Les hommes et le nucléaire

Par martine orange

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Il a fallu la catastrophe de Fukushima pour que l’on s’intéresse à ce qui se passait dans les centrales nucléaires. Nouvelles normes de sécurité, stress-tests, les gouvernements et les autorités nucléaires promettent de retenir toutes les leçons du Japon. Mais la sûreté nucléaire, ce n’est pas seulement des techniques et des procédés. C’est d’abord et avant tout des hommes. Leur savoir-faire et leur vigilance de tous les instants sont la clé de la sécurité de tous. Dès le début des années 2000, les salariés du nucléaire en Europe ont commencé à tirer l’alarme sur les graves dérives dont ils étaient témoins : sous la pression des intérêts financiers, le zéro risque, qui était la règle absolue dans toutes les centrales, a disparu au profit du « risque calculé ». La recherche d’une plus grande rentabilité a supplanté l’expertise. Des milliers de sous-traitants, travailleurs anonymes taillables et corvéables à merci, ont remplacé les salariés à statut, jugés trop chers. Aujourd’hui, la sous-traitance représente plus de 80% des effectifs dans les centrales nucléaires françaises. A plusieurs reprises, l’agence de sûreté nucléaire et l’institut de radioprotection et de sûreté nucléaire ont dénoncé ce recours systématique à la sous-traitance, jugé comme un facteur de risque supplémentaire et mal appréhendé.