en grande partie à votre questionnement.
On réalise qu'il y a eu une certaine "direction d'acteur", mais aussi de la fantaisie et du naturel venant des choix des sujets quant à leurs environnements et de leur capacité à exprimer leurs rêves, leurs visions et surtout leur insertion personnelle dans des espaces particuliers qu'ils ont retenus. Quoiqu'il en soit de ces pistes d'interprétation, on sent bien que le photographe cherche à démolir des conventions (le handicap serait une "limitation" ; la prise de risque n'est pas bonne pour tous, etc.) et susciter une réorientation du regard que la société porte généralement sur le handicap. En ce sens, il fait oeuvre militante.
Un dernier point. Le commentaire inital pourrait être placé plutôt à la fin, dites-vous ? Oui. Tout à fait. On aurait ainsi dégagé le "filtre". Je vote pour. Merci d'avoir lancé ces pistes de recherches complémentaires.
Après le geste spontané d'un "recommandé" envers votre commentaire, je reviens vers vous pour vous faire connaître tout le bien que je pense de ce que vous avez écrit. J'ai de tout mon temps de vie été perturbé par mon regard vers le "handicapé" : ainsi j'avais beau savoir qu'un infirme moteur cérébral était reconnu comme super-intelligent, je ne pouvais pas me départir de ses difficultés d'élocution et autres contorsions involontaires pour en discréditer la perception . Je sais maintenant que tout ça renvoie à un conditionnement social au regard de la différence et de l'étranger et je fais même l'hypothèse qu'il y a une espèce de lien symbolique entre la perception de "l'anormal" et de l'étranger". Je trouve par ailleur dommage que le système de valorisation des commentaires par le nombre des "recommandés" en vigueur à mediapart, mette sur un plan équivalent un commentaire circonstancié comme le votre et un autre du style "c'est beau, émouvant".
Bien à vous
Tieriavecresus "...l'hypothèse qu'il y a une espèce de lien symbolique entre la perception de "l'anormal" et de "l'étranger".
C'est possible.
Oui très beau et émouvant.
Quand on accepte les différences, toutes sont belles.
super
comme avec Alexandre Jollien, notre philosophe IMC bien aimé, il s'agit de nous faire décaler, dérouter, nous les soit disants "normaux", pour nous amener bien sûr à changer notre regard sur l'humanité mais aussi pour nous amener à considérer la part de nous mêmes que les handicapés révèlent en nous. Car nous sommes tous handicapés quelque part ne serait ce que de ne pas nous laisser toucher par eux, par la vie
De très belles photos, sensibles et avec une pointe d'humour pour certaines. Travail d'une grande finesse. Bravo !
Quelle sensibilité de la présence et du regard ! Merci pour ces images si douces.
superbe!!! merci pour ce regard.
Magnifique encore une fois. Bravo pour ces portfolios superbe de réalité et de beauté.
Belles Images normales d'un photographe Normal.
D'accord avec J.M.Sivry De belles images, émouvantes et qui nous parlent de notre incapacité, parfois, à voir, tout simplement . Merci
c'est magnifique, merci pour cette lueur d'humanité dans ce monde barbare...je suis syrienne
Si j'offrais ces photos à un de mes amis sévèrement "handicappé", il m'engueulerait. J'en fais le pari.Il a zappé les jeux Paralympiques.
Pourquoi certains "handicappés" (grds sportifs ou sur ces belles photos) acceptent d'être plus visibles, alors que d'autres -le copain- trouvent ces démarches blessantes? Par ex: n'étant pas [de grds] sportifs ils se sentent encore plus nuls. Ou bien, se trouvent 'laids' et donc rejettent à leur tour ces images qui sont comme des mirroirs où ils ne veulent pas 'se' voir.
Le 'voyeurisme' bien-pensant des autres peut les horripiler. On peut les comprendre, non?
J'ajoute que les handicappés qui refusent d'être visibles comme les grands sportifs ou sur ces belles photos, préfèreraient faire des ETUDES SCONDAIRES dans des Ets scolaires de leur choix ACCESSIBLES à leur 'handicap' physique, préfèreraient pouvoir accéder à n'IMPORTE QUEL COMMERCE ou n'IMPORTE QUEL TRANSPORT, et trouver un JOB CORRECT, ou avoir une PENSION D'INVALIDITE A LA HAUTEUR DE NOTRE COMPASSION.
C'est beau la compassion.
C'est beau les belles photos.
Honnêtement, je sais que le copain S'EN FOUT!